Nicolas Sarkozy, un Giscard destin?
Rupture, style, impopularité, affaires... Et si Nicolas Sarkozy était le nouveau Giscard?
- Nicolas Sarkozy et Valéry Giscard d'Estaing le 27 avril 2007. REUTERS/Dominique Faget. -
Dans Potiche de François Ozon, actuellement en salles, Fabrice Luchini incarne un patron giscardien —le film se déroule en 1978— qui, séquestré par ses ouvriers, lance un «Casse-toi pov' con» très sarkozyen. Le rapprochement entre les deux hommes et les deux époques ne s'arrête pas à ce récent écho cinématographique, ni même au dernier remaniement, qui rappelle
le passage du gouvernement Chirac au gouvernement Barre en 1976, dont Raymond Soubie témoignait récemment qu'il avait constitué un changement de régime. Passage en revue des points communs, personnels et politiques,
entre Nicolas Sarkozy et Valéry Giscard d'Estaing.
Un président jeune, un style en rupture
VGE a 48 ans quand il accède à la présidence de la République, un record sous la Ve. Après deux présidents sexagénaires, François Mitterrand et Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy accède lui aussi à la présidence à un âge plutôt jeune (52 ans) en 2007. Dès le départ de leur mandat, les deux veulent dépoussiérer la fonction. Giscard remonte les Champs-Elysées à pied, ralentit le rythme de la Marseillaise, rajeunit la traditionnelle photo officielle, modifie le bleu du drapeau tricolore; Sarkozy récupère le résistant communiste Guy Môquet, renonce à la traditionnelle interview du 14-Juillet, prône la «rupture» avec la vieille France incarnée entre autres par le «roi fainéant» Chirac. Pour faire peuple, l'aristo VGE s'invite à dîner chez des Français moyens et petit-déjeune à l'Elysée avec des éboueurs:
Il expose son épouse Anne-Aymone lors de la cérémonie télévisée des vœux.
Nicolas Sarkozy, lui, bouscule la langue française et étale sa vie privée, du divorce avec Cécilia au mariage avec Carla.
Rapidement, le style Giscard est moqué. Celui plus «bling bling» de Sarkozy (lunettes noires, montres de luxe, yacht, nuit au Fouquet's...) choque.
Un président qui a bousculé et agacé son camp
Ministre depuis quinze ans quasiment dans discontinuer, le «républicain indépendant» (l'UDF ne sera créée qu'en 1978) Giscard est élu sur le thème du «changement dans la continuité» en s'adjoignant une partie des gaullistes menés par Jacques Chirac, qui devient son premier Premier ministre. Nicolas Sarkozy, lui, s'est imposé sur le thème de la «rupture» face à l'ensemble de l'ancien RPR, mais a en réalité aussi réussi une alternance au sein de son propre camp, puisqu'il a été ministre pendant quasiment tout le second mandat Chirac.
Les deux, en cours de mandat, ont ensuite dû faire face à une fronde interne: en 1976, VGE subit la démission de Chirac, qui devient son premier opposant en créant le RPR; Sarkozy reconduit à Matignon François Fillon au détriment de Jean-Louis Borloo sous la pression des parlementaires UMP, essuie le refus de Jean-François Copé d'entrer au gouvernement et doit rappeler le poids lourd chiraquien Alain Juppé.
Un président ouvert sociétalement puis «raidi»
Baisse de la majorité à 18 ans, vote de la loi sur l'interruption volontaire de grossesse, éclatement de l'ORTF, création du secrétariat d'Etat à la condition féminine confié à Françoise Giroud... Giscard a fait bouger certaines lignes en son temps. A peine élu, Nicolas Sarkozy pratique lui l'ouverture à gauche et nomme au gouvernement des personnalités issues des majorités visibles (Rachida Dati, Rama Yade, Fadela Amara).
En cours de mandat, les deux sont cependant contraints de durcir le cap sur le plan sociétal et de se retrancher derrière leur garde rapprochée. Après avoir fait part de sa «profonde aversion» pour la peine de mort, VGE fait procéder aux trois dernières exécutions capitales avant l'abolition en 1976 et 1977, fait voter les très contestées lois «Sécurité et Liberté» et «anticasseurs» et ne jure plus que par son ministre de l'Intérieur, Michel Poniatowski, éminence grise comme noire. Idem pour Sarkozy avec Brice Hortefeux, surnommé «le Ponia de Sarko», et ses fidèles promus ou appelés à la rescousse (Nadine Morano, Frédéric Lefebvre, Thierry Mariani) peu après le raidissement sécuritaire de l'été 2010.
Un président englué dans la crise
Le septennat de VGE est marqué par les conséquences des deux crises pétrolières (l'une avant son septennat, en 1973, l'autre en 1979) qui mettent fin aux Trente Glorieuses, avec la première baisse du PIB depuis la Libération en 1975 (-1%) et l'arrivée du chômage de masse. Nicolas Sarkozy, lui, subit la crise du système financier mondial, avec des effets similairement négatifs sur la croissance (-2,6% en 2009), le chômage et la précarité.
Les deux présidents entament leur mandat par une politique budgétaire plutôt expansionniste: la «relance Chirac» en 1975 et la loi Tepa (Travail, emploi et pouvoir d'achat) en 2007 sont censées stimuler l'activité. Afin de juguler respectivement l'inflation et le déficit, ils doivent ensuite opter pour l'austérité, ouvertement pour VGE (l'appel à Matignon du rigoureux Raymond Barre, «l'un des meilleurs économistes de France»), plus discrètement pour Sarkozy.
Un président pris dans les affaires
S'ils ne sont pas les seuls présidents à avoir dû faire face aux «affaires», Sarkozy et VGE ont vu arriver un dossier explosif à dix-huit mois de la présidentielle: les «diamants» pour le premier, l'affaire Bettencourt pour le second. En 1979, Le Canard Enchaîné accuse le président de s'être fait offrir par l'empereur-dictateur de Centrafrique Jean-Bedel Bokassa une plaquette de diamants d'une valeur estimée à un million de francs, lorsqu'il était ministre des Finances de Georges Pompidou. L'affaire va plomber sa campagne pour la présidentielle de 1981 avec l'apparition sauvage de diamants sur ses affiches.
Depuis le début de l'été 2010, Nicolas Sarkozy est lui pris dans l'affaire Bettencourt avec son ancien ministre du Travail Eric Woerth, soupçonné d'avoir reçu de l'argent de la milliardaire héritière de L'Oréal pour financer la campagne de 2007. Cette affaire risque de pourrir la fin du quinquennat d'un chef de l'Etat présenté par l'opposition comme le président des riches. Un qualificatif qui fait en partie écho aux critiques exprimées contre le style de vie de «monarque» de Giscard, avec ses safaris et ses chasses présidentielles.
Autre coïncidence: à l'époque de Giscard, le ministre du Travail avait été lui aussi impliqué dans une affaire deux ans avant l'élection présidentielle, d'ordre immobilier cette fois. Robert Boulin avait été retrouvé mort en octobre 1979 dans la forêt de Rambouillet. L'enquête a conclu à un suicide, thèse contestée par la famille de Robert Boulin qui dénonce un assassinat politique.
Un président qui finit mal
S'ils remportent les scrutins «nationaux» organisés durant leur mandat (législatives et européennes pour Giscard, européennes pour Sarkozy), les deux présidents essuient des défaites cinglantes lors de scrutins qui reflètent l'enracinement local de la gauche (cantonales et municipales pour Giscard, municipales et régionales pour Sarkozy).
Entré à pied à l'Elysée en 1974, VGE quitte le palais sous les sifflets et les huées («Rends-nous les diamants!») en mai 1981, devenant le premier (et à ce jour le seul) président à échouer à se faire réélire.
Un même destin attend-il Nicolas Sarkozy, qui a atteint des records d'impopularité dans l'opinion? Pas si sûr car, qui incarne aujourd'hui, à gauche, le François Mitterrand de l'époque, capable de faire tomber Giscard? Et Dominique de Villepin pourrait-il être le Chirac de la droite, capable de réunir sur son nom 5 millions d'électeurs avant de les appeler implicitement à refuser leur voix au président sortant le 10 mai 1981?
Bastien Bonnefous et Jean-Marie Pottier
Mis à jour le 16/11/2010 à 19h08

















































Ca prouve que la rédemption est possible. Après tout c'est aussi Mitterrand qui a, entre autres choses: Supprimé la Cour de sûreté de l'État. Abolit la peine de mort (Alors qu'en tant que Garde des Sceaux il avait fait guillotiner 45 nationalistes algériens) Abrogé la loi dite « anticasseurs », qui établissait notamment le principe d'une responsabilité pénale collective. Autoriser les radios locales privées. Loi d'amnistie, qui inclut les délits homosexuels. Régularisation des immigrés sans papiers qui exercent un travail et peuvent le prouver. Création de l'impôt sur les grandes fortunes (supprimé en 1987, rétabli en 1988 sous le nom d'ISF, Impôt de solidarité sur la fortune). Semaine de 39 heures (durée légale du travail). 5e semaine de congés payés. Retraite à 60 ans. Abrogation définitive des restrictions concernant les citoyens homosexuels, introduites en 1942 et confirmées en 1945 (article 331 alinéa 2 du Code pénal établi par la loi du 4 août 1982). Abrogation du délit d'homosexualité. Passage de la majorité sexuelle à 15 ans pour tous, homos et hétéros. Loi Badinter sur l'indemnisation des victimes de crimes et délits. Accords de Matignon mettant un terme au conflit en Nouvelle-Calédonie. Création du revenu minimum d'insertion (RMI).
J'en ai oublié mais sur http://fr.wikipedia.org/wiki/Fran%C3%A7ois_Mitterrand vous trouverez un inventaire à la Prévert des réformes menées sous Mitterrand. Le moins que l'on puisse dire, c'est que c'est une époque où le mot "réforme" avait une signification.
Seules les réformes qui donnent des cadeaux payés à crédit - retraite à 60 ans, 5 semaines de vacances, 35 heures- sont permises. Tant pis si la dette augmente, ce ne sont pas les électeurs de 2012 qui paieront la facture.
Las, pour donner le coup de grâce, on peut s'attendre d'ici 2012, à une scandale quelconque qui touchera cette fois-ci directement à Sarkozy. Lui qui a réussit jusqu'à là à passer entre les gouttes. Woerthe non. Cela l'apprendra, lui, de dire des vérités!
Comme en 1981 la gauche va faire des contorsions pour créer une majorité – sous DSK cette fois-ci. Martine Aubry, honnête et travailleuse, se pliera devant la nécessité électorale pour permettre au centriste social démocrate de gagner. Pour faire quoi?
Benôit Hamond, le successeur en miniature de Marchais, avalera des couleuvres pour quelques années puis claquera la porte. Ségolène continuera d'aboyer en ce Poitou Charente qui trace les limites de sa compétence. Melanchon et les Ecologistes seront des 'also ran' amusants.
C'est tellement écrit d'avance que c'est ennuyeux. Les joutes électorales d'un pays qui, comme tous ses voisins (avec l'exception époustouflante de l'Allemagne), ne seront que les expressions régionales du seul ensemble qui compte – l'Union Européenne. Peu surprenant que DSK, qui travaille dans le vrai monde, hésite de descendre dans la 2e division.
Mais shhhhh! Ne gâchons pas le spectacle!