Fermeture

Un verrou. Wetsun via Flickr CC License by.

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Le remaniement opéré par Nicolas Sarkozy est à l’image de sa présidence: il est brouillon, chaotique, imprévisible.

La Ve République a ses rites et ses usages. Le remaniement en est un. Il suscite des attentes souvent déçues et des commentaires toujours nombreux. Il ne répond que rarement aux aspirations des Français, mais il marque des inflexions politiques.

Celui auquel Nicolas Sarkozy a procédé dimanche est à l’image de sa présidence. Il est brouillon, chaotique, imprévisible. Le chef de l’Etat voulait se séparer depuis plusieurs mois de François Fillon, et voilà qu’il le conforte! Il entendait promouvoir Jean-Louis Borloo et c’est ainsi qu’il le chasse! Il prétendait intégrer Jean-François Copé au gouvernement et il lui confie l’UMP!

Rien ne s’est donc passé comme attendu. Et même si le président feint d’être l’organisateur de ce réaménagement, en fait, il lui a été imposé. Il n’avait d’ailleurs guère le choix: le candidat Sarkozy exigeait du président Sarkozy de concéder au noyau dur de sa majorité et de son nouveau héraut François Fillon. Et voilà comment un gouvernement RPR a été constitué au lendemain d’un mouvement social dans le seul but de préparer la campagne du premier tour du président sortant. Et contrairement aux apparences, ce remaniement n’est pas en rupture avec les cycles des mandats des prédécesseurs de Nicolas Sarkozy. Lesquels ont toujours commencé avec des gouvernements clinquants et fini avec des équipes rétrécies au cercle étroit des fidèles. Qui ne se souvient de Valéry Giscard d’Estaing gardant Raymond Barre envers et contre tous et menant une politique conservatrice bien loin de la démocratie avancée des premiers mois de son septennat. 

François Fillon est le Raymond Barre de Nicolas Sarkozy. Il est à la tête d’un gouvernement de fermeture. Fini le débauchage de personnalités du camp d’en face. Le sort de Bernard Kouchner n’a pas pesé lourd, pas plus d’ailleurs que son autorité pendant trois ans sur le ministère des  Affaires étrangères. Ecartés aussi les symboles de la diversité: le franc-parler de Rama Yade était devenu insupportable. Et quant au centre, même de droite, il devenait une excentricité à l’image de son chef de file qui en est réduit, aujourd’hui, à faire un Grenelle des centristes.

Fermeture enfin à l’égard des Français. Les mouvements sociaux de ces derniers mois n’auront en rien fait bouger la ligne du gouvernement. Pas de tournant social, pas de nouvelle étape du dialogue, pas d’ambition réformatrice, rien que la confirmation d’une politique sans vision et d’une rigueur sans justice. Ce n’est pas un gouvernement qui a été formé, c’est une équipe de campagne avec, reconnaissons-le, des professionnels, des personnalités rompues depuis des années à l’exercice des fonctions ministérielles, deux anciens présidents du RPR et de nombreux porte-parole aguerris au combat, et pas forcément les plus glorieux. Je ne sais quelle sera la performance politique de ce rassemblement, mais, ce qui est sûr, c’est que la droite est désormais en mouvement. Certes, Nicolas Sarkozy n’est pas à l’abri de candidatures multiples, y compris dans son propre camp, de Dominique de Villepin à Jean-Louis Borloo. Mais il est le chef incontesté de l’UMP, qui n’a d’ailleurs plus le temps de se retourner vers quelle qu’autre solution que ce soit, puisque François Fillon lui-même est dans la position d’un lieutenant reconnu.

Face à un président certes affaibli, à un gouvernement à l’évidence rétréci, mais aussi à un dispositif cohérent pour 2012, la gauche et le Parti socialiste doivent prendre conscience non seulement des attentes qui sont portées à son endroit, mais des exigences du temps court qui les sépare de l’élection présidentielle. C’est au PS notamment de démontrer sa capacité à rassembler, à s’élargir, à faire aussi preuve de sérieux dans les propositions et d’engagement pour la réussite du changement. La gauche et le Parti socialiste doivent eux aussi faire un remaniement, mais un tout autre que celui du pouvoir, c’est-à-dire une organisation, un calendrier, des objectifs permettant d’être prêts en 2012 à diriger la France, différemment d’aujourd’hui.

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