France

Woerth, le disparu de l'Oise

Bastien Bonnefous, mis à jour le 15.11.2010 à 19 h 22

Eric Woerth comme l'identité nationale ne font plus partie du nouveau gouvernement. Tout un symbole.

Eric Woerth, à Paris le 11 novembre 2010. REUTERS/Miguel Medina/Pool

Eric Woerth, à Paris le 11 novembre 2010. REUTERS/Miguel Medina/Pool

Il est le sacrifié silencieux de Fillon 3. Favori il y a encore six mois pour le poste de Premier ministre, Eric Woerth est passé depuis du Capitole politique à la Roche tarpéienne judiciaire. Plombé par l'affaire Bettencourt, le ministre du Travail a donc été exfiltré par l'Elysée malgré le soutien officiel et constant de Nicolas Sarkozy pendant la tempête.

Devenu un symbole insoutenable pour la droite –celui des relations incestueuses présumées entre pouvoir et argent–, l'ancien trésorier de l'UMP n’a guère laissé de choix de timing au «Château»: il fallait l’écarter le plus discrètement possible. Impossible en effet de s'en séparer cet été au plus fort de l'affaire Bettencourt, au risque de signer un aveu indirect de culpabilité. Eric Woerth ne pouvait pas non plus être dégagé à la rentrée pour cause de débat sur la réforme des retraites. L'Elysée a donc attendu que cette séquence se termine avec la promulgation de la loi sur les retraites le 10 novembre 2010 et la fin du calvaire parlementaire et social pour le ministre du Travail.

Dépouillé de portefeuille ministériel, le maire de Chantilly va donc redevenir simple député de l'Oise. Une mutation pas si innocente, car il va de fait retrouver l'immunité parlementaire. Atout utile alors que l'affaire Bettencourt s'engage sur une nouvelle voie judiciaire. Le 17 novembre, la Cour de cassation doit en effet examiner la demande de dépaysement du dossier du tribunal de Nanterre vers une autre grande juridiction –Paris ou Lyon, sans doute.

Dans cette bombe à retardement politico-financière, Eric Woerth, qui n'a jusqu'à présent pas été poursuivi judiciairement, est potentiellement visé dans deux des quatre informations judiciaires ouvertes par le procureur Courroye. Il est soupçonné de conflits d'intérêts entre ses anciens postes de ministre du Budget et de trésorier de l'UMP et l'embauche de sa femme Florence par la société gérant le patrimoine Bettencourt. En outre, il a été critiqué pour avoir remis la Légion d'honneur au gestionnaire de fortune de Liliane Bettencourt et ancien patron de son épouse, Patrice de Maistre.

Sa future immunité parlementaire définie par l'article 26 de la Constitution ne le protège pas d'une éventuelle mise en examen par les prochains juges en charge de l'instruction. En revanche, ceux-ci devront obtenir l'autorisation du Bureau de l'Assemblée nationale pour le placer en détention ou le mettre sous contrôle judiciaire durant son mandat. Reste donc à voir comment se comporteront ses futurs collègues députés et notamment le groupe UMP à l'Assemblée en cas d'offensive judiciaire à son encontre. Ce sera alors le plus sûr moyen de vérifier s'il bénéficiera encore du soutien direct de son camp ou s'il devra rejoindre en silence la liste des politiques de droite flingués par les affaires (Michel Noir, Alain Carignon, Michel Roussin...).

L'identité nationale abandonnée

Cela avait été une des promesses les plus polémiques de Nicolas Sarkozy durant la campagne présidentielle de 2007. Véritable aspirateur des voix du Front national et de la droite dure il y a trois ans, la création d'un ministère de l'Immigration et de l'Identité nationale a fait long feu. Si l'immigration reste au gouvernement en étant rattachée au ministère de l'Intérieur de Brice Hortefeux, sa sulfureuse sœur de l'Identité nationale disparaît des écrans et Besson passe des Roms aux CD-Roms en récupérant le ministère de l'Industrie, de l'Energie et de l'Economie numérique.

D'abord confié à Brice Hortefeux puis au transfuge du PS, ce ministère a été continuellement une grenade dégoupillée entre les mains de la majorité. Exemple le plus patent de ce jeu dangereux, le débat sur l'identité nationale lancé en novembre 2009 quelques semaines avant les élections régionales de mars 2010. Transformée en défouloir populiste et raciste et source incessante de dérapages verbaux d'élus UMP, la consultation populaire a viré au fiasco, plombée par ailleurs par la votation suisse sur les minarets organisée au même moment. Au final, le rapport de synthèse d'Eric Besson sur le débat, annoncé en février 2010, s'est soldé en catimini par un simple séminaire gouvernemental.

Pourtant, l'Elysée a cru encore longtemps aux effets électoralistes de l'association entre immigration, identité nationale et insécurité, comme en témoigne le discours de Nicolas Sarkozy à Grenoble fin juillet 2010. Incarnant le tournant sécuritaire présidentiel, celui-ci n'a pas atteint selon les sondeurs l'objectif visé: le retour dans le giron UMP des électeurs tentés par le vote d'extrême droite. Si fin août, la cote de confiance du chef de l'Etat a bien progressé de 8% chez les sympathisants du Front national, passant de 32% à 40%, la tendance n'a pas duré et la courbe a replongé à 30% fin octobre. Au final, le gain à la droite de la droite aura été insignifiant, mais pire, la séquence aura divisé la droite républicaine en provoquant l'émoi des milieux catholiques et gaullistes.

Oubliée donc l'identité nationale, mais seulement sur les bristols ministériels. Si le libellé disparaît, l'esprit pourrait rester avec par exemple le maintien du projet d'extension de déchéance de la nationalité française, annonce choc de Grenoble. D'où l'avis du Conseil représentatif des associations noires (Cran), estimant sur le blog de son président Patrick Lozès que «le ministère de l'Identité nationale est simplement rebaptisé».  

Bastien Bonnefous

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