France

Borloo se recycle pour 2012

Gilles Bridier, mis à jour le 15.11.2010 à 14 h 00

Un des grands perdants du remaniement annoncé dimanche, l'ancien ministre de l'Ecologie se voit jouer les premiers rôles pour la prochaine présidentielle.

Fillon, Raincourt, et Borloo, séance des questions au gouvernement le 10 novembre 2010. REUTERS/Benoit Tessier

Fillon, Raincourt, et Borloo, séance des questions au gouvernement le 10 novembre 2010. REUTERS/Benoit Tessier

Quand un ministre n’est pas reconduit dans un gouvernement, il est de coutume de dire qu’il retrouve sa liberté de parole. S’agissant de Jean-Louis Borloo, ministre d’Etat dans le deuxième gouvernement Fillon, on peut dire qu’il l’avait perdue depuis longtemps. Non seulement la liberté de parole, mais la parole tout court.

Pourtant, lorsqu’on a la main sur un immense ministère recouvrant l’Ecologie, l’Energie, du Développement et de l’Aménagement  durables, avec les Transports et la Mer, les Technologies vertes et les Négociations sur le climat, l’actualité ne manque pas pour s’exprimer. Surtout lorsqu’on a comme lui une formation d’avocat et qu’on a jamais su résister à un micro. Mais depuis quelques mois, rien. Rien sur le virage de Nicolas Sarkozy à propos de l’écologie («ça commence à bien faire») après le peu d’effet de son engagement environnemental sur le vote vert aux élections régionales.

Rien sur le recul du gouvernement dans la promotion des énergies éolienne et photovoltaïque. Rien sur l’enterrement programmé du bonus écologique dans l’automobile. Jean-Louis Borloo cautionnait-il ces choix, lui qui les avait portés? Les parties prenantes du Grenelle de l’Environnement ont dénoncé les renoncements, mais à peine a-t-on entendu le ministre en charge des dossiers défendre le bilan de son action. «Un ministre, ça ferme sa gueule ou ça démissionne»: Borloo avait choisi le silence.

Rien non, en tant que ministre d’Etat, sur le durcissement de la politique sécuritaire et le clivage des Français sur le sujet, alors qu’il se présente comme un pilier de la cohésion sociale. Pourtant, l’été fut lourd, sur fond de réforme des retraites et d’expulsions de Roms. Mais Jean-Louis Borloo demeura muet. Celui qui pensait à la succession de Matignon faisait-il le dos rond? Ministre de l’Economie dans le premier gouvernement Fillon, il s’était fait taper sur les doigts lorsqu’il s’était cru autorisé à émettre l’hypothèse de la création d’une TVA sociale… qui n’était pas dans la ligne de l’Elysée. La sanction était vite tombée : il se verrait privé de Bercy dans le deuxième gouvernement Fillon.

La leçon avait porté: Borloo ne serait plus porteur d’une parole libre. Le ministre rentrait dans le rang. Au point qu’au plus fort de la contestation à la réforme des retraites lors du blocage des raffineries, il prit beaucoup de temps pour affirmer qu’il n’existait pas de pénurie de carburant lorsque les files de voitures s’allongeaient aux pompes à essence. La méthode Coué contre les grèves: une attitude peu crédible qui lui sera reprochée jusqu’au sein de la majorité où il ne compte pas que des amis.

Une forte popularité

Mais Jean-Louis Borloo a aussi une image forte. Il possède auprès de l’opinion un capital sympathie parce qu’il semble plus éloigné des milieux d’affaires que certains de ses collègues, qu’il semble accessible même s’il n’est disponible que pour son téléphone portable, et qu’il n’a pas hésité comme maire de Valenciennes à mettre les mains dans le cambouis pour sortir la ville de l’ornière. Il connaît les problématiques des cités et s’est fait une réputation au service de la cohésion sociale. Il a créé des logements, sorti les petit boulots de l’obscurité pour les transformer en emplois de proximité et offrir un statut de travailleur à des chômeurs…

Ses réseaux, ancrés au centre, s’étendent à l’écologie et à la social-démocratie. A la fin de l’été à l’occasion de l’université du Parti radical dont il est le président, il avait fait la démonstration de son influence sur l’échiquier politique,  rassemblant autour de lui des têtes d’affiche du Nouveau centre, de Génération écologie, de la Gauche moderne et d’autres personnalités de l’UMP, à commencer par Jean-Pierre Raffarin qui s’était associé à sa démarche. Borloo, l’incontournable au centre et dans l’opinion. Autant d’éléments qui lui avaient fait caresser la perspective d’un ticket avec Nicolas Sarkozy, les deux hommes se partageant les rôles pour ratisser un électorat plus large. C’est du moins le scénario qui prévalait pour Matignon jusqu’à ce que François Fillon reprenne l’avantage.

Le problème, c’est aussi de choisir entre plusieurs objectifs. Par exemple, Matignon et l’Elysée. Les proches de Jean-Louis Borloo parlent sans trop de retenue de ses ambitions présidentielles. Le sujet est d’autant moins tabou que, en mai dernier, les militants du Parti radical ont souhaité qu’il soit leur candidat en 2012. Difficile de résister à d’aussi encourageantes sollicitations, d’autant que le cycle d’ateliers lancé dans les régions à l’initiative du Parti a toutes les chances de déboucher sur un programme de campagne pour la prochaine élection présidentielle.

Le rendez-vous de 2012

Ainsi, entre Matignon et l’Elysée, le cœur de Borloo balance. Mais les exemples ne manquent pas qui montrent qu’un Premier ministre sortant n’est pas le mieux placé pour affronter le suffrage universel: la gestion d’un pays suppose des arbitrages qui n’entretiennent pas forcément la popularité. En outre, la place de Premier ministre n’est pas forcément la plus confortable pour se mesurer à un Président sortant. Si Matignon lui avait été offert, Jean-Louis Borloo se serait «dévoué». Nicolas Sarkozy lui a épargné cette peine. Et a, en quelque sorte, choisi à sa place. Car dès l’instant où la fonction de Premier ministre lui a échappé, pas question d’aliéner sa liberté de parole et d’action en acceptant un poste de ministre qui l’aurait tout autant contraint, sans lui offrir la même visibilité. Dorénavant, la messe est dite: Jean-Louis Borloo se place sur orbite pour défendre les couleurs du Parti radical, et même d’un centre élargi. Son prochain rendez-vous est en 2012.

Gilles Bridier

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