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Le premier Fifa Ballon d'Or sera barcelonais

Aurélien Le Genissel, mis à jour le 06.12.2010 à 19 h 27

Le nouveau trophée Fifa Ballon d’Or est-il un inutile et superficiel coup marketing?

Xavi, Iniesta et Messi le 2 janvier 2010, REUTERS/Albert Gea

Xavi, Iniesta et Messi le 2 janvier 2010, REUTERS/Albert Gea

Le Fifa Ballon d'Or 2010 sera barcelonais: les trois finalistes pour la plus grande récompense individuelle du football ont été annoncés lundi 6 décembre, il s'agit de l'Argentin Lionel Messi et des Espagnols Xavi et Iniesta, tous trois joueurs du FC Barcelone. Cet article, écrit après l'annonce de la première sélection de 23 joueurs, revient sur les nouveautés de ce nouveau trophée, résultat de a fusion du Ballon d'Or France Football et du prix du meilleur joueur Fifa.

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Xavi, Iniesta et Messi. Parmi ces trois-là se trouvera le Fifa Ballon d'Or 2010, décerné le 10 janvier 2011, puisqu'ils ont reçu le plus de suffrages parmi les vingt-trois choisis conjointement en octobre par France Football et la Commission du football de la FIFA. C'est un coup dur pour Wesley Sneijder, qui a pourtant réalisé une année exceptionnelle (victoire en C1, en Serie A et en Coupe d'Italie, finale de la Coupe du monde) et la reconnaissance de la domination du FC Barcelone, qui place trois hommes aux trois premières places.

Depuis quelques années déjà, le Fifa World Player, ce jeune prix inventé par la Fifa en 1991 et décerné au meilleur footballeur de l’année, commençait à gagner du terrain sur le traditionnel Ballon d’Or de France Football. C’est pourquoi, en toute bonne logique économique, l’instance du foot international et le groupe Amaury sont arrivés, le 5 juillet dernier, à un accord pour fusionner les deux trophées dès cette année 2010. Le supporter de foot aura désormais droit au Fifa Ballon d’Or. Une révolution est-elle en train de se préparer ou n’est-ce qu’un superficiel lifting pour attirer le public?

Du pareil au même

Dans un premier temps, il ne semble pas que cette union aille changer quoi que ce soit au résultat final du vote. D’abord parce que, en regardant les palmarès de ces cinq dernières années, on s’aperçoit que les gagnants sont les mêmes des deux côtés (Messi, Ronaldo, Kaka, Cannavaro et Ronaldinho). Alors, Ballon d’Or = Fifa World Player? Pas tout à fait mais presque. Sur les 19 éditions du prix de la Fifa, de 1991 à 2009, seules sept ont donné lieu à des divergences. Pourtant, il existe des petites différences surtout en ce qui concerne les années où aucune équipe ne règne en Europe. C’est le cas, par exemple, en 2003 et 2004 où les trios choisis par France Football furent Nedved-Henry-Maldini et Shevchenko-Deco Ronaldinho tandis que la Fifa préférait Zidane-Henry-Ronaldo et Ronaldinho-Henry-Shevchenko.

Ce n’est surement pas un hasard si ces deux résultats anormalement différents sont arrivés l’année de la soporifique finale Milan AC-Juventus et de la surprenante Porto-AS Monaco. Car le trophée de la Fifa suit (presque) à la lettre les mêmes tendances que tout le monde a déjà remarqué chez son homologue doré:

  • Priorité absolue à la Coupe du Monde: depuis ses débuts chaque année de Mondial a vu l’un des joueurs de la sélection gagnante être couronné.
  • Nette prédilection pour la Ligue des Champions: les trois derniers lauréats du titre de la Fifa ont remporté la Ligue des Champions l’année de leur sacre.
  • «En avant toute». 2 défenseurs (Matthäus et Cannavaro), 6 milieux nettement offensifs et 11 attaquants ont remporté le titre. Il ne reste plus grand-chose à expliquer.

La fin de la presse

Des tendances qui existaient déjà très largement pour le Ballon d’Or mais que le prix de la Fifa va surement renforcer encore un peu plus. Car s’il y a quelque chose que l’on peut déduire en regardant les gagnants, c’est que le titre de Joueur Mondial de la Fifa est bien conservateur. Les entraineurs et les capitaines de sélections semblent se permettre peu de folies et de paris risqués. On a vu cela en 2003 et 2004 mais aussi en 2001 (pas d’Owen à l’horizon…), en 1996 (Ronaldo logiquement au lieu de Matthias Sammer) ou en 1991 (Jean Pierre Papin n’est que second).

Car la répartition des votes est aussi une nouveauté du Fifa Ballon d’Or. Et, là encore, place au respect des traditions. «Les votes viendront à la fois des sélectionneurs et capitaines des équipes nationales, comme c’était le cas pour la Joueur Mondial de la Fifa et à la fois par les médias, comme c’était le cas pour le Ballon d’Or France Football», explique la Fifa. Concrètement, cela donne 208 sélectionneurs, capitaines et journalistes choisis qui doivent nommer en ordre décroissant les cinq meilleurs joueurs de l’année. D’où un avantage assez clair (2/3, tout simplement) à l’ancien trophée Joueur Mondial de la Fifa.

Si l’on passe toutes ces statistiques et ces affinités par le mixeur de la préliste officielle, le premier Fifa Ballon d’Or devrait revenir à Xavi, Iniesta ou Sneijder (dans cet ordre). Le quatrième favori, Diego Forlan, a fait un Mondial magnifique mais ne joue pas dans un club assez important et n’a remporté que l’Europa Ligue la saison dernière. On remarque d’ailleurs que la liste respecte scrupuleusement la première loi énoncée sur la priorité de la Coupe du Monde: sur les 23 joueurs présélectionnés, 20 ont joué les quarts de finale en Afrique du Sud. De même, un footballeur aussi important que Diego Milito, élu meilleur joueur de la Ligue des Champions 2010 (mais invisible au Mondial), ne fait pas partie de la liste. Exactement le contraire de ce qui se passe avec Miroslav Klose qui lui a bel et bien été choisi.

Des changements malgré tout

La grande différence peut surtout venir du moment choisi pour remettre le prix. «C’est insignifiant puisque le trophée couronne la trajectoire de l’année précédente» pourrait répondre un supporter pointilleux et idéaliste. C’est vrai. Reste que, dans la réalité, le poids de la trajectoire footballistique du joueur et les quelques mois initiaux de chaque championnat (les trophées étaient remis en décembre) ont souvent fait la différence. Des facteurs qui pourraient bien faire varier les choix étant donné que le gagnant sera dorénavant désigné le 10 janvier 2011 au Palais des Congrès de Zurich. C’est à dire, plus ou moins, au milieu de la saison.

Que se passera-t-il si un joueur a remporté la Ligue des Champions mais ne joue plus (ou mal) avec son club depuis septembre? Et si un joueur domine la première phase de la Ligue des Champions de cette année, comme Samuel Eto’o avec déjà 7 buts? On se souvient, par exemple, que le Ballon d’Or de Fabio Cannavaro avait crée une grande polémique à cause de ses débuts chancelants avec le Réal après son transfert (et la Coupe du Monde) à l’été 2006. Diego Forlan ou Xavi, par exemple, sont en train de payer les frais de leur interminable saison 2009-2010 tandis qu’Iniesta semble plus en forme (car il a longtemps été blessé l’année dernière). Qui choisir alors? Faut-il privilégier les premiers mois de l’année 2010 (où tout se joue) ou les derniers (où la saison vient de commencer)?

Autant de facteurs temporels qui vont évidement entrer en ligne de compte au moment du vote.

Les minces espoirs français

Quoiqu’il en soit, la nouvelle récompense ne va pas révolutionner le monde du foot. En jetant un nouveau coup d’œil à la liste, il n’est pas sûr (du tout) que l’on retrouve Casillas ou Puyol (qui le mériteraient largement) dans le trio de finalistes que la Fifa, annoncera le 6 décembre prochain à Paris. Là encore il y a une large majorité d’attaquants ou de milieux offensifs et seulement quatre défenseurs, deux gardiens, et un milieu défensif. Le Fifa Ballon d’Or étant simplement la somme de deux prix qui se ressemblaient largement, le résultat ne peut-être qu’un trophée équivalent. Pas de miracles possibles, même en football.

L’autre grande nouveauté de cette nouvelle version est le prix de l’Entraîneur de l’Année Fifa pour le football masculin où les deux grands favoris sont José Mourinho et Vicente del Bosque. Le débat sur l’importance de la Coupe du Monde et du championnat est, dans ce cas, encore plus évident. Et, comme pour le Fifa Ballon d’Or, aucun français à l’horizon.

Pour trouver les seuls représentants tricolores, il faut chercher du côté de l’Entraîneur de l’Année pour le football féminin, avec Bruno Bini, sélectionneur des Bleues, et de la Joueuse Mondiale de la Fifa 2010, avec Camille Abily, qui risque d’avoir du mal face à la quadruple tenante du titre, la brésilienne Marta. Reste peut-être le Prix du Président, même si Jean Michel Aulas risque de ne pas avoir les votes des journalistes de l’Equipe, ou le Prix Puskás (plus beau but de l’année) même si la concurrence est rude. En définitive, en ce qui concerne les français, une édition à l’image de leur année footballistique: maussade. Et même un nouveau nom ou un nouveau système de vote ne pourra rien y faire.

Aurélien Le Genissel

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