Rémunérations folles: le retour à la raison
Depuis 20 ans, le capitalisme tournait à plein, mais pas rond.
- Le Danois Peter Eastgate vient de remporter 9,15 millions de dollars au tournoir de poker de Las Vegas Steve Marcus / Reuters -
La crise a au moins une vertu: elle ramène à la raison. Depuis 20 ans, le capitalisme tournait à plein, mais pas rond. Les actionnaires demandaient des rendements d'autant plus exorbitants qu'ils avaient accordé aux dirigeants de leur société des rémunérations déconnectées de toute logique de productivité. A croire que le rapport hiérarchique s'était inversé, le management s'était émancipé de la propriété jusqu'à la dominer au point de lui faire accepter de céder bien plus que le pouvoir, une fraction de capital. Les Etats-Unis, comme souvent, avaient montré le chemin. Et, en 10 ans, la rémunération moyenne des 150 dirigeants les mieux payés des 50 plus grandes entreprises américaines était passée de 187 fois le salaire moyen à 367 fois au début des années 2000. Et la part prise par les stocks-options dans ces revenus atteignait près de 50%.
La France, loin de se tenir éloignée de ce mouvement anglo-saxon, l'a chevauché allègrement. Les gains annuels des patrons du CAC 40 s'élèvent désormais à 4,7 millions d'euros, soit 308 années de SMIC, avec une part sans cesse plus élevée constituée par les stocks-options: près de 60% au début des années 2000. Ce mode de rémunération n'a pas été qu'un simple intéressement aux bénéfices des entreprises dont ces dirigeants avaient la charge, une sorte de récompense exceptionnelle pour cadres supérieurs talentueux, il a changé profondément les critères de management des sociétés cotées.
Dès lors que la fortune des décideurs dépendait, pour l'essentiel, du cours de la Bourse à venir, ils n'étaient plus en charge de l'équilibre entre capital et travail, entre court terme et long terme, entre spéculation et gestion, le sens même de leur décision se tournait entièrement vers l'objectif d'enrichissement personnel supposé confondu avec la valeur de l'entreprise. Et dès lors que les modes de rémunérations des managers et des gestionnaires des fonds d'investissements étaient conçus sur les mêmes règles, à savoir la plus value sur les actions, ils ont pris les uns et les autres, les uns avec les autres, les mêmes risques, les mêmes libertés et ont participé ensemble à une fuite en avant sur le dos des salariés et des épargnants. D'où la montée considérable des inégalités qui est allée de paire avec celle de l'endettement.
La «folie des rémunérations» n'est donc pas l'une des manifestations les plus scandaleuses de la crise, mais l'une de ses causes les plus directes.
Aussi, maîtriser ce processus, l'encadrer et l'assainir relèvent autant de la raison que de la morale. Il ne s'agit pas de stigmatiser -sur le mode outragé- ou de punir -sur le mode inquisitorial- mais de remettre l'échelle des revenus sur des bases saines économiquement, justifiées socialement et acceptables politiquement.
Il est vain d'attendre une auto régulation de la part structures patronales qui sont dans un lien de consanguinité et de complicité pour perpétuer le système de cooptation et de captation. Ce sont en effet des comités de rémunération où siègent les principaux dirigeants de manière interchangeable qui octroient montages, bonus et stocks-options. Chacun se tient, se surveille, s'arrange. Certes, la lucidité peut gagner les esprits les plus chavirés par l'argent, mais le sens de la mesure a été perdu depuis belle lurette et les abus ont été tels que la norme est devenue l'exception et que la décence n'a plus de prix !
Aussi, dans ces moments de confusion, c'est à la loi de rappeler l'intérêt général et d'indiquer les références et les différences qu'une démocratie peut admettre.
Trois voies sont possibles :
- L'interdiction des stocks-options -sauf dans les entreprises naissantes. La spéculation individuelle ne peut avoir sa place dans la gestion d'un groupe.
- La taxation des hauts revenus à travers l'abrogation du bouclier fiscal. Comment comprendre que la seule catégorie sociale qui se voit reconnaître une protection législative contre toute contribution supplémentaire soit précisément celle qui a le plus bénéficié de la folie du système : les 0,01 % des salariés les mieux payés ont vu leurs revenus croître de près de 70% entre 1998 et 2006 contre à peine 1% pour 90% des salariés. Et ce sont ceux-là qui appellent à l'effort collectif grâce aux privilèges qui leur ont été conférés.
- Le plafonnement des hautes rémunérations. La mesure peut paraître administrative, arbitraire, coercitive. A l'évidence, fixer un chiffre est un exercice délicat voire pernicieux. Trop haut, il choque. Trop bas, il démotive.
Barack Obama aux Etats-Unis, Angela Merkel en Allemagne ont introduit, notamment pour les entreprises aidées par l'Etat, des plafonnements en définitive d'un niveau assez proche de l'ordre de 500 000 euros par an. Mais, il serait judicieux, à terme, de procéder autrement, en déterminant dans chaque entreprise un écart maximum de l'ordre de 1 à 30 entre la part des salariés le mieux payés et ceux qui sont au plus bas de l'échelle. On est encore loin de l'égalitarisme qui fait si peur à Nicolas Sarkozy. On revient aux normes des années 1980 et bien au-delà de celles des années 1960. Un mouvement comparable de resserrement de l'éventail des rémunérations s'était produit après la crise de 1929.
Dans toute société, la hiérarchie des revenus est le meilleur indicateur de sa cohésion. Quand l'ascenseur social est en panne depuis trop longtemps, rien de plus nécessaire, impérieux même, que de remettre des barreaux sur l'échelle. Pour faire descendre ceux qui se sont juchés trop haut et pour faire remonter ceux qui ont glissé.
François Hollande
Mis à jour le 01/04/2009 à 6h12











































Cet article surfe sur les interrogations et indignations actuelles. On peut se demander pourquoi on ne vous a pas plus entendu avant sur ces sujets (voir pas du tout)... c'est bien de se réveiller lorsque le peuple gronde, mais nous préférerions tous des dirigeants politiques plus visionnaires !
Concernant les 3 idées:
- sur les stock-options, je rêve pour ma part d'un "contrat social" qui permettrait à chacun de devenir actionnaire de son entreprise et bénéficier de la prise de valeur de cette entreprise. Je suis donc pour la généralisation des stock-options (et des attributions gratuites), qui pourrait prendre la forme d'une limitation du nombre d'actions accordées aux dirigeants et la mise en place de plans pour l'ensemble des salariés.
- sur la taxation des hauts revenus et le plafonnement, je pense que ce sont de fausses bonnes idées. Plus précisément, ces idées ne sont acceptables que dans la mesure où nos voisins européens (a minima, car il faudrait en réalité espérer que tous nos "concurrents" le fassent) acceptent de prendre des mesures similaires. Sans cela, je pense qu'une législation seulement française en ce sens aura des effets pervers, et notamment:
1) Un accroissement du nombre de départs du territoire français de nos concitoyens fortunés, qui iront peut-être également créer des entreprises - et les emplois qui vont avec - à l'étranger. C'est un véritable risque dans une Europe "ouverte" et un monde qui l'est presque autant, et il ne faudrait pas le négliger.
2) Des rémunérations plus ou moins cachées par l'intermédiaire de filiales à l'étranger pour les patrons de grands groupes multinationaux.
Par ailleurs, j'aimerais que la réflexion ne porte pas exclusivement sur les grands patrons (et qu'elle ne s'étendent à ces centaines de milliers de petits patrons qui ne vivent décidément pas dans le même monde que les précités).
J'aimerais que la réflexion porte sur l'ensemble de la société. Une chose assez simple serait de revoir les rémunérations des élus, notamment ceux que l'on appelle les "cumulards", dont certains peuvent émarger à plusieurs dizaines de milliers d'euros par mois, ce qui est assez choquant pour des représentants publics chargés de missions publiques ! Peut-être l'interdiction absolue du cumul des mandats serait-elle une solution ? Bien entendu, mais c'est plus difficile, il ne faudra pas hésiter à mettre sur la table la situation des sportifs et des artistes, nouvelle aristocratie (ou artistocratie !) qui semble s'ignorer.
J'espère entendre les politiques sur ces sujets notamment...
" La crise a au moins une vertu: elle ramène à la raison " Pas si sûr Mr Hollande si l'on se fie à vos propos ! Voyons donc:
- D'aucuns, dont vous faites partie, hurlent après ces affreux patrons qui s'accordent de faramineuses rémunérations. Précisons que 1) ils ne se les accordent pas, ils obtiennent l'aval des conseils d'administrations. Donc, condamnons aussi les C.A. 2) Ces rémunérations sont généralement inclues et prévues dans le deal d'embauche et dans leur contrat de travail. Depuis quand, doit-on cracher sur un contrat signé des 2 parties ?
- Les gains des patrons du CAC 40: justement qui dit CAC40 dit 40 patrons, si on y ajoute les staffs bénéficiaires de ces hautes rémunérations, allez disons que cela concerne 400, 1000 personnes ? Et alors, une petite goutte dans l'océan de la masse salariale globale du pays, donc, encore une fois, ne faisons pas une généralité d'une minorité. Et sur ces 40 patrons, à peine 8 ont été montrés du doigt.
- La «folie des rémunérations» n'est donc pas l'une des manifestations les plus scandaleuses de la crise, mais l'une de ses causes les plus directes: Je ne demande qu'à vous croire, prouvez le ! Que j'eusse aimé lire la démonstration réaliste qui vous amène à une telle affirmation.
- " Sur un mode outragé ": Comme je l'écrivais récemment, facile et démagogique, de crier au loup quand ca va mal ! Jusqu'à il y a encore 1 an, ces rémunérations choquaient à peine plus qu'elles ne provoquaient l'envie !
- " la part structures patronales qui sont dans un lien de consanguinité et de complicité ". Ben voyons, après avoir crié au loup, vous voilà insultant. En traitant, à dessein démagogique, les patrons de consanguins, vous insultez les dizaines de milliers de patrons rigoureux qui n'ont pas besoin de lois ou décrets pour savoir ce qu'ils ont à se verser comme rémunération.
- Les 3 vois hollandiennes: la première, why not ! mais poudre aux yeus, ils trouveront autre chose. La suppression du bouclier fiscal, démagogique car cela ne concerne quune ultra minorité de la population, tout les pays d'Europe le pratiquent et pourquoi devrait-on travailler plus de 1 jour sur 2 pour l'Etat ? pourquoi pas 3 sur 4 ou 1/2 sur3? Votre troisième voie, vous annoncez qu'il faut plafonner les hautes rémunérations mais reconnaissez aussi vite que cet excercide est délicat. Facile !
- Un écart de 1 à 30 serait selon vous une bonne mesure. Et pourquoi pas 1 à 20 ou 1 à 39,5 ? L'exercice est si délicat que vous faites reférence aux "normes" de 1980. En 1981, Mitterand était au pouvoir et pas grand chose n'a été fait en matière de rémunérations des grands patrons. Et puis au cas où, nous sommes en 2009, le contexte est totalement différent.
- "Pour faire descendre ceux qui se sont juchés trop haut et pour faire remonter ceux qui ont glissé." Nivellement par le bas selon vous. Non, cela ne sert à rien de faire descendre ceux que vous jugez trop haut, ils sont si peu nombreux! Donnons plutôt à ceux qui sont plus bas les moyens et l'envie de grimper un à un les barreaux!
Non décidémment, Mr Hollande, vous ne me ferez pas prendre des vessies pour des lanternes; soyez donc plus réaliste, moins démagogique. Et puis arrêtez de crier au loup, vous êtes à priori capable de proposer mieux pour m'interesser à nouveau !
Désolé,
Si certains des faits enonces ici sont incontestables, M. Hollande ne nous epargne pas les poncifs recurrents de l'argumentaire socialiste. Des mots qui dans d'autres pays passeraient inapercus ont ici une connotation negative: "anglo-saxon", "actionnaires", "capital", "enrichissement personnel" (comme s'il etait tolerable pour les uns mais pas pour les autres), etc. Toujours cette idee rebattue 1000 fois qu'on est forcement riche aux depens des pauvres. Et pour le prouver, il s'appuie d'une facon toute particuliere sur des statistiques qui n'en sont pas vraiment puisqu'elles ne concernent que les cas les plus extremes :
- les salaires des 150 patrons americains les mieux payes, qui n'ont rien de representatif dans un pays de 300 millions d'individus.
- les differences salariales entre les plus riches et les plus pauvres. Pour nous en mettre plein la vue on ne parle meme plus du 1% des plus riches, ni meme du 0.1%. Cette fois M. Hollande a carrement sorti le 0.01% (soit a peine 6,000 personnes sur 60 millions de francais, ou bien 30,000 americains sur 300 millions). Il tentera surement de nous choquer encore plus dans sa prochaine chronique en ciblant les 0.001% les plus riches.
Et bien sur on convertit tout ce qu'on peut en annees de SMIC, encore une facon toute socialiste d'aborder les nombres.
Soyons honnetes: ces statistiques n'ont pas de sens car elles se basent uniquement sur des effets de loupe.
Diminuer le salaire de 150 patrons americains et de 6000 francais apaiserait peut-etre la colere du peuple (a ne pas confondre avec la justice sociale), mais serait une solution simpliste et insuffisante qui ne mettrait pas fin a la crise.
Quelle methode demagogique que de crier a l'injustice en commentant uniquement les 2 extremes d'une gaussienne et en ignorant tout ce qui se trouve entre les deux ! Non M. Hollande : s'il vous voulez changer la gaussienne centree sur le salaire median de la population, il ne suffit pas de donner un coup de rabot aux 2 extremes.
Mais au moins M. Hollande a eu l'honnetete de le dire clairement a la television: "[il] n'aime pas les riches", donc on est pas trop surpris par cette nouvelle trouvaille qui consiste a dire que les remunerations de 150 patrons americains et des 0.01% des plus riches sont "l'une [des] causes les plus directes [de la crise]".
Je pense qu’il existe une quatrième voie Monsieur Hollande. Je suis d’ailleurs étonné que vous ne l’ayez pas citée.
Si les associations de consommateurs avaient plus de poids en France, si elles unissaient leurs actions, elles pourraient constituer un autre pouvoir, un puissant pouvoir : celui du boycott. Je parle d'un véritable boycott, sur plusieurs jours, voire semaines ou mois si besoin.
Quelle entreprise tiendrait un long boycott ?
Les comportements non écologiques de certaines compagnies pétrolières ou autres pollueurs identifiés ont pu par le passé créer des petits mouvements de protestations désormais oubliés - pas tout à fait concernant Total, je vous l’assure.
Ne croyez-vous pas qu’elles pourraient – au besoin – mettre à l’index les entreprises dont les dirigeants auraient un comportement que vous qualifiez d’indécent.
Les associations de consommateurs ne pourraient-elles définir une charte tant écologique que comportementale des entreprises et de leurs dirigeants ?
Mais ne serait-ce pas trop dangereux, ce quatrième pouvoir ? Sait-on jamais qu’elles se mettent à peser sur la politique ? Politiques ! Justement. L’un des paragraphes dans votre mot, en remplaçant ‘ structures patronales ‘ par ‘ élus ‘ et ' bonus ' par ' cumul des mandats ' – c’est fou comme ça colle parfaitement !
Allo, allo ! Ca a encore raccroché.
Taxons encore, taxons, histoire de se maintenir dans le peloton de tête, Mr Hollande. Non les taxations supplémentaires ne servent à rien ! Peut-être la brêve ci-dessous alimentera-t-elle votre prochaine chronique. Ca me titille de vous lire à nouveau (lol)
"La France est le pays du monde où la pression fiscale est la plus lourde et le Qatar celui où elle est la plus faible, tandis qu'en Asie, la palme de la lourdeur fiscale revient à la Chine, selon le classement du magazine Forbes Asia, paru jeudi.Avec 167,9 points, la France est considérée comme le pays ayant le régime fiscal le moins accueillant parmi les 50 pays du monde présents dans l'édition 2009 du classement de la pression fiscale établi chaque année par le magazine Forbes."
Vous en pensez quoi de cette position de la France, Mr Hollande ? On continue à alourdir la pression ?
Désolé,