«Indispensable de créer une Cour Internationale des Comptes et de Justice Financière»
Nous avons demandé à des économistes et des journalistes d’amorcer le débat. A vous d’y prendre part…
- Manifestants contre le G20 dans les rues de Londres Dylan Martinez / Reuters -
Dix ans après sa création en 1999, le G20 qui se réunit à Londres le 2 avril, affiche l’objectif d’envoyer un signal fort à la communauté internationale confrontée à une crise économique historique. Ces 20 pays, qui représentent 90% des richesses produites dans le monde, doivent dégager des pistes communes afin de stopper la propagation de la crise et relancer durablement l’économie.
Les objectifs affichés d’assainissement du système bancaire, de surveillance du secteur financier, d’aide aux pays pauvres, seront-ils atteints? Pas sûr, tant les divergences entre l’UE, les Etats-Unis et les économies des pays émergents semblent profondes.
Que faut-il attendre de ce G20? Comment mesurer si cette réunion a été un succès ou un échec? Nous avons demandé à des économistes et des journalistes d’amorcer le débat. A vous d’y prendre part, soit en rédigeant une contribution, soit en répondant à l'un des contributeurs…
Mis à jour le 04/04/2009 à 9h15








































Membre du cercle des économistes, professeur agrégé de sciences économiques et président de la Revue Economique.
Je n'en attend pas grand chose. Il y a trop d’oppositions et trop de différences entre deux blocs, les anglo-saxons et l’Europe continentale. Le premier bloc insiste avant tout sur la relance de l’activité et le second sur la régulation du système financier.
Il s’agit en fait d’une opposition fondamentale entre deux capitalismes. Le capitalisme anglo-saxon construit autour des marchés et celui des Européens et du Japon ou les banques et l’intermédiation jouent un rôle bien plus important.
Pour les Etats-Unis et le Royaume-Uni, remettre en cause les marchés est extrêmement difficile. Il est dans leur intérêt de défendre le rôle et le poids de New York et de Londres comme capitales financières. Et pour cela, il ne faut pas renoncer à la titrisation et aux relations coupables entre les banques et les marchés. C’est un capitalisme dans lequel les inégalités se sont considérablement creusées au cours des dernières décennies. Il a joué l’endettement privé, des ménages et des entreprises.
En revanche, le capitalisme d’Europe occidentale, même s’il s’est laissé un peu grisé par la fièvre des marchés, a plutôt limité l’endettement privé et au contraire à laisser gonfler les dettes publiques.
Le capitalisme anglo-saxon souhaite maintenant substituer une partie de la dette privée par de la dette publique et nous demande de le faire avec eux. Plus nous le ferons, moins ils auront à le faire. Mais nous n’avons pas les mêmes intérêts. Notre problème consiste plutôt à refaire fonctionner sur d’autres bases le système financier.
Je ne vois pas comment ces divergences pourront être conciliées. Il y aura bien entendu des accords cosmétiques et des déclarations superficielles sur la régulation financière. Mais les questions de fond ne seront même pas abordées.
Rédacteur en chef d’Alternatives Economiques
J’en attend trois choses. A commencer par un signal fort en terme de gouvernance mondiale. Il faut un signe politique, montrer qu’il y a un pilote dans l’avion et qu’un nouveau corps de gouvernance est en train de se constituer qui mêle les pays du sud en pleine ascension.
Il faut aussi que le G20 apporte du contenu. D’abord dans la régulation financière et la lutte contre les paradis fiscaux. On pourra juger de la réussite ou non de ce sommet sur la dureté des mesures décidées contre les paradis fiscaux et sur l’étendue de la liste des pays qui seront sanctionnés. Il faut aussi un changement de nature de la régulation financière avec l’ébauche d’une régulation mondiale et un contrôle, par exemple, des hedge funds (fonds spéculatifs).
Sur la question de la relance, je suis sur la ligne des Américains qui ont raison de faire pression sur les Européens. Il faut coordonner les efforts. Cela ne sert pas à grand chose de reconstruire et réguler le système financier si l’économie mondiale ne cesse de s’enfoncer dans la récession. Le succès du G20 se mesurera là à l’ampleur du geste que feront les Européens.
Dernier point, cette relance doit se faire suivant des modes de consommation et de production très différents de la période antérieure. La nature de l’effort de relance est aussi importante que l’effort lui même.
Co-fondateur de Slate.fr, président de Planet Finance
Co-fondateur de Slate.fr, directeur de la rédaction d'Enjeux-Les Echos
Je crains une immense déception de ceux qui espèrent une convergence des points de vue à Londres. Entre les anglo-saxons qui veulent de nouveaux plans de relance et les continentaux qui refusent par crainte des dettes, il y a un fossé; fossé que les autres pays, les émergents, regardent sans se prononcer. Cette divergence sur l’insuffisance de la relance mondiale nous promet trois ou cinq années pendant lesquelles le chômage restera autour de 10%.
L’autre grand sujet est le système financier. Là, des rapprochements se sont opérés en faveur d’ «une plus grande régulation» mais le G20, n’aboutira qu’à des principes d’autant plus fortement affirmés que les mesures spécifiques manqueront.
Le minima serait que sur le troisième grand sujet, le protectionnisme, les déclarations soient fermes. Mais seront-elles suivies d’effet demain alors qu’elles ne le sont pas aujourd’hui a constaté Pascal Lamy de l’OMC?
Londres 2009 ne sera pas un échec comme Londres en 1933. On dira que l’ère de la régulation par les Etats succède à l’ère de l’omnipotence des marchés. On dira beaucoup.
Le g 20 reste une réunion formelle entre des pays sensés assurer la stabilité du monde et l'on sait que le monde est en crise jusqu'en 2010 ou 2011 dans le meilleur des cas.
le débat entre titrisation, role des banques, inflation ou role des états, menera fatalement à des désilluions et demeurera stérile même au sein d'une réunion du g20 tant que la vision du capitalisme ne se réforme pas de façon philosohique et idéologique, selon que l'on croit en l'intérêt des marchés et de leur utilité pour le fonctionnement économique. marchés dont on ne peut faire l'impasse et dont la logique d'appauvrissement est ce qui représente non pas la valeur réelle de notre société mais du défi d'avenir que l'on en fait, en souhaitant malheureusment endetter les ménages, la consommation ou les fonds publics ce qui revient sensiblement au même.
Jusqu'à présent tout cela n'a pas trop mal fonctionné, certes la pauvreté dans le monde existe et se développe dans certains pays, mais aussi l'accroissement de la démographie et de l'activité économique créant de ce fait parfois de plus grands écarts. La situation de l'économie mondiale et de ce que l'on pourrait attendre d'un g20 serait de considérer dans l'idéal une reconciliation de notre économie visant à permettre l'accés aux richesses à davantage de citoyens ou que l'équilibre ne se détermine pas par le risque d'investissements incertains pouvant nous mettre collectivement sur la paille, comme ce fut le cas en 29, et se pourrait de l'être si l'économie s'éffondre.
C'est un danger dont il devrait pouvoir être débattu sereinement au sein des grandes puissances d'aprés un projet commun ne se basant pas uniquement sur la spéculation d'un progrès incertain, dont nous sommes actuellement les tristes spectateurs d'un monde qui semble s'étouffer sur lui-même. c'est un jeu dangeureux auquel semble participer le monde de la finance en prétextant que déréguler l'économie permettra de créer un désordre générateur de mutation et de renforcement de la logique capitaliste, comme on peut l'observer l'ensemble des économies parralèles représentant une part conséquente de notre élan économique et se nourrissant essentiellement des désordres géopolitiques du monde, lorsqu'une société fait faillite ou qu'un ménage s'endette c'est davantage de pouvoir à ceux qui ont encore les moyens économiques d'en profiter et parfois crée les conditions de cet appauvrissement, c'est une spirale sans fin qui revient a considérer une opa de la planète finance sur l'ensemble de l'activité humaine. c'est à la fois " réjouissant " de penser qu'il existe une stratégie de cet ordre servant au capitalisme de s'émanciper et à la fois inquiétant pour notre conception de la liberté économique individuelle et collective que prone le libérailisme en permettant aux plus forts de dicter une logique d'asservissement relativement nocif aux plus faibles.
Et bien pour une fois, je suis d'accord avec Attali, du G20, je n'attends rien... rien de concret pour le quotidien des gens qui se serrent la ceinture!
(et, puis, pourquoi je ne peux pas mettre ma photo, pas assez beau ?, pas assez connu ?...)
Cordialement,
Je n'attends que peu de ce G20 : peut être sur les paradis fiscaux en Europe ? Une aide aux pays émergents ?
Toujours est-il que ni les Etats-Unis ,ni la Grande Bretagne ne vont rogner sur le libéralisme de leur système financier.
Barack Obama peut dialoguer autrement en matière de politique étrangère, mais sur le plan économique, comment peut-il faire alors
que son pays est le premier consommateur mondial sans plus aucune usine sur son territoire !
La finance est désormais le seul moteur pour l'économie américaine et anglaise !
Donc, que peut-on espérer ?
On sait pertinemment que ce qui est corrigé aujourd'hui, sera contourné demain pour toujours plus gagner!
Ce soir, nous savons:
que tous sont d'accord pour dépenser plus...comme d'habitude! sans avoir émis un seul début d'analyse des causes de la crise, seulement un constat des symptômes,
que l'essentiel n'étant pas à l'ordre du jour, les résolutions du G20 sont un catalogue de mesures techniques présenté dans une communio-communication rassurante pour soigner les symptômes et non la maladie!
que la liste des "pays non-coopératifs" ont des parrains signataires de l'accord,
que l'excès de crédit, origine de la crise, ne sera nécessairement pas absorbé par un endettement supplémentaire obligeant à autant de crédit supplémentaire,
que l'aspect fondamental n'est pas même évoqué: la création monétaire sans contrôle, source incontournable de toutes les dérives abondamment analysées,
alors le cancer est toujours là plus que jamais! il sera même regaillardi par l'excès d'endettement public s'ajoutant l'excès d'endettement privé! alors oui c'est un G20 qui nous anesthésie pour nous faire prendre la mauvaise direction...
Je suis curieuse de lire, ce matin, les commentaires des "Rien" "Pareil rien" et autres "Pas grand chose" d'hier.
Un petit commentaire: où l'on voit après coup que les positionnements pessimistes à l'excès sont pris en défaut chez nos meilleurs esprits. Un mal français parmi d'autres...
Propositions d'avant sommet, et qui gardent leur pertinence après le G20:
Les quatre conditions d’un sommet de Londres sincère et fondateur
Banques, agences de notation, paradis fiscaux, Madoff et consorts… le crime était presque parfait ! Une superstructure opaque organisant un espace financier parallèle, siphonnant l’essentiel de la création de richesse, au profit d’une quasi secte, mafia blanche inconsciente ou cynique. Un système se devant d’être toujours en mouvement, afin de maintenir l’illusion de l’équilibre, et exerçant les pressions les plus violentes sur les conditions économiques du plus grand nombre, afin de gonfler mécaniquement et toujours davantage les acquis financiers au détriment des acquis sociaux et du partage équitable de la croissance. Voila ce qui faisait tourner le monde sans sourciller il y a encore quelques mois à peine. La cupidité insolente, obscène et aveugle, aura cependant laissé se mettre en place des révélateurs tout aussi mécaniques de cette perversion, au premier rang desquels le système désormais bien connu des subprimes. Comment ne pas multiplier les crédits lorsque dans le même temps on confisque la richesse? Avec le recul, vraisemblablement aurait-il suffi alors de créer une structure de défaisance commune aux principaux acteurs financiers concernés, structure bien moins coûteuse que toutes les aides débloquées depuis, et qui aurait empêché le décor de se déchirer.Tout aurait pu continuer encore longtemps et sans que l’on sache… Heureusement il y eut alors la faillite de Lehman Brothers, puis celles de Fannie Mae et Freddie Mac. Heureusement, oui. Car ceux qui se désolent de ces événements n’ont simplement que le regret d’avoir été obligés de regarder en face une réalité qu’ils commençaient à pressentir, et dont ils ne voulaient surtout pas se sentir responsables. Ou bien n’ont pas saisi la monstruosité du système. Aller au bout des conséquences les plus dramatiques d’un état de fait désormais incontrôlable, et qui ne méritait plus d’être défendu, aura ouvert les yeux à tout le monde ou presque.
En tout cas, c’est ce qu’il faut espérer. Il faut en effet exiger que toutes les leçons soient tirées de cette crise. Il faut s’assurer qu’un retour en arrière, auquel certains croient naïvement, tandis que d’autres l’espèrent cyniquement, sera rendu impossible. Il faut s’assurer qu’à Londres, on évitera le risque potentiel, et qui serait fatal, d’une connivence larvée entre certains politiques et le monde de la finance.
Quelles sont les conditions indispensables d’une telle refondation, d’un véritable et courageux World Financial Act ?
Tout d’abord il faut sceller le sort des paradis fiscaux qui sont le point d’appui essentiel de cette finance nocive déconnectée de la réalité. Tout le monde semble d’accord. C’est bien, à condition qu’on ne fasse pas dans la demi-mesure. Il faut mettre d’urgence sous contrôle international ces entités artificielles, les établissements financiers qu’elles hébergent, et mettre temporairement sous séquestre - oui sous séquestre ! - les avoirs qui y sont détenus. Au moins le temps d’en faire l’inventaire, si l’on veut vraiment connaître le bilan réel des actifs toxiques des banques. Et surtout éviter que les fonds mis à disposition de ces mêmes banques par les états ne viennent en compenser, de manière incontrôlée, les pertes occultes.
Il faut ensuite demander des comptes et contrôler des acteurs dont personne n’a parlé jusqu’à présent, et qui n’ont cessé de se faire oublier depuis le début de la crise: avez-vous remarqué que rien n’a été dit par et sur les chambres de compensation ? Alors que ces organismes, au premier rang desquels Clearstream et Euroclear, connaissent tout des flux internationaux qu’ils contrôlent ? Pas la moindre analyse, pas la moindre mise en garde…Trop d’intérêts, trop de pressions sont en jeu pour qu’eux aussi ne soient pas soumis à la plus grande transparence.
Les agences de notation enfin : juges et parties à la fois, car trop dépendantes financièrement de leurs clients, non contrôlées elles-mêmes, et agissant dans un domaine où le réel n’est souvent plus contraignant ni pris en compte, où certaines opérations financières oh combien fructueuses se construisent sur la base de rumeurs et de manœuvres peu détectables et encore moins mesurables. Quelles notations sont encore possibles et crédibles dans de telles conditions ? Là encore il faudra redéfinir le rôle et contrôler les opérations de ces organismes, si tant est qu’il soit démontré que leur utilité l’emporte largement sur leur nocivité potentielle.
Pour mener à bien ces actions internationales fondant un nouvel ordre financier mondial il apparaît alors indispensable de créer une Cour Internationale des Comptes et de Justice Financière qui pourrait être partiellement une émanation du FMI pour ce qui est des actions de contrôle. Quant aux actions judiciaires ouvertes au sein de cette Cour, elles seraient conduites par une structure confiée à des personnalités qu’on a trop oubliées elles aussi, et bien à tort, mais qui nous ont si souvent alertés. Des personnalités qui ont œuvré avec autant de ténacité et de courage qu’elles ont été peu soutenues par les pouvoirs en place. Des personnalités qui ont été et sont le réconfort de tant de citoyens indignés voire meurtris, des hommes et des femmes qui ont été et sont l’honneur de la Justice et le symbole de l’exigence démocratique : je veux parler ici de ces juges auxquels nous devons enfin nous-mêmes, tous et dans un même élan, rendre justice. Bernard Bertossa, Eva Joly, Baltasar Garzon, Fabio de Pasquale en sont les figures emblématiques en Europe. Puisque la crise est là, confirmant tant de menaces et de dévoiements dont ils nous avaient prévenus, le temps est venu de leur confier cette tâche urgente, ardente, et dont ils sont tellement dignes. Puisque mondialisation il y a, le temps est venu de prendre exemple et de s’appuyer sur l’action forte de la Norvège en matière de lutte contre la corruption et la délinquance financière.
Voila les points d’ancrage qui nous semblent essentiels pour une refondation efficace et sincère du système financier international. Certes sans doute faudra-t-il leur adjoindre, au niveau international comme au niveau national, des mesures complémentaires concernant l’évaluation des parités des monnaies, la juste redistribution des richesses créées et la réduction drastique des inégalités, si l’on veut que l’intérêt général et le développement restent accessibles et demeurent les ferments de la cohésion et de la justice sociales. Sans doute faudra-t-il orienter davantage les fonds de pension sur l’investissement à long terme et définir au sein des entreprises des ratios, réalistes et non contradictoires, de rentabilité industrielle, de rentabilité financière et surtout de rentabilité sociale. Mais que déjà sur ces quatre points évoqués ici, MM Obama, Merkel, Sarkozy, Brown et l’ensemble du G20 montrent du courage, de la détermination et sachent nous donner les garanties que nous sommes légitimement en droit d’exiger.
Claude Bernard
Pourquoi faut-il éternellement nous prendre pour des ignares ! nous ne sommes plus des
moutons, nous sommes depuis longtemps capable de comprendre d’analyser, de juger et
méfiez-vous hommes et femmes politiques du G20, nous sommes prêts à nous révolter et
ce ne sont pas tous les gendarmes que vous embauchez qui vous protègeront.
Vous voulez une réélection alors commencez par des choses simples dont la liste, non exhaustive, suit :
Les banquiers complices, les paradis fiscaux, les chambres de compensation, les agences de notation, les sportifs et artistes exilés ( tennismen , rallymen etc etc), les pavillons de complaisance pour bateaux et avions…..
Que fait un banquier avec des millions d’euros de stock options ? il achète des écrans plats pour les mettre dans le garage ? que fait un PDG avec une retraite d’un million d’euros annuel, il mange tous les jours dans des 3 macarons ? Non il thésaurise puisqu’il ne sait faire que cela
Vous êtes entrain de décourager les jeunes avec leur stage obligatoire à 350 € mensuels (merci le MEDEF et consorts) vous leur enlevez le plaisir de travailler, vous en faites des futurs assistés.
Même les anciens n’aspirent plus qu’à la retraite ayant perdu pour la plupart le gout de leur travail.
Avant je gagnais bien ma vie, je payais mes impôts, je bâtissais, je consommais, j’aidais mes enfants, j’étais heureux ! Aujourd’hui je paye encore plus d’impôts, je ne bâtis plus, je consomme moins, je n’arrive plus à aider mes enfants.
Honte sur vous petits politiques, vous avez tant courbé l’échine pour arriver ou vous êtes que plus personne ne vous aime.
Le batisseur