Monde

Vladimir Poutine n'est plus intouchable

Temps de lecture : 3 min

La bataille entre Poutine et Medvedev pour l'élection présidentielle de 2012 laissera des traces.

Vladimir Poutine à Kiev le 27 octobre 2010. REUTERS/Gleb Garanich
Vladimir Poutine à Kiev le 27 octobre 2010. REUTERS/Gleb Garanich

Dès sa prise de pouvoir, Vladimir Poutine, ancien résident du KGB à Dresde, avait marqué sa différence avec son prédécesseur Boris Eltsine. Il s’était façonné une image d'homme fort, froid, impassible sur lequel tout glissait sans laisser de traces au point que les médias l’avait surnommé «l’homme en téflon». Cette image commence aujourd'hui à se fissurer sous les coups des internautes russes relayés par la presse d’opposition et même les attaques, inimaginables il y encore quelques mois, de la télévision d’Etat. Matveï Ganopolskiy, journaliste à Echo de Moscou, évoque ainsi dans son blog «la désacralisation du leader national».

Les tabous qui entouraient Vladimir Poutine contraignant les journalistes à le montrer seulement dans des positions avantageuses et à ne faire aucune allusion à ses origines paysannes des plus modestes, à son immense fortune, à sa vie privée et encore moins à celle de sa famille s’effondrent un à un...

Le coup du cocard

Fin octobre, la presse russe a publié en une une photo peu conforme à l’iconographie officielle du Premier ministre. Ce dernier, qui s’était rendu à Kiev pour s’entretenir avec son homologue ukrainien des problèmes de gaz, avait particulièrement mauvaise mine, son visage était tuméfié comme si on l’avait battu. Par ailleurs sur la joue gauche, juste sous l’œil on remarquait un énorme bleu bien visible sous l’épaisse couche de fond de teint, censé le camoufler.

Alors qu’il y a encore quelques mois personne n’aurait osé publier une photo semblable et encore moins la commenter. La presse toute tendances confondues s’est répandue en allusions et suppositions à la limite de l’impertinence sur les origines possibles du bleu qui ornait la joue du chef du gouvernement: petit accident lors de son entrainement sportif (Vladimir Poutine est ceinture noire de judo), problème dentaire, opération esthétique sur les conseils de son ami Silvio Berlusconi ou injection de Botox dans les rides de la patte d’oie afin de paraitre plus jeune. C'est la dernière hypothèse qui a eu la faveur des médias certains journalistes ont même été jusqu’à interroger des médecins qui ont confirmés que les injections de Botox donnaient parfois de bleus. Les explications de Dimitri Peskov, attaché de presse du Premier ministre, évoquant «le surmenage» ou «un mauvais éclairage» n’ont convaincu personne.

Le début de la «désacralisation» de Vladimir Poutine coïncide presque jour pour jour avec l’annonce par Dimitri Medvedev de son intention de se présenter à la présidentielle de 2012… Le processus a commencé au cours de l’été lors des incendies de forêts qui ont ravagé une grande partie du pays. Une partie de la presse avait alors démonté conscienseument les mises en scène organisées par le chef du gouvernement allant jusqu’à insinuer qu’on avait parfois l’impression qu’on allumait des incendies juste pour qu’il puisse les éteindre devant les caméras... Ou qu’il pilotait un avion canadair sans licence de pilotage. Début septembre les médias ont publié les vidéos de blogueurs montrant l’important cortège qui l'accompagnait dans son périple en lada jaune dans l’est du pays; histoire de promouvoir l’industrie automobile russe. Dans le même temps des rumeurs ont commencé à filtrer sur la vie privée du chef du gouvernement et pire sur celle de ses proches, sujets considérés jusqu’à présent comme des «secrets d’Etat».

Cette désacralisation s'accélère avec un effet boule de neige. Le 31 octobre, pour la première fois, trois mille personnes rassemblées sur la place du triomphe à Moscou ont pu crier «la Russie sans Poutine» sans recevoir des coups de matraque. Les médias officiels ont largement couvert le passage à tabac du journaliste Oleg Kavchine «attaqué» par deux individus devant son domicile le 3 novembre alors qu’ils ne s’étaient pas étendus sur l’assassinat d’Anna Politkovskaïa, une journaliste dont la renommée dépassait de loin les frontières de la Russie.

Reste que le peuple russe a besoin de mythes et de héros qui les incarnent. La désacralisation de l’image de Vladimir Poutine, le rabaissement du héros au rang d’un homme ordinaire qu’on peut conspuer dans la rue et dont on peut se moquer ouvertement dans les médias a un sens fort. Nous sommes devant un combat fratricide avec Medvedev pour le pouvoir ou tous les coups sont permis mais dont personne à l’heure actuelle ne peut raisonnablement prévoir l’issue.

Nathalie Ouvaroff

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Nathalie Ouvaroff

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