Monde

Barack Obama en Indonésie: l'incontournable voyage

Jean-Claude Pomonti

Le retour sur les lieux de son enfance n'a rien de sentimental pour le président américain. Barack Obama veut conforter les liens avec la 3e démocratie du monde, représentante d'un islam modéré et qui pourrait être un allié face à la Chine.

Obama Indonésie

Le 3 novembre 2010 à Jakarta. REUTERS/Enny Nuraheni

L’Indonésie –un archipel long de 5.000 km d’est en ouest, 237 millions d’habitants– est-elle devenue incontournable? C’est ce que pense Washington. Elle figure donc en bonne place dans la tournée asiatique en cours de Barack Obama. Après un long week-end en Inde (resserrement des relations, 10 milliards de dollars de contrats enlevés), le président américain se rend mardi à Jakarta avant de participer à deux sommets, celui du G20 en Corée du Sud et celui de l’Asie-Pacifique à Yokohama.

Obama se donne plusieurs raisons de faire cette escale. D’abord, réparer la déception provoquée par l’annulation, au début de l’année, de deux visites précédentes (un vote crucial du Congrès américain sur l’assistance médicale, la marée noire dans le golfe du Mexique) dans un pays où il est populaire et où il a passé quatre années de son enfance (sa mère, remariée à un Indonésien, était une anthropologue). Ensuite, en officialisant un «partenariat compréhensif», conforter les relations avec une démocratie jugée en bonne voie et qui abrite la plus importante communauté musulmane de la planète (200 millions de gens s’y réclament de l’islam, sur 237 millions d’habitants). Enfin, utiliser cette tribune pour reprendre le message à l’adresse des musulmans qu’il avait lancé au Caire l’an dernier.

Le premier aspect de la visite est un peu gommé. L’Obamania indonésienne, si sensible au lendemain de son élection, est retombée. On n’y parle guère du film tourné sur place sur Barry, petit nom d’enfance. Une campagne a obtenu le repli sur la cour de l’école où il a passé deux ans d’une statue de Barry installée sur place publique. Et les résultats électoraux du 2 novembre n’ont rien fait pour rehausser le prestige déclinant du chef de l’Etat américain. Une visite de son école ne semble plus au programme, pas davantage qu’une rencontre avec ses anciens camarades de classe.

Une démocratie à encourager

Le deuxième, le «partenariat global», est poursuivi avec constance par Washington. L’Indonésie est jugée comme la troisième démocratie de la planète par le nombre, après l’Inde et les Etats-Unis. Les sanctions militaires, prises à la suite de graves exactions commises par l’armée indonésienne, ont été levées. Encourager la poursuite de la démocratisation d’un vaste Etat archipélagique qui s’est retrouvé, après les trente-deux années de la dictature de Suharto (1966-1998), au bord de la désintégration, est l’un des objectifs.

Le troisième, embrasser à nouveau la communauté musulmane, est plus problématique. Certes, l’Indonésie est déjà membre du G20 et se retrouve sur le perron du Bric (Brésil, Russie, Inde, Chine). Elle a pris du poids diplomatique et assurera, en 2011, la présidence annuelle de l’Association des nations de l’Asie du sud-est (Asean), dont elle redevenue le principal pilier. Mais son audience au sein du monde musulman demeure relativement limitée. Le problème n’est pas l’activisme de petits noyaux intégristes qui pratiquent l’intimidation; ou même l’existence de cellules terroristes, désormais tenues en laisse par des commandos indonésiens qui bénéficient d’appuis américains et australiens. C’est une affaire de visibilité: l’islam indonésien, en général modéré et plutôt conservateur, est celui de peuples convertis au fil des derniers siècles. Le pays se situe encore à la périphérie du monde musulman.

Contrepoids

D’un autre côté, si les militaires n’ont jamais tenté d’y reprendre le pouvoir depuis douze ans et paraissent y rentrer dans le rang, la démocratisation de l’Indonésie est un processus qui s’accompagne de bémols. Les minorités religieuses s’y sentent de plus en plus brimées. Les sondages placent au premier rang des institutions corrompues le Parlement (élu) et la police. Avec la décentralisation amorcée au tournant du siècle, la corruption officielle s’est généralisée et n’est plus le quasi-monopole d’une machine auparavant hyper centralisée. Enfin, en dépit d’une réélection triomphale l’an dernier (60% des suffrages dès le premier tour), le président Susilo Bambang Yudhoyono demeure un général d’ancien régime qui, tout en assurant l’expansion économique (6% de croissance prévus en 2010), laisse aujourd’hui les réformes stagner.

En revanche, face à l’influence régionale croissante de la Chine, l’Indonésie devient effectivement, pour les Etats-Unis, un point d’appui incontournable. Barack Obama paraît aujourd’hui jouer les contrepoids, en Inde comme au Japon ou en Indonésie. Dans le dernier cas de figure, son secrétaire à la Défense Robert Gates, qui s’est récemment rendu à Singapour, à Jakarta et à Hanoi, et surtout la secrétaire d’Etat Hillary Clinton, qui revient de Malaisie, du Cambodge et du Vietnam, lui ont mâché le travail. Contenir la Chine? Le terme n’est plus en usage. Mais la contraindre à suivre les règles internationales, donc à se comporter en grande puissance raisonnable, fait partie d’un projet américain dont l’Indonésie, au nationalisme sourcilleux, est une composante nécessaire, sinon indispensable.

Jean-Claude Pomonti

Jean-Claude Pomonti
Jean-Claude Pomonti (23 articles)
Journaliste
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