Monde

Un missile américain tue un proche d'al-Qaida à Gaza

Jacques Benillouche, mis à jour le 06.11.2010 à 8 h 48

Américains, Israéliens, Egyptiens et Jordaniens coopèrent étroitement contre l'Armée de l'Islam, un mouvement proche d'al-Qaida qui opère à Gaza et dans le Sinaï.

Missile tiré d'un navire de combat  Reuters

Missile tiré d'un navire de combat Reuters

Le communiqué des forces armées israéliennes en date du 3 novembre annonçant qu’un haut responsable appartenant à l’organisation «l’Armée de l’Islam» a été éliminé à la suite d’une «opération ciblée» est étonnamment succinct. Muhammad Namnam, âgé de 26 ans, a trouvé la mort dans l’explosion de son véhicule. Tsahal, d’ordinaire prolixe quand il s’agit de la réussite d’une opération contre des terroristes, n’a pas détaillé le mode opératoire de cet assassinat ciblé et cette gêne semble se justifier par des informations étonnantes de sources proches du renseignement militaire. Ce n'est pas un missile israélien, mais un missile américain qui a tué l'islamiste proche d'al-Qaida.

L’axe al-Qaida-Hamas

L’Armée de l’Islam, organisation salafiste qui s’identifie à la cause de ben Laden, organise des attaques terroristes aussi bien contre des cibles israéliennes qu’américaines. Elle opère contre des bases américaines installées dans la péninsule du Sinaï en coopération avec des éléments du Hamas. Le 2 août le port jordanien d’Akaba, a été ainsi la cible de deux missiles Grad qui avaient occasionné des dégâts importants à l’Hôtel Intercontinental, partiellement détruit. Au même moment, la base d'al Gura qui commande les forces internationales dans le Sinaï était aussi attaquée.

La police israélienne était persuadée que les tirs provenaient du Sinaï contrôlé par l’Egypte mais le Caire pouvait difficilement reconnaitre l’échec de ses services de sécurité. Les dirigeants israéliens avaient aussi imputé la responsabilité à des terroristes liés à al-Qaida qui deviennent de plus en plus actifs. Ils ont adopté une nouvelle stratégie d’attaques coordonnées et simultanées contre les pays alliés des américains, Israël et la Jordanie, mais aussi contre la force multinationale d’observateurs au Sinaï (FMO) dirigée par les américains.

L’audace des terroristes démontre qu’al-Qaida dispose maintenant de la logistique et d’équipements en mesure de défier les forces internationales. La base de commandement de la FMO à Al Gura a été attaquée pour prouver que les Etats-Unis au Proche-Orient ne sont plus à l’abri. La situation a été considérée comme grave puisqu’un black-out a été imposé aussi bien par les égyptiens que par la force internationale sur les informations autour de attaques et une «task-force» associant Israël et la Jordanie a été créée pour contrer une organisation équipée d'un armement lourd. Le matériel a été fourni par le pourvoyeur du Hamas, Al Mabhouh, assassiné à Dubaï en janvier, qui payait en nature les djihadistes contrebandiers, chargés de convoyer le stock jusqu’aux tunnels de Gaza. De nombreux services de renseignements avaient ainsi de sérieuses raisons de se débarrasser de ce pourvoyeur d’armes.

L’audace d’al-Qaida

Le groupe lié à al-Qaida et agissant à la frontière entre Israël, l'Egypte et la Jordanie a toujours montré sa témérité. Le 8 juin 2005, il s’en était pris à l’USS Ashland et l'USS Kearsarge, deux navires de guerre amarrés au port d’Akaba. Déjà à cette époque, les brigades Abdullah Azzam avaient revendiqué ces attentats.

La discrétion sur le mode opératoire de l’assassinat de Namnam s’explique. Selon nos informations, son véhicule aurait été touché par un missile tiré depuis un navire de guerre américain basé en méditerranée. Barack Obama a toujours annoncé qu’il ne renonçait à aucun moyen pour mener le combat contre al-Qaida. Namnam était un des commandants opérationnels de l’Armée de l’Islam, bras armé d’al-Qaida à Gaza.

Les services de renseignements américains avaient était informés qu’il planifiait des vagues d’attentats dans la péninsule arabique contre des cibles américaines. Des militants de l’Armée de l’Islam épaulés par des activistes du Hamas devaient se rendre au nord du Sinaï pour lancer une attaque sur la force FMO, installée à El Gorah, au sud d’El-Arish tandis que simultanément, le 7 novembre, al Qaida devait coordonner une frappe contre les Marines américains et les troupes de l’US Air Force stationnées à Sharm-el-Sheikh, dans la baie de Naama.

Collaboration arabo-américaine

La collaboration américano-saoudienne est totale. L’interception d’armement en provenance du Yémen et d’Iran ainsi que les échanges avec les services de renseignements égypto-israéliens ont contribué à déjouer des attentats qui auraient pu être sanglants. Les israéliens ont aidé au repérage de Namnam et donné toutes les informations électroniques au navire américain pour ne pas rater sa cible. Les responsables du Hamas se posent à présent la question de l’autorisation donnée par Israël de permettre l’importation de véhicules à Gaza. Ils les soupçonnent de les avoir équipés de puces de détection permettant leur positionnement par GPS. Les doutes sont réels puisque tous les témoins de l’attentat contre le commandant de l’Armée de l’Islam sont unanimes à confirmer qu’aucun drone, ni avion militaire, ne survolait le lieu de l’attentat comme d’ordinaire lorsque les israéliens agissent. 

La mort de Namnam met en évidence plusieurs éléments nouveaux. Les Etats-Unis inaugurent une politique d’assassinat ciblé dans la bande de Gaza après des opérations identiques en Irak, en Somalie et au Yémen. Par ailleurs la collaboration se renforce entre les pays arabes modérés, Israël et les Etats-Unis permettant ainsi de contrer durement les organisations terroristes. L’interception de 13 conteneurs de missiles en provenance d’Iran et à destination de Gaza illustre la réussite de cette collaboration. L’Egypte a déclaré la guerre au Hamas puisque, en prévision du grand pèlerinage musulman, elle a interdit le passage de la frontière commune avec la bande de Gaza aux membres du mouvement islamiste palestinien. Par ailleurs la visite du chef des renseignements égyptiens en Israël, le 4 novembre illustre aussi ce renforcement de la coopération.

Jacques Benillouche

Photo: Missile tiré d'un navire de combat  Reuters

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