France

Bussereau, l’overdose gouvernementale

Gilles Bridier, mis à jour le 07.11.2010 à 9 h 06

Proche de Jean-Pierre Raffarin, Dominique Bussereau s’est publiquement mis en congé de gouvernement avant même le remaniement annoncé. Rare. Besoin de prendre l’air, ou fêlure dans la majorité?

Dominique Bussereau Benoit Tessier / Reuters

Dominique Bussereau Benoit Tessier / Reuters

Qu’arrive-t-il à Dominique Bussereau? Depuis plus de huit ans, il collectionne les maroquins – des Transports à l’Agriculture en passant par le Budget – dans les gouvernements Raffarin, Villepin et Fillon. Et voilà que l'insubmersible fait part à la mi-août de son désir d’abandonner toute fonction gouvernementale à l’occasion du futur remaniement. Certes, aucune reconduction n’est jamais assurée. Mais on voit plus souvent des candidats se bousculer pour un strapontin que des ministres en poste programmer leur retrait. En principe, lorsqu’on entre dans un gouvernement, on pense surtout aux marches qu’il reste à franchir quand on se rase le matin…

Bussereau, lui, annonce qu’il tournera les talons, sans qu’on ne lui demande rien. Cela alors que, deux semaines plus tôt, il avait déjà rendu publique sa démission du Conseil général de la région Poitou-Charentes. Certes, il a perdu la bataille électorale des régionales contre Ségolène Royal. Mais c’est le lot de la vie politique de connaître des échecs; l’élu de Saint-Georges-de-Didonne et président du conseil général de la Charente Maritime n’ignore pas les règles d’un jeu politique dans lequel il baigne depuis trente sept années. Au début, avec Jean Pierre Raffarin qui devint son mentor en politique, il animait un club de jeunes giscardiens. Il persévéra dans l’aile la plus libérale de l’UDF en intégrant le Parti républicain, puis Démocratie libérale, avant de se rallier au RPR de Jacques Chirac pour fonder l’UMP de Nicolas Sarkozy. Et malgré toute une vie dédiée à l’engagement politique à droite, voilà qu’à 58 ans – âge où l’on est souvent licencié, mais pas retraité volontaire – il semble brûler ses vaisseaux.

Tintin en Sarkozie

Certes, il apprécierait de reprendre la présidence du Club des parlementaires tintinophiles qu’il a créé en 1996. Un peu court, tout de même. Tintin, Blake et Mortimer, Buck Dany… tous les héros de la «ligne claire , Dominique Bussereau les découvrit en suivant sa mère à la bibliothèque de la SNCF, où elle travaillait. C’est là, également, que ce petit-fils et fils de cheminots se nourrit de la lecture du magazine «La vie du rail», acquérant une connaissance des transports qu’il mettra plus tard au service de son engagement. Mais pour reprendre la haute main sur ce club, encore faudrait-il que Dominique Bussereau reste parlementaire. Tel est son objectif. Déjà élu deux fois député en 2002 et 2007, il compte bien se représenter en 2012. Et mettre à profit les quelque 18 mois avant les prochaines législatives pour battre la campagne dans son fief de Charente Maritime.

Mais s’il affectionne plus la politique de proximité, pourquoi avoir cédé sa place au Conseil régional de Poitou-Charentes? C’est en service commandé, à la demande de Nicolas Sarkozy, qu’il avait défié la présidente sortante. Sa démission montre que cette bataille n’était pas la sienne. Trois mois plus tard, il considère avoir rempli sa mission: installer un groupe d’opposition à Ségolène Royal.

Aujourd’hui conseiller politique de l’UMP dont il se présente avec Jean-Pierre Raffarin comme l’un des co-fondateurs, Dominique Bussereau se garde bien de critiquer celui qui transforma ce parti en machine de guerre pour conquérir l’Elysée. Il eut pourtant avec Nicolas Sarkozy des relations difficiles lorsque celui-ci obtint, en 2004, le ministère de l’Economie et des Finances qu’il convoitait. Pour marquer à la culotte son jeune ministre un peu fougueux, Jean-Pierre Raffarin nomma Bussereau, son ami, au secrétariat d’Etat au Budget. Très vite, celui-ci manqua d’air et dut à son directeur de cabinet d’arrondir les angles avec le maître de Bercy. Diplomate, Dominique Bussereau s’en souvient aujourd’hui comme d’une époque «exaltante»! Elle n’aura toutefois duré que huit mois. Ensuite, son mentor lui confia l’Agriculture, un ministère qu’il conserva lorsque Dominique de Villepin fut nommé à Matignon. Dominique Bussereau y passa en tout deux ans et demi. Même s’il juge aujourd’hui que cette fonction fut la plus dure qu’il exerça à cause de la multiplicité des problèmes à traiter (tant au niveau national qu’international dans le cadre de l’Union européenne ou de l’OMC), ce n’est pas à ce poste qu’il laissera le plus de souvenirs.

Tombé dans la marmite des Transports

Car sa culture, c’est celle des transports. Lorsque Jean-Pierre Raffarin lui en confia, en mai 2002, le secrétariat d’Etat, les transporteurs routiers blêmirent, voyant entrer au gouvernement un ministre élevé dans le giron ferroviaire. La droite comptant de nombreux patrons routiers parmi ses membres, Dominique Bussereau fut fidèle à sa famille politique, même s’il les affola un peu avec son projet d’écotaxe... qui a été reporté. Il s’adossa même à une puissante fédération, la FNTR, qui lui causa bien du tourment lorsque, par exemple, elle refusa de participer aux Etats généraux du transport qu’il avait lui-même convoqués. Aujourd’hui, Dominique Bussereau revient à ses premières amours: «le siècle qui commence sera ferroviaire», commente t-il – notant au passage, comme pour régler un compte, la perte d’audience de la fédération en question.

Aux Transports, il eut à gérer les grèves de cheminots, de conducteurs routiers et de dockers, tous ces dossiers en prise directe sur la vie quotidienne des Français et qui placent le ministre de tutelle en première ligne pour affronter la grogne de l’opinion publique dès que la mécanique s’enraye. Au point que certains de ses prédécesseurs estampillèrent la fonction comme «l’une des plus exposées du gouvernement, et des plus dangereuses pour se construire un avenir politique».

De fait, on ne risque guère de s’attirer la sympathie des automobilistes lorsqu’on affirme, par exemple, qu’il n’existe pas de pénurie de carburant alors qu’un tiers des stations services n’est pas approvisionné et que les files d’attente s’allongent aux pompes à essence. Pourtant, Dominique Bussereau l’a soutenu en octobre lorsque les raffineries étaient à l’arrêt: il fallait éviter un mouvement de panique qui aurait aggravé la situation. «La France n’a pas été bloquée», insiste-t-il encore, contestant tout déni de réalité. A voir son visage fermé lors d’une conférence de presse à laquelle il participait avec Jean-Louis Borloo, ministre de l’Ecologie et de l’Energie, et la façon dont il resta obstinément muet («pour ne pas paraphraser», explique-t-il) sur un dossier qui le concernait au premier chef, le secrétaire d’Etat aux transports n’avait manifestement pas envie d’en rajouter dans un registre qui accroit le discrédit du verbe en politique.

On pourrait voir dans l’attitude de l’élu charentais la fin d’une période, celle de l’influence de Jean-Pierre Raffarin dans l’entourage du président de la République, surtout après que l’ancien Premier ministre eût émis à plusieurs reprises des observations discordantes sur la façon dont Nicolas Sarkozy mène sa politique. Toujours dans le politiquement correct pour ménager l’avenir, Bussereau repousse toute interprétation qui laisserait supposer que cette fêlure puisse exister au sein de la majorité présidentielle. Il n’en reste pas moins que le relais de Raffarin dans le gouvernement a choisi de s’effacer pour «retrouver sa liberté d’expression». Et réorienter son engament vers d’autres élections – sénatoriales, cantonales – tout  en poursuivant l’autre objectif de s’inscrire au barreau. Très tendance aujourd’hui, chez les politiques.

Gilles Bridier

Photo: Dominique Bussereau Benoit Tessier / Reuters

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Journaliste
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