Les six leçons du revers démocrate
Le plan de sauvetage de Wall Street a tué les démocrates. L’«incertitude» financière que les républicains leur mettent sur le dos est une attaque bidon. Et quatre autres enseignements à tirer du résultat des élections américaines.
- En 2006 en Cranston. REUTERS/Brian Snyde -
1) Le véritable enjeu de l’élection: la situation économique et l’emploi
Le taux de chômage officiel des Etats-Unis se situe à 9,6%. En réalité, un calcul plus précis montre qu’il avoisine les 20%. Pas moins de 62% des Américains estiment que leur pays est sur la mauvaise pente. D’où le message clair de désapprobation adressé, mardi soir, au parti au pouvoir. L’argument de l’administration Obama est le suivant: sans les plans de relance et de sauvetage, «la situation aurait été pire». (On en ignore toutefois la réelle validité.) Si le taux de chômage était en deçà de 6%, croyez-vous que l’inquiétude des Américains à propos de la réforme de la santé et du sauvetage du secteur automobile aurait autant pesé sur l’issue du scrutin?
2) Le sauvetage (politiquement) raté de Wall Street
En augmentant les fonds affectés au sauvetage de Wall Street, Obama n’a pas réussi à s’attirer les faveurs d’une classe moyenne mécontente. Cette décision est en quelque sorte le Rubicon émotionnel de l’administration actuelle. Si Obama avait assorti ce sauvetage d’une réforme profonde, s’il avait exprimé des remords sincères et durables et exigé son dû impitoyablement, l’opinion l’aurait peut-être mieux accueilli. Mais quand, dans un contexte de saisies immobilières et de récession, les banques se remettent à verser les mêmes bonus astronomiques qu’avant, les Américains ont tous le sentiment d’avoir été trahis. Leur président est passé dans le camp adverse. L’occasion idéale pour le Tea Party d’exploiter l’angoisse de la classe moyenne: Franklin Roosevelt n’aurait jamais laissé faire ça; il aurait cloué au pilori les titans de Wall Street, exigé que tous les bonus soient restitués et imposé une véritable réforme du système. Obama, lui, s’est montré doux à l’égard du monde de la finance new-yorkaise: «nous sommes tous dans le même bateau», avait-il déclaré. Résultat, le président américain a obtenu le pire des résultats possibles: il a tout donné aux acteurs de Wall Street pour recevoir quoi en échange? Leur inimitié. En outre, il n’a pas su exprimer son empathie pour les contribuables et a suscité leur courroux en leur faisant payer les folies du secteur financier.
3) La mort du keynésianisme
Le plan de relance et le sauvetage de l’industrie automobile ont été bénéfiques – dans une large mesure. Mais comme le président américain a trop hésité et attendu pour prendre ces décisions, il a traîné ces deux plans comme des boulets et a anéanti toute possibilité de voir un nouveau plan de relance approuvé par l’opinion. Un plan qui pourrait pourtant s’avérer de nouveau nécessaire. Le soutien politique et populaire à l’économie keynésienne, qui était plutôt fort depuis la Crise de 1929 est mort. Pour l’heure, en tout cas.
4) Pas de programme économique à l’horizon
Les Etats-Unis ont grand besoin d’objectifs économiques qui aillent au-delà du maintien des réductions fiscales mises en place par Bush. Hélas, personne n’en propose. Ni la Maison Blanche, ni les leaders républicains traditionnels, ni le mouvement «insurgé» du Tea Party. Chacun sait que les données macroéconomiques sur l’augmentation des revenus, les emplois et les échanges commerciaux sont dramatiques. Et pourtant, il n’y a pas de plan macroéconomique englobant les politiques de l’emploi, les politiques énergétiques ou l’investissement dans les infrastructures. Autant de grands axes nécessaires à la transformation de l’économie américaine. Les consommateurs sont toujours endettés, le marché immobilier reste catastrophique, les taux d’intérêts sont aussi bas que possible et la demande ne frôle même pas le niveau suffisant pour générer des investissements. Alors, où se feront les créations d’emplois (en particulier les postes qui permettront à leur titulaire de mener un train de vie de classe moyenne)?
5) L’attaque bidon de l’«incertitude»
L’idée selon laquelle l’élimination de l’«incertitude» liée aux taxes et aux règlementations donnera lieu à des investissements massifs n’est qu’une rumeur répandue par le monde des entreprises pour justifier de retenir 2.000 milliards de dollars [1.400 milliards d’euros] qui auraient pu être investis. Le cadre fiscal et règlementaire est aussi «certain» ou «incertain» que depuis 50 ans. Le problème vient d’une demande insuffisante. Et tant qu’on ne prendra pas ce problème à bras le corps, l’économie américaine restera à la traîne.
6) La création d’emplois est le premier –et le plus important– challenge bipartisan
Si démocrates et républicains décident de composer en toute bonne foi les uns avec les autres, il conviendrait de mettre en place, dès à présent, une stratégie pour créer de l’emploi. On parviendra à résorber (ou du moins à faire baisser) le chômage uniquement si l’économie se redresse. L’emploi est la condition sine qua non de réussite des autres grandes politiques.
Eliot Spitzer
Traduit par Micha Cziffra
À REGARDER: Notre grand format En mauvais terms
Mis à jour le 05/11/2010 à 16h14














































D'accord, Obama n'a pas réglé tous les problèmes des USA et les critiques exposées sont plus ou moins vraies. Mais remettons les pendules à l'heure:
Il a réformé en profondeur l'éducation, introduit les bases d'un système de sécurité sociale. Dans l'urgence totale il a aussi sauvé ce qui pouvait l'être de l'industrie automobile, renfloué le système bancaire, eut à dealer avec la fuite de pétrole dans le Golf du Mexique. De plus, sans avoir su créer tous les emplois nécessaires, il a néanmoins stabilisé l’hémorragie et inverser la tendance et su générer une croissance qui ferait pâlir d'envie n'importe lequel des dirigeants Européen. Il a fait tous ça dans un contexte de crise économique souvent comparée à celle de 1929, combinée à la gestion des guerres en Iran et en Afghanistan. À cela il faut aussi ajouter une dette égale au PIB et dont les 2/3 sont la propriété de son principal fournisseur: la Chine dont la monnaie est outrageusement sous évaluée par rapport au $.
Il a aussi définitivement changé la nature des relations avec Israël, et ça, beaucoup ne lui pardonneront jamais, même dans son propre camps.
Tout ça a été accomplis dans les deux dernières années.
Pour compléter le tableau, il faut aussi rappeler qu'il a beaucoup d'ennemis. Bien évidement, à droite il y a les "usual supects": - la bande à Glen Beck et Sarah Palin un mélange de Poujadistes et de nostalgiques du KKK. - Les Neocons (la bande à Dick Chenney et Carl Rove). - Le GOP, avec ses caciques traditionnels ( McCain, Schwartzy etc..). Mais les Républicains, divisés comme ils le sont, seraient presque plus une menace pour eux mêmes que pour M.Obama.
Ce que j'ai peur c'est que la pire menace ne vienne pas des ennemis de M.Obama, mais plutôt de son propre camps. Qui est est Eliot Spitzer ? Monsieur Spitzer est un ancien magistrat Démocrate élu (district attorney) et dont la réputation n'est plus à faire. Il y a peu il a du démissionner à cause d'une sombre histoire de réseau de prostitution lié à la mafia et auquel il faisait appel pour organiser ses menus plaisirs lors de voyages d'affaires, organisation sur laquelle, apr ailleurs, il enquêtait. Rappelons quand même, qu'à aucun moment son intégrité en tant que magistrat n'a été mise en doute.
Le résultat est que, habitué à être dans l’œil médias et pour continuer à "exister", lui qui n'est pas un journaliste, parle sur CNN et écrit dans Slate. Il "a été" et n'est plus dans la position "d'être", alors il se croit obliger de faire partager son opinion sur le travail de ses ex-collègues. Lord Profumo, qui lui aussi s'est trouvé exactement dans une situation similaire a eut l'élégance très Britannique de disparaître de la vie publique, et surtout d'éviter de miner ceux qui étaient encore aux affaires.
Le vrai problème d'Obama, c'est qu'au cœur même du parti démocrate, c'est la chienlit. Ces grand bourgeois éduqués à Harvard se contrefoutent de leur mission. A l'inverse d'Obama, véritable homme du peuple, ils n'ont pas saisi l’importance de leur mission. Pour exister un peu, cet homme mine la position d'un des siens; et pas n'importe lequel. Le premier étant fragilisé par un état de campagne électorale quasi permanent, seul un deuxième mandat permettrait à Obama d'accomplir les réformes qui s'imposent pour améliorer le sort des classes basses et moyennes. Mais Monsieur Spitzer ne peut s'empêcher de parler.
Président désincarné, pour un peu… Président de l'au-delà…
A cet Obama, difficile de ne pas lui attribuer une place, une seule : une chaire d’église, ou plus simplement une estrade, celle d’un temple, en prêcheur d’un avenir fantomatique à l’exécution toujours remise à plus tard.