Monde

Police militaire en Afghanistan, police à tout faire

Christopher Beam, mis à jour le 08.11.2010 à 11 h 02

EMBEDDED EN AFGHANISTAN (2/4) - Des soldats peuvent-ils faire de bons diplomates?

Afghanistan. REUTERS/Marko Djurica

Des MP américains, de la 1re division marine dans la province de Nimroz, et un Afghan le 15 janvier 2010. REUTERS/Marko Djurica

J’ai passé neuf jours au sein de la 372e compagnie MP –mangé la même nourriture, transpiré dans les mêmes camions et dormi sur les mêmes lits de camps étroits. «Embedded», comme on dit. Ma vision de la guerre, comme celle des hommes de la 372e, est partielle. (2e partie)

Tous les matins, au poste de police n°5, deux enfants afghans viennent collecter les ordures, sans doute pour en revendre une partie. Ils n’emportent pas seulement les bouteilles et les boîtes de conserve. Ils prennent tout, jusqu’à l’emballage des barres de céréales. «Ceux-là, on ne peut pas dire qu’ils soient fainéants», dit le lieutenant Jason Walter, qui commande la 1re section. Ce n’est pas tant un compliment adressé aux deux gamins qu’une insulte à destination de la police afghane (PNA). Les MP sont censés former la PNA, mais les relations sont tendues, pour ne pas dire plus.

«Tu peux être sûr de seulement quatre choses sur tous ces gars», me dit le sergent-fourier Ronald Ketterman, en montrant du doigt une pièce remplie de policiers afghans: «Ils sont corrompus, ils mentent, ils s’enculent entre eux et ils volent. Si tous les matins tu te réveilles en gardant bien ça à l’esprit, ta journée se passera bien.»


Je viens d’arriver au poste de police et Ketterman me fait le tour du proprio. Voilà l’endroit où dorment les Américains, une petite pièce dans laquelle les deux douzaines de MP s’entassent, à trois par couchette, depuis leur arrivée il y a près de deux mois; plusieurs pièces relativement spacieuses pour la petite douzaine de soldats afghans; le toit, où dorment quelques policiers de la PNA; les miradors, avec un MP dans chaque, la nuit; et les toilettes: deux trous dans le sol pour les Afghans, deux cabinets extérieurs pour les Américains. Tout est relié à une fosse septique à ciel ouvert, qui rend l’utilisation d’une lampe torche indispensable la nuit. Et puis il y a la porte qui mène à la cour où se trouve l’obus abandonné. «Ne va pas par là», me dit Ketterman, comme si les minces murs en plâtre nous séparant de l’obus pouvaient être d’une quelconque utilité s’il venait à exploser.

«Je t’aime, dit l’Afghan. Je t’aime.»

Dehors, sous le porche, les MP américains jouent aux cartes et prennent un repas chaud en provenance de la Base opérationnelle avancée Walton, où les MP passent leurs nuits quand ils ne sont pas en service. Les MP ont généralement un seul repas chaud par jour. Le reste du temps, ce sont des rations caloriques prêtes à consommer, des barres de céréales, des chips, du Gatorade et des canettes de boisson énergisante.

Dans une autre pièce, les policiers afghans se tiennent en cercle, boivent du thé et mangent du pain sans levain. Ce soir, ils ont invité des musiciens du coin qui jouent d’un instrument ressemblant à un sitar et du tambour tandis que les autres dansent à tour de rôle au milieu du cercle. Quelques MP passent la tête. Les Afghans leur offrent du thé et des bonbons. Ils refusent poliment. «Je ne mange pas les trucs qu’ils me donnent, dit le soldat Jeremy Hirsh. Je ne sais pas ce qu’il y a dedans.» Il y a deux semaines, dans un autre poste, un groupe de taliban a infiltré les cuisines, empoisonné les policiers, les a abattus et a volé leurs camions.

Un Afghan se lève et vient parler avec les Américains. «Tu es policier?», dit-il au sergent Michael Pirog, dans un anglais hésitant, bien meilleur que celui parlé par la majorité des membres de la PNA. «Non», dit Pirog, qui, dans le civil, s’occupe de la sécurité d’un dépôt de l’armée en Pennsylvanie. «Tu es une fille?», lui répond l’Afghan. Les Américains rient. «Je t’aime, dit l’Afghan. Je t’aime.»

Cette conversation un peu trop amicale met certains Américains mal à l’aise. «C’est déjà jeudi?», demande le soldat Maurice Gonzales. Les Américains appellent ça les «Jeudis de l’amour entre hommes». Lorsque la nuit tombe, on peut voir les policiers de la PNA se tenir par la main ou cheminer bras dessus bras dessous. La théorie, c’est que le vendredi étant le jour saint pour l’Islam, la nuit du jeudi au vendredi est le moment idéal pour commettre des péchés. «Qu’ils essaient», dit le soldat Joshua Hill, en tapotant son pistolet. «Ils auront affaire à mes 15 amis.» (Le nombre de balles que contient le chargeur.) Les avances réelles sont rares. Le soldat Jonah Rock se rappelle être redescendu d’un mirador un peu choqué après qu’un policier afghan l’avait frappé au visage. Une autre fois, un policier afghan a tenté d’établir le contact en chargeant, via Bluetooth, du porno afghan sur le portable d’un MP.

Le portail du poste s’ouvre et un policier afghan fait une entrée pétaradante sur sa moto. «Voilà le capitaine Crochet», dit le soldat Francis Lacey, le toubib de la section. «On l’appelle comme ça parce qu’il se crayonne les yeux en noir, comme Johnny Depp dans Pirates des Caraïbes.» (Le Capitaine Crochet ne dépareillerait pas à Williamsburg, Brooklyn.) C’est un des rares policiers afghans a disposer d’un surnom. Il y a aussi Handy Mandy, l’électricien, qui passe son temps à prendre des coups de jus. Un policier obèse dont le ventre dépasse de dessous son t-shirt a hérité du surnom de Snorlax (Ronflex en français, le Pokémon qui dort tout le temps). Mowgli porte une coupe au bol, comme le héros du Livre de la jungle. Paradoxalement, le policier afghan qui joue du nunchaku n’a pas de surnom.

Les MP ne se font pas de cadeaux non plus, mais sur le ton de la plaisanterie. Lorsque Gonzales passe devant lui, Rock commence à jouer Kung Fu Fighting sur sa guitare, afin de moquer les origines supposées de Gonzales. «T’es quoi?», dit l’un des MP. «T’es Chinois? Mexicain?» (Il est Philippin.) Un autre MP provoque la colère de Hill, qui est noir, en déclarant que les esclaves noirs américains ne vivaient pas si mal que ça.

Le plus sociable des policiers afghans, et de loin, est un jeune lieutenant ouzbek appelé Bashir, qui a commencé à prendre des leçons d’anglais auprès de «Bob», un interprète américain originaire du Pakistan. (Les interprètes se choisissent régulièrement un nom d’usage pour le service.) Tous les soirs, Bashir et Bob s’asseyent avec un manuel de conversation Dari-Anglais qui semble avoir été rédigé par un vicaire du XIXe siècle. Parmi les phrases: «Mieux vaut être désoeuvré que de travailler pour rien.»

Voilà une leçon que ses collègues ont parfaitement intégré. De tous les fossés culturels séparant les Américains des Afghans, l’éthique du travail est celui qui provoque le plus de tension. Les MP demandent aux policiers de se préparer pour une patrouille et se retrouvent avec une poignée de volontaires. À la fin du mois d’août, c’était le Ramadan. Le Ramadan ne prévoit en rien d’éventuels aménagements des horaires de travail, mais de nombreux magasins musulmans les réduisent, et la majorité des policiers afghans passe la journée à dormir. Le chef de poste a d’ailleurs donné l’exemple en prenant carrément congé pour toute la période.

Pourtant, le poste de police n°5 est le poste de police modèle de Kandahar. Les talibans n’ont pas infiltré ses cuisines. Le chef n’a pas été assassiné, comme dans le district n°8. Personne n’a balancé des grenades dans les miradors en blessant un policier, comme dans le district n°10.

L’adjoint du chef de poste est relativement moins corrompu que la moyenne. (Le chef de poste –celui qui a pris congé pour le mois– est paresseux et corrompu, me disent les soldats de la section. «Impossible de lui faire faire quoique ce soit sans bakchich, me dit Ketterman. Tu lui files de l’essence, il la revend.») Certains policiers (pas beaucoup) prennent ce travail au sérieux. La dotation en arme est –presque– complète. «C’est le meilleur poste que je connaisse», m’a dit une policière canadienne qui sert comme conseiller, lorsqu’elle est venu l’inspecter. «Ils ont des formateurs, des feuilles de patrouille et un emploi du temps.» Walter semble surpris: «Ah bon?»

«Personne ne nique la police!»

Le lendemain matin, alors que la section prend son petit-déjeuner, le capitaine Crochet arrive avec un air canaille. Son bras est recouvert de bandages. «Dis-lui d’arrêter de fabriquer des bombes», dit Ketterman. «Peut-être que c’est son petit ami qui l’a cogné. Ils devaient tourner un film de prison.» Le capitaine Crochet ne comprend pas. Il a tout simplement eu un accident de moto la veille au soir. Lacey lui refait ses pansements, mais il faut qu’il aille voir un docteur. «C’est pas une grosse perte», me dit Lacey. (Quelques semaines après mon départ, Lacey m’a raconté que le capitaine Crochet venait de perdre un orteil; son arme était partie toute seule.)

Lorsque les deux gamins arrivent pour faire les poubelles, le sergent Amanda Voggenreiter leur offre un bol de Spécial K aux fruits rouges. Les deux gamins s’en emparent, le regardent et le jettent sur le sol, dispersant les céréales. Tout le monde rigole. «Ça, c’est l’Afghanistan», lâche un des MP.

De nombreux Afghans avec qui j’ai eu l’occasion de discuter, dont des policiers, me disent qu’ils sont contents de la présence de la coalition. Mais les Américains ne le ressentent pas toujours de cette façon. «On est des vaches à lait pour eux», dit Ketterman. «C’est tout ce qu’on est.» Il est difficile de savoir si les Américains méprisent les Afghans pour leur ingratitude ou ce sont les Afghans qui se montrent ingrats en raison du mépris dont les Américains font preuve à leur endroit. On se demande même si les deux groupes ont ne serait-ce qu’une vague idée de ce que les autres pensent.

«Personne ne nique la police!» Le soldat Leo Watkins démarre la sirène de son véhicule blindé et s’engage sur la Route N°1, la route principale qui traverse la ville de Kandahar. Notre destination: le poste de contrôle du pont de Tarnak, sur la route qui mène à l’aérodrome de Kandahar, au sud-est de la ville. Au mois de mars, un attentat-suicide a détruit la section centrale du pont. Il a fallu des mois pour le réparer. Sur un tableau, non loin, se trouve une photo du pont encore fumant –c’est un message adressé aux éventuels candidats à une attaque suicide. Il signifie: Vous avez peut-être détruit ce pont, mais nous l’avons réparé. Mais il rappelle aussi que les talibans peuvent niquer la police.

Pour ce qui concerne la police américaine, Watkins n’a pas tort. Les talibans ont quasiment ignoré les MP ces derniers mois et concentrent leurs attaques sur la PNA. C’est aussi une question de facilité. Les Américains circulent dans des véhicules blindés géants tous droits sortis de Transformers, les derniers modèles en circulation étant conçus pour résister à une bombe artisanale (IED –Improvised Explosive Device, soit en français EEI, Engin Explosif Improvisé). Les Afghans se baladent dans des pick-ups verts, décorés du logo circulaire de la PNA qui pourrait tout aussi bien servir de cible. Lorsqu’un EEI explose sous un M-ATV, le véhicule tout terrain blindé à l’épreuve des mines que les forces de la coalition utilisent, les passagers peuvent être grièvement blessés. Quand un véhicule de la PNA saute, il n’y a pas de survivant.

Il y a d’autres façons de prendre les Américains pour cible. «Je rêve ou ce mec nous montre sa bite?», dit soudain Walter depuis son siège. Nous passons devant un homme qui se tient sur le bord de la route, ne porte qu’un turban pour seul vêtement et se masturbe en direction du convoi qui passe. «J’aurais tout vu», dit Voggenreiter à la radio.

«Sur cinq colonnes: “Les MPs ramassent les ordures!”»

Nous arrivons au poste de contrôle –un petit poste où la police afghane inspecte les véhicules avant de les laisser traverser le pont. L’endroit a l’air désert. Les policiers dorment dans le poste. Le capitaine Wasser, commandant de la compagnie, est déjà là avec son équipe. Un peu plus tôt dans la journée, ils ont déterré un chapelet d’explosifs et l’ont fait sauté dans un champ voisin, provoquant la panique chez les conducteurs de véhicule qui passaient. Mais ce n’est pas la raison de leur présence. Ils sont là pour ramasser les ordures.

Le poste de contrôle ressemble à un commerce de proximité victime d’une attaque à la bombe. À l’extérieur, le sol est jonché d’emballages, de sacs, de bouteilles, de cigarettes et d’habits. Le chef de bataillon dont venir en inspection et ce genre de spectacle ne va pas lui plaire. Les MP posent leurs armes, empoignent des sacs plastiques et se dispersent dans la cour.

Un des refrains couramment entendu c’est que «MP veut dire “Militaire Polyvalent”». Le bon côté: ils peuvent escorter des véhicules, tenir un poste de contrôle, former la police afghane, mener des patrouilles et répondent présent en cas de crise. Le mauvais: ils sont les bonnes à tout faire de tout le monde. Ce jour-là, il n’est pas difficile de voir quelle partie de l’assertion se vérifie.

«C’est dingue, dit Pirog. Je croyais qu’on était des conseillers; maintenant on joue les éboueurs.» «Sur cinq colonnes: “Les MPs ramassent les ordures!”», dit le soldat Amber Wardell, qui vient de trouver deux seringues et une bouteille d’un liquide brun. Je prends une photo de Lacey qui se baisse pour ramasser des ordures. «Fais en sorte qu’il y ait bien écrit “Toubib” sur la légende, me dit-il. Parce que je suis bien content de m’être tapé un an et demi d’études pour en arriver là.» Wardell repère une paire de boxer shorts pris dans le barbelé qui entoure le poste de contrôle. Elle sort un couteau et les découpe. Polyvalent, en effet.

«Putain, on les paie pour dormir!»

Non loin de là, un Afghan est en train d’engueuler un groupe de MP en pachtoun. Ils ont commis l’erreur de balancer une pile de vieux pain sans levan, pensant qu’il était destiné aux poubelles. L’homme comptait le récupérer pour le vendre au marché comme nourriture pour les animaux. Lorsqu’un militaire heurte une chèvre avec son véhicule sur la toute, il doit donner 60$ à son propriétaire. Il n’est pas ici question de rembourser cet homme.

L’absence de la police afghane est remarquée. Un officier afghan passe devant les MP quand ils commencent à remplir leurs sacs en plastique mais ne propose pas de les aider. Il se glisse derrière un pick-up, baisse son pantalon et s’accroupit. C’en est trop. Ketterman fait le tour du camion: «Tu es ici pour travailler, lui dit-il. C’est chez toi.» L’homme remonte son pantalon. «Je suis malade, dit-il à l’interprète. J’ai mal.» «Eh bien marche plus lentement», lui répond Ketterman.

Ketterman fait son entrée dans le dortoir du poste. Quatre hommes dorment dans leurs lits. «Bougez-vous le cul, sortez de là», leur dit Ketterman. Deux d’entre eux se lèvent à grand peine. Quelqu’un parle du jeûne. «Mon cul!, dit Ketterman. Moi aussi je fais un seul repas par jour. C’est pas parce que tu jeûnes que tu ne dois pas travailler. Arrête de jouer les gonzesses. Tâche de mériter un peu ton salaire.» Un policier enfile son uniforme et sort en titubant. «Putain, on les paie pour dormir! C’est vraiment tout ce qu’ils savent faire», dit Ketterman. «Et avec l’argent du contribuable. Putain, ça me fout les boules.»

Dehors, il est midi et le soleil commence à taper. Pirog revient du camion avec une caisse de bouteilles d’eau. Le reste des MP le regarde. Wasser l’arrête. «Tu ne peux pas boire devant ces gars-là, dit-il. Ils jeûnent. Ramène les bouteilles dans le camion.» Longue pause. «Oui, chef!», dit Pirog, et il repart. «Ces gars travaillent aussi dur que nous», dit Wasser, dont les lèvres semblent blanches, à présent.

Près de la clôture, des MP sont en train de ronchonner. «Je vais prendre de la flotte et la lui cracher à la gueule», dit le soldat Steven Kircher. Wasser passe juste à ce moment-là. «Je plaisantais, chef», dit Kircher. «Tant mieux, dit Wasser. Sans quoi tu aurais eu de sérieux ennuis.»

«Je n'ai toujours pas trouvé la bonne carotte et le bon bâton»

Les policiers afghans commencent à empiler des sacs de sable pour fortifier le toit. Walter prend à part un des interprètes. «Si tu les choppes en train de rien branler, je veux que tu leur bottes le cul», lui dit-il. «Avec les deux pieds», ajoute Lacey. «Il faut qu’ils ne soient plus en état de marcher.» «Dommage que ce soit le seul moyen de les motiver», dit Walter.

«C’est frustrant, dit Wasser, une fois monté sur le toit. Si on faisait ça nous-mêmes, ce poste de contrôle fonctionnerait depuis longtemps. Mais il faut laisser les Afghans sur le devant de la scène. J’ai été entraîneur d’une équipe de football américain, instructeur en arts martiaux et je ne suis toujours pas parvenu à trouver la bonne carotte et le bon bâton. À tous les coups, j’aurais la révélation dans l’avion qui me ramènera au pays.»

Le chef de bataillon fait soudain son apparition. La 372e vient récemment de prendre le contrôle du poste. Le lieutenant-colonel John Vorhees est ici pour s’assurer que tout roule. Ketterman demande aux MP de cesser de remplir des sacs de sable. «Faites une pause, le temps qu’ils aient fini de se branler mutuellement», dit-il. Wasser fait visiter les lieux à son supérieur. Une fois sur le toit, Voorhees aperçoit un Afghan en train de transporter un sac de sable. Il se retourne vers ses hommes et sourit. «Vous restez là à regarder pendant que ces gars-là travaillent?» Personne ne rit.

De retour à la base, le bruit court que la 1re section a passé la journée à ramasser les ordures. Dans la salle à manger, un MP de la 2e section aperçoit un de ses collègues de la 1re et, lui montrant du doigt une brique vide de chocolat au lait, lui lance: «Hé, tu veux bien me débarrasser de ça?»

Les MP ont été sensibilisés aux questions culturelles. Avant d’être déployés, on leur a parlé de l’islam. On les encourage à utiliser quelques phrases de pachtoun et de dari. Mais cette journée passée à ramasser les ordures les a poussés à bout. Permettre aux Afghans de travailler un peu moins parce que c’est Ramadan est une chose. Interdire à des Américains, qui travaillent, de boire de l’eau parce que les Afghans, qui ne travaillent pas, n’y ont pas droit, en est une autre. «Je suis resté sans voix quand Wasser a dit qu’on n’avait pas le droit de boire», me dira plus tard un des soldats de la 1re section. «J’ai vraiment eu envie de lui casser la gueule.»

Au moins, Wasser fait ce qu’il prêche. À la fin de la journée, il était à ce point déshydraté qu’on a dû lui poser une intraveineuse.

Christopher Beam

Traduit par Antoine Bourguilleau

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