Monde

Les 10 pires projets militaires américains

Foreign Policy, mis à jour le 07.11.2010 à 9 h 18

Les stratèges civils croient souvent en savoir plus que les généraux sur l’usage de la force. Ci-dessous: dix projets militaires ridicules qui, dieu merci, n’ont jamais été mis en œuvre.

Des soldats allemands de la force internationale d'assistance et de sécurité (FIAS) attendent la tombola de Noël au camp Marmal, Afghanistan, le éé décembre 2009.  F. BENSCH / REUTERS

Des soldats allemands de la force internationale d'assistance et de sécurité (FIAS) attendent la tombola de Noël au camp Marmal, Afghanistan, le éé décembre 2009. F. BENSCH / REUTERS

«J’ai entendu beaucoup de propositions d’actions militaires stupides dans la bouche de beaucoup de civils» a un jour fait remarquer Robert Gates, le secrétaire d’Etat américain à la Défense. Pour répondre à ces problèmes de politique étrangère qui ne se contentent pas de solutions faciles, les civils chantent généralement les louanges de la force militaire. La plupart de leurs propositions – informelles ou  un peu plus sérieuses – sont grotesques et démontrent une incompréhension totale des objectifs politiques, de la stratégie militaire, de la géographie et de la logistique. Voici les dix options militaires les plus ridicules proposées par des conseillers du gouvernement américain ou par des commentateurs de la société civile ces dernières décennies. Heureusement, ces conneries en puissance, basées sur une surestimation irréaliste et souvent dangereuse des capacités militaires, sont restées à l’état de projet.

La proposition: La division blindée d’Acheson sur les autoroutes est-allemandes

La cible: Les provocations soviétiques en Europe de l’Est

En 1961, alors que la tension était grande entre les Etats-Unis et l’Union soviétique à propos de Berlin, le président américain John F. Kennedy a demandé à l’ancien secrétaire d’Etat Dean Acheson de réexaminer toute la politique américaine envers l’Allemagne. Ce qu’a suggéré Dean Acheson pour répondre à la crise de Berlin? Montrer à quel point l’Amérique était engagée à défendre Berlin-Ouest en envoyant «une division blindée, ainsi qu’une division de réserve» sur les autoroutes d’Allemagne de l’Est et à Berlin-Ouest. «Il y a de fortes chances que ceci nous mène à la guerre», avait-il admis. Kennedy a sagement préféré préparer l’armée mais éviter de provoquer ouvertement l’Union soviétique.

La proposition: La guerre aérienne de Robert Gates en Amérique centrale

La cible: L’armée nicaraguayenne

En 1984, Robert Gates, alors directeur adjoint du renseignement, a présenté à son patron William J. Casey, le directeur de la CIA, un mémorandum dans lequel il expliquait qu’il était «temps de parler franchement du Nicaragua». Il faut, disait-il, soutenir les rebelles Contras par une «vaste campagne visant ouvertement à renverser le régime» sandiniste. Mesure la plus «politiquement difficile» proposée par Robert Gates: «des frappes aériennes pour anéantir la majeure partie de l’effort d’armement du Nicaragua».

La proposition: L’«opération Rose» de l’administration Reagan

La cible: Mouammar Kadhafi

En 1985, des fonctionnaires du Conseil de sécurité nationale de l’administration Reagan ont conçu l’«Opération Rose». Celle-ci prévoyait une campagne militaire américano-égyptienne terrestre et aérienne contre le régime de Mouammar Kadhafi en Libye. Le Pentagone a trouvé l’idée grotesque, mais a tout de même consciencieusement étudié la question et a montré que cette opération nécessiterait six divisions et 90.000 soldats américains. Inutile de dire qu’elle n’a jamais été mise sur pied.

La proposition: Les ninjas de Bill Clinton

La cible: Oussama Ben Laden

En 1998 une tentative de tuer Oussama Ben Laden avec environ 80 missiles de croisière tirés sur le camp al-Qaïda de Khost, en Afghanistan, a échoué. Frustré, le président Clinton a pensé que d’une manière ou d’une autre, ça «foutrait une trouille monstre à al-Qaïda si une bande de ninjas noirs jaillissait soudainement de plusieurs hélicoptères, au milieu de leur camp». C’est ce qu’a raconté la Commission du 11-Septembre.

La proposition: Miner la frontière irano-irakienne

La cible: Les armes iraniennes en Irak

Expliquant que la plupart des soldats d’infanterie et des ressources qui alimentaient l’insurrection sunnite en Irak venaient de l’extérieur, le chroniqueur Melik Kaylan a proposé en 2005 «une méthode efficace d’interdiction (...): poser des champs de mines» le long de l’ensemble des frontières irakiennes – environ 3.600 kilomètres

La proposition: La «Peur rouge» de Pat Robertson

La cible: Hugo Chavez

Pour empêcher le Venezuela de se transformer en «rampe de lancement pour l’infiltration communiste et l’extrémisme musulman sur tout le continent», le pasteur conservateur Pat Robertson a déclaré en 2005 qu’il fallait «véritablement aller de l’avant et [assassiner]» le président vénézuélien Hugo Chavez. «Cela coûterait beaucoup moins cher que de déclencher une guerre

La proposition: Des bombes sur Pyongyang

La cible: Les missiles balistiques nord-coréens

En 2006, William Perry et Ashton Carter, respectivement secrétaire et sous-secrétaire à la Défense de l’administration Clinton, ont proposé de bombarder le missile balistique longue portée Taepodong, sur le point d’être lancé. Une idée qui transcende les clivages politiques puisque Philip Zelikow, conseiller au département d’Etat sous l’administration Bush, a à son tour expliqué, en 2009, qu’il fallait frapper les missiles nord-coréens.

La proposition: L’invasion du Zimbabwe

La cible: Robert Mugabe

Utiliser le drone Predator pour tuer Robert Mugabe: c’est l’idée défendue en 2008 par le chroniqueur du Washington Post Richard Cohen. L’année suivante, l’ancien diplomate et défenseur des droits de l’homme John Prendergast a suggéré une invasion militaire multinationale conventionnelle pour chasser le président zimbabwéen – opération qui, a-t-il admis, provoquerait certes «du désordre à court terme».

La proposition: Couper les ailes de Khartoum

La cible: Omar el-Béchir

Ces dernières années, le chroniqueur du New York Times Nicholas Kristof a proposé plusieurs opérations militaires contre le régime du président soudanais Omar el-Béchir, en représailles contre les atteintes systématiques aux droits de l’homme commises dans ce pays. En 2006, il a recommandé aux Etats-Unis de «mettre sur pied une zone de non-survol au Darfour en utilisant la base aérienne tchadienne voisine d’Abéché». En 2008, il a appelé son pays à «prévenir le Soudan» que s’il provoquait une guerre avec le Sud, «nous détruir[i]ons sa force aérienne». Et cette année, il a demandé au président Obama de menacer Omar el-Béchir de «détruire son oléoduc pour l’empêcher d’exporter son pétrole» s’«il engage[ait] un génocide».

La proposition: Rejouer la marche à la mer (du Waziristan) de Sherman

La cible: Oussama Ben Laden

En octobre, Jack Devine, 32 ans, un ancien de la CIA, a conseillé à Barack Obama d’«oublier la construction de la nation afghane et, comme le général Sherman avait marché sur la Géorgie pendant la Guerre civile, de faire marcher notre armée sur l’Est de l’Afghanistan, de pousser jusqu’à la frontière nord-ouest du Pakistan, et de continuer à avancer jusqu’à ce que nous capturions [Oussama Ben Laden]». Quand le Pakistan prendra connaissance des plans américains, «il y a fort à parier que nous aurons la tête de Ben Laden livrée sur un plateau», explique Jack Devine, qui espère ainsi éviter une invasion de ce pays. Ouais...

Par Micah Zenko

Micah Zenko est membre du Centre pour l’action préventive du Conseil des relations étrangères. Il est l’auteur du livre Between Threats and War: U.S. Discrete Military Operations in the Post-Cold War World.

Traduit par Aurélie Blondel


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