Obama-Sarkozy: les jumeaux
Les deux présidents ont la même capacité à fédérer contre eux tout ce que leurs pays compte de réfractaires au changement.
- Barack Obama et Nicolas Sarkozy. Chris Wattie / Reuters -
Je ne sais pas ce qui est le plus intriguant: la similitude des trajectoires d'Obama et de Sarkozy, ou l'incapacité (le refus?) des commentateurs à penser cette similitude.
OK, a priori, tout sépare ces deux hommes qui, d'une certaine manière, sont
la synthèse presque caricaturale des peuples qu'ils représentent. D'un côté, le
grand type enthousiaste convaincu que tout est possible, sorte de John Wayne
progressiste pour le troisième millénaire; de l'autre, le petit bonhomme
vindicatif et retors, un Astérix qui aurait troqué son glaive et son casque
ailé pour une Rolex et un costume Hugo Boss…
Mais derrière les clichés, c'est l'image de deux présidents élus sur une
promesse de rupture qui émerge ―rupture d'abord largement plébiscitée avant
d'être décrite comme un échec par leurs partisans respectifs autant qu'un
repoussoir inédit par leurs adversaires.
La «crise», bien entendu, est passée par là et rend impossible l'appréciation
des bilans dont ils auraient pu l'un et l'autre se prévaloir à mi-mandat. La
relance à la Sarko, son «travailler plus pour gagner plus», aurait-elle été
efficace dans un contexte économiquement plus porteur? Qui sait… La volonté
d'Obama de rendre le système un poil plus solidaire, un poil plus régulé,
aurait-elle été accueillie différemment sur fond de croissance et de taux
d'emplois élevés? Who knows… (Qui sait...)
En tout état de cause, et au-delà de tentatives stériles de comparer leur
action sous un angle «politique» (quel que soit le sujet, Obama est
indubitablement plus «à droite» que Sarkozy, ce qui n'empêche pas les
adhérents du MJS d'afficher son poster au-dessus de leur lit), c'est le
caractère irrationnel de la riposte qui frappe. Aux Etats-Unis, avec ces
Tea Party que personne ne contrôle vraiment (et certainement pas les républicains), comme en France, avec ce tsunami antisarkozyste ne devant rien
à une gauche sans boussole, on constate surtout l'hostilité viscérale de
l'homme de la rue à la destruction de son «modèle civilisationnel».
Mais le rêve américain circa 2010, cette idéologie à base de rudes
pionniers, de mama grizzlies, de 4x4 géants et de suburbs
tranquilles, est-il vraiment menacé par la mise en place d'un système
d'assurance maladie que même Claude Bébéar trouverait trop libéral? Bien sûr
que non. Qu'importe: l'Américain moyen, pourtant plus souvent confronté
à des problèmes de cholestérol qu'à l'attaque de son ranch par un gang d'outlaws,
aime bien penser qu'il peut se débrouiller tout seul quoi qu'il arrive.
Symétriquement, le rêve gaulois, ce fantasme égalitariste à base de défilés
République-Nation-Bastille, de Grenelle en tout genre et d'acquis sociaux à
défendre le pavé à la main, est-il réellement en passe d'être
démantibulé dans un pays redistribuant 52% de son PIB chaque année, dont l'Etat
emploie un salarié sur quatre et en loge un sur cinq? Ça reste à prouver...
Bah, tout ça n'empêche ni les amis de Sarah Palin de brandir des portraits
d'Obama en Hitler socialo-fasciste, ni ceux de Mélenchon de se gargariser aux «zeureléplussombredenotristoire» avant chaque brossage de dents. Hey, c'est
sans doute que les jumeaux Obama et Sarkozy sont dotés du même talent étrange,
de la même capacité à fédérer contre eux tout ce que leur pays compte de
réfractaires au changement ―aussi impressionniste soit-il.
On se prend d'ailleurs à cauchemarder d'une Tea Party franco-américaine organisée place de la Bastille, au cours de laquelle chacun pourrait conspuer l'affreux de son choix et exiger simultanément moins et plus d'Etat au nom du peuple souverain et de la glorieuse révolution.
Hugues Serraf
Mis à jour le 04/11/2010 à 10h02















































Un nouvel exemple de la manière dont on peut superposer les situations vient juste de m'être donné. Passant devant le métro Ménilmontant, je suis tombé sur le stand d'un petit parti trotskiste dont le journal s'appelle (ça vaut tout de même son pesant de cacahouètes) « La vérité ».
Sur le stand, un panneau consacré à la « lutte contre le fascisme » et contre la « liquidation de la sécurité sociale », Sarko était rebaptisé "SarkoBush".
Pour autant transformer une attaque contre Sarkozy en attaque contre « SarkoBush » c'est précisément, toutes choses égales par ailleurs, l’équivalent d’attaques contre Barack « Hussein » Obama.
C'est tabler sur un réflexe pavlovien de détestation qui n'a pas grand chose avec les enjeux politiques, mais tout à voir avec le désir de stimuler certains préjugés qu'il est sans doute inutile de décrire plus avant…
"Quel que soit le sujet, Obama est indubitablement plus «à droite» que Sarkozy"=c'est une aberration totale d'écrire ça à notre époque.
Je trouve assez dangereux pour un article qui se veut indépendant et informé (c'est l'image que j'avais de Slate jusqu'ici) d'être un tel ramassis de lieux communs et de clichés :
"Sorte de John Wayne progressiste" - quelle comparaison à côté de la plaque! John Wayne est devenu célèbre dans des films où il massacrait des minorités, dont Obama fait partie... il était qui plus est de droite et pas très ami avec ces minorités. Possesseur d'armes, il était évidemment rattaché à la NRA avec qui Obama n'est pas très ami... c'est la deuxième comparaison de l'article qui est en réalité un antagonisme!
"le petit bonhomme vindicatif et retors, un Astérix (...)" - Asterix? Il se bat contre quel type d'envahisseurs, pour mériter cette comparaison? Y'a t-il un sous-entendu borderline sur les Roms?
"le rêve américain circa 2010, cette idéologie à base de rudes pionniers, de mama grizzlies, de 4x4 géants et de suburbs tranquilles"= ca y est, je crois que en une phrase, l'auteur a fait le tour de 50 états et de 300 millions d'habitants, non mais vraiment! Un article ne s'écrit pas à coup de clichés.
Et la suite: "le rêve gaulois, ce fantasme égalitariste à base de défilés République-Nation-Bastille, de Grenelle en tout genre et d'acquis sociaux à défendre le pavé à la main" = effectivement, la démocratie en France est un concept qui disparaît comme peau de chagrin, et plutôt que de voter pour un candidat qui propose un programme qui leur plaît, la grande majorité des veaux-tants français voteront encore longtemps pour le candidat que la télévision ou les guignols de l'info leur aura désigné. C'est à se demander quel type d'articles "indépedants" ils lisent pous s'imaginer que les grèves et manifs marcheront encore longtemps, en ignorant aveuglément que la démocratie est le meilleur système qu'on ait trouvé jusqu'ici.
J'ai arrêté de compter ces lieux communs à "avant chaque brossage de dents".
Bref, cet article désastreux met en lumière deux choses : l'amalgamme complet des français sur les notions "gauche" "droite" que l'auteur reproduit dans sa comparaison initiale et au long de l'article; et surtout l'impossibilité de réaliser que la démocratie permet d'apprécier un chef d'état par le biais de ses idées et de son comportement (avant et pendant son mandat), et non par sa femme ou ses rolex.
En politique, il y a des charismes d'idées qui dépassent de loin l'apparence des candidats - chose que les élécteurs américains semblent avoir compris, mais pas les français.
Toutefois, il ne s’agit pas de dire que Sarkozy et Obama font la même chose, mais bien qu’ils se retrouvent dans des situations similaires à mi-mandat pour des raisons objectivement superposables.
Par ailleurs, il faut tenter d’être moins littéral dans votre lecture d’une analogie. Pour être « une sorte de John Wayne progressiste » contemporain, on n’a pas besoin de militer pour le port d’armes (contre lequel Obama n’est pas, d’ailleurs). Cette analogie signifie plus simplement qu’Obama est le prototype du fils d’émigrants modestes que son talent et son ambition vont conduire au sommet. Si ce n’est pas le rêve américain vu par Hollywood, je me demande ce que c’est…
Mais bon, si vous pouvez imaginer que décrire Sarko en Astérix revient à agresser les Roms (!!!), je crois que vous n’êtes pas très perméable à mes analogies.
Je suis bien évidemment d'accord avec Orlac. Je n'en rajouterai donc pas des tonnes. Notamment sur les lieux communs. Qui sont nombreux. Trop nombreux.
Mais je souhaiterais comprendre cette phrase, qui défie l'entendement, à tout le moins le mien : "quel que soit le sujet, Obama est indubitablement plus «à droite» que Sarkozy". Autant me semble-t-il bien périlleux de proposer une analyse comparée des politiques américaine et française dans un article aussi court, mais j'estime quasi-suicidaire (professionnellement parlant, j'entends) de "balancer" un propos si contre-intuitif en une seule et unique phrase, sans argumenter ni documenter. (D'ailleurs, c'est un trait du journalisme qui a tendance à se répandre, c'est-à-dire de proposer le résultat de l'analyse sans inviter ses lecteurs à en partager la genèse). En tout cas, imaginer la droite et la gauche comme un curseur, les Etats-Unis possédant, toutes choses étant égales par ailleurs, et selon l'imaginaire collectif, une règle commençant au centre-droit français (ce qui est en apparence votre logique), donc imaginer un tel curseur, c'est, soyons méchant, le fond abyssal de l'analyse politique classique, digne d'un éditorialiste du Figaro Magazine ou de Valeurs Actuelles (qui, amha, ne sont pas des journaux, tout juste du papier sur lequel de grosses rotatives ont jeté de la couleur).
Bref, puisqu'un commentaire est un acte tout aussi gratuit qu'un article, j'espère que vous saurez nous expliquer, en réponse à ces commentaires, ou via un nouvel article, ce qui vous mène à affirmer ce qui me semble être a priori de profondes inepties. En tout cas, ce n'est franchement pas la qualité éditoriale que l'on peut attendre d'un journal comme Slate.
P.S. : le "who knows" + trois petits points + la traduction entre parenthèses + trois petits points (sic). No comment (ibid).
Mais, et même si je ne suis pas lecteur des magazines que vous citez, je ne crois pas qu'il suffise de dire qu'un article est "digne" de figurer à leur sommaire pour le disqualifier. Il est possible que des opinions différentes des vôtres vaillent d'être énoncées.
Il y a seulement quelques jours un peu avant les élections américaine Obama disait des Républicains je cite : "si je dis que les poissons vivent dans la mer les républicains disent non. Si je dis le ciel est bleu les républicains disent non. etc...Je ne sais pas pourquoi, mais cette opposition hystérique des républicains me fait furieusement penser à celle des socialistes, le partie du non comme les républicains.
Les socialistes sont tellement arcbouté sur leur positions qu'ils en viennent à refuser leur propre propositions.J'étais membre du partie du 2002 à 2006 (j'en suis partie quand Ségo à gagner la "primaire") et je peux affirmer que l'autonomie des universités était au programme du PS tout comme une bonne partie de la réforme constitutionnelle de 2008 et pourtant ils sont rejeter tout en bloc, navrant.
Vraiment M Serraf votre comparaison est pertinente !
Pour terminer j'aimerais répondre à Grasyop. En écartant le faite de votre exagération qui sied bien aux commentaires sur le net. Vous n'avez pas totalement tord, les deux présidents vont dans des direction opposées: l'un à droite l'autre à gauche. Le problème et l'erreur que tout le monde fait et notamment vous, c'est que vous ne parlez pas de l'essentiel qui est: d'où partent ils ? Et là la réponse est limpide l'un de très à droite (Obama) et l'autre de très à gauche (Sarkozy) ce qui signifie qu'en réalité leur politique est convergente. Encore un argument pour M Serraf.