Monde

Obama-Sarkozy: les jumeaux

Hugues Serraf, mis à jour le 04.11.2010 à 10 h 02

Les deux présidents ont la même capacité à fédérer contre eux tout ce que leurs pays compte de réfractaires au changement.

Barack Obama et Nicolas Sarkzoy. Chris Wattie / Reuters

Barack Obama et Nicolas Sarkozy. Chris Wattie / Reuters

Je ne sais pas ce qui est le plus intriguant: la similitude des trajectoires d'Obama et de Sarkozy, ou l'incapacité (le refus?) des commentateurs à penser cette similitude.

OK, a priori, tout sépare ces deux hommes qui, d'une certaine manière, sont la synthèse presque caricaturale des peuples qu'ils représentent. D'un côté, le grand type enthousiaste convaincu que tout est possible, sorte de John Wayne progressiste pour le troisième millénaire; de l'autre, le petit bonhomme vindicatif et retors, un Astérix qui aurait troqué son glaive et son casque ailé pour une Rolex et un costume Hugo Boss…

Mais derrière les clichés, c'est l'image de deux présidents élus sur une promesse de rupture qui émerge ―rupture d'abord largement plébiscitée avant d'être décrite comme un échec par leurs partisans respectifs autant qu'un repoussoir inédit par leurs adversaires.

La «crise», bien entendu, est passée par là et rend impossible l'appréciation des bilans dont ils auraient pu l'un et l'autre se prévaloir à mi-mandat. La relance à la Sarko, son «travailler plus pour gagner plus», aurait-elle été efficace dans un contexte économiquement plus porteur? Qui sait… La volonté d'Obama de rendre le système un poil plus solidaire, un poil plus régulé, aurait-elle été accueillie différemment sur fond de croissance et de taux d'emplois élevés? Who knows… (Qui sait...)

En tout état de cause, et au-delà de tentatives stériles de comparer leur action sous un angle «politique» (quel que soit le sujet, Obama est indubitablement plus «à droite» que Sarkozy, ce qui n'empêche pas les adhérents du MJS d'afficher son poster au-dessus de leur lit), c'est le caractère irrationnel de la riposte qui frappe. Aux Etats-Unis, avec ces Tea Party que personne ne contrôle vraiment (et certainement pas les républicains), comme en France, avec ce tsunami antisarkozyste ne devant rien à une gauche sans boussole, on constate surtout l'hostilité viscérale de l'homme de la rue à la destruction de son «modèle civilisationnel».

Mais le rêve américain circa 2010, cette idéologie à base de rudes pionniers, de mama grizzlies, de 4x4 géants et de suburbs tranquilles, est-il vraiment menacé par la mise en place d'un système d'assurance maladie que même Claude Bébéar trouverait trop libéral? Bien sûr que non. Qu'importe:  l'Américain moyen, pourtant plus souvent confronté à des problèmes de cholestérol qu'à l'attaque de son ranch par un gang d'outlaws, aime bien penser qu'il peut se débrouiller tout seul quoi qu'il arrive.

Symétriquement, le rêve gaulois, ce fantasme égalitariste à base de défilés République-Nation-Bastille, de Grenelle en tout genre et d'acquis sociaux à défendre le pavé à la main, est-il réellement en passe d'être démantibulé dans un pays redistribuant 52% de son PIB chaque année, dont l'Etat emploie un salarié sur quatre et en loge un sur cinq? Ça reste à prouver...

Bah, tout ça n'empêche ni les amis de Sarah Palin de brandir des portraits d'Obama en Hitler socialo-fasciste, ni ceux de Mélenchon de se gargariser aux «zeureléplussombredenotristoire» avant chaque brossage de dents. Hey, c'est sans doute que les jumeaux Obama et Sarkozy sont dotés du même talent étrange, de la même capacité à fédérer contre eux tout ce que leur pays compte de réfractaires au changement ―aussi impressionniste soit-il.

On se prend d'ailleurs à cauchemarder d'une Tea Party franco-américaine organisée place de la Bastille, au cours de laquelle chacun pourrait conspuer l'affreux de son choix et exiger simultanément moins et plus d'Etat au nom du peuple souverain et de la glorieuse révolution.

Hugues Serraf

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