Peut-on savoir qui visite son profil Facebook?

Un membre d'Anonymous, Anonymous9000, Flickr, Licence by

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Non, toutes les applications qui le promettent sont de l'arnaque. Ce qui fait de Facebook une exception, un réseau où le «stalking» est autorisé, voire encouragé.

Mise à jour du 19/04/11: Un spam circule sur Facebook depuis la mi-avril, avec une multiplication d'invitations à un évènement censé permettre de «voir qui consulte votre profil». Ne cliquez pas, c'est une arnaque! Nous republions à cette occasion l'article de Vincent Glad qui explique pourquoi le concept de voir qui consulte son profil va à l'encontre même de la logique du réseau Facebook.

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L'Internet est hanté par quelques questions existentielles dont Google Suggest est le témoin:

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Au-delà des problèmes d'ovulation et de blocage sur MSN, la question de savoir qui a consulté son profil Facebook s'impose comme une des obsessions de la vie numérique. Les situations qui peuvent engendrer cette recherche sur Google sont nombreuses: patron indiscret, conjoint jaloux, ex intrusif, parent curieux, etc.

Pour répondre à cette angoisse, de nombreux groupes ou applications Facebook promettent de donner la liste des gens qui ont visité notre page. Le groupe «Qui Visite votre profil (nouvelle application Facebook)» propose par exemple de délivrer l'information si et seulement si on invite tous nos amis. Cette vidéo (dont on ne parvient pas à déterminer si elle est authentique ou non) montre les prouesses supposées de ce genre d'outils:

Alors ça marche ou pas? Non, bien sûr, c'est de l'arnaque. Facebook s'est toujours battu contre ces outils et invite dans les FAQ les utilisateurs à leur signaler les groupes ou applications de ce type. Les applications qui affichent une liste d'amis qui ont visité votre profil ne peuvent sortir qu'une liste aléatoire, Facebook ne donnant pas accès à l'information «qui a visité telle ou telle page» aux développeurs.

Le stalking, activité de base sur Facebook

Il est facile de comprendre pourquoi le réseau social lutte contre ces applications. Sur Internet, personne ne sait que vous êtes un chien, disait un célèbre dessin du New Yorker. De la même manière, sur Facebook, personne ne sait quel profil vous êtes en train d'espionner. C'est la base du contrat social du site: on vous demande de mettre de nombreuses informations personnelles en ligne, mais en échange vous avez le droit de consulter librement et en toute impunité quantité d'informations sur vos contacts.

C'est ainsi que naît le «stalking», mot anglais dont la traduction se situe entre l'espionnage et la filature, mais qui prend sur les réseaux sociaux un sens nettement plus inoffensif. Le «stalking» est une activité normale d'un jeune qui s'ennuie devant son ordi, une errance numérique au milieu des données disséminées par ses amis, l'équivalent social d'un zapping sur les 500 chaînes de son abonnement satellite.

Si une application permettait de déterminer qui a visité son profil, ce serait la mort instantanée du «stalking», faisant chuter le nombre de pages vues et donc le nombre d'affichage de publicités. Facebook encourage d'ailleurs discrètement l'espionnage de profil, comme en témoigne le lancement en mai dernier de la fonctionnalité «Photos souvenirs», qui fait remonter dans la colonne de droite des photos issues du fin fond des albums de ses amis. Plus récemment, Facebook a lancé les pages «Friendship» qui affichent toutes les interactions avec une personne en particulier, une forme de «stalking» prémâché.

Un mythe récurrent

La question de savoir qui consulte son profil est un mythe récurrent des réseaux sociaux. Si Facebook ne l'a jamais permis, cela n'a pas empêché le site d'informations américain Gawker de fantasmer en 2008 sur le lancement de cette option par Facebook lui-même. Une liste de 5 noms apparaissait alors mystérieusement quand on tapait sur la touche «flèche bas» dans le moteur de recherche:

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Quelques heures après l'article de Gawker, la fonction était désactivée par Facebook sans que l'on sache vraiment ce qu'était cette liste de 5 personnes: les 5 profils qu'on consulte le plus (PRATIQUE) ou les 5 profils qui nous consultent le plus (MALAISE).

La rumeur sur MySpace

A la grande époque de MySpace, en 2006-2007, une légende urbaine voulait que les filles possèdaient un logiciel leur indiquant en temps réel qui visite leur profil. Effroi chez les garçons qui parcouraient des pages et des pages à la recherche d'une partenaire. La rumeur était bien sûr fausse, mais pas complètement infondée. En bidouillant le code html de sa page, on pouvait rajouter une application appelée Trakzor qui affichait des informations sur ses visiteurs: le nom et la photo pour les personnes aussi inscrites sur Trakzor, mais seulement l'emplacement géographique grossier (à partir de l'adresse IP) pour les autres. Cela pouvait être utile pour identifier formellement un ami exilé en Argentine ou en Tanzanie, mais pas davantage.

Le plus étonnant est que MySpace a fini par se ranger du côté de ces applications sulfureuses et a lancé en 2009 une fonctionnalité pour identifier ses visiteurs.

l_058cabcae90d4221ac4992adae323aa4Sentant les risques potentiels pour la vie privée, MySpace permet de désactiver l'option d'un clic, ce qui la rend relativement inoffensive: il suffit de cliquer pour reprendre son «stalking» en toute quiétude. Ce timide pas vers la transparence des visites montre que MySpace ne se considère plus comme un pur réseau social, mais plutôt comme un site de loisirs où on va visiter la page de ses groupes préférés plutôt qu'espionner la page de son ex.

Facebook isolé

En fait, Facebook est un des seuls réseaux sociaux à ne pas permettre de savoir qui a visité son profil. Sur les sites de rencontres comme Meetic ou Adopte un mec, cette fonctionnalité est à la base de la sociabilité —on peut même recevoir une alerte mail à chaque visite. Parcourir une page est considéré comme une première approche et non pas comme un acte d'espionnage. De la même manière, les sites de networking comme LinkedIn ou Viadeo font de cette fonctionnalité un atout de leur offre payante sans que cela ne gêne personne. D'autres réseaux thématiques proposent l'option: Trombi.com (retrouver ses anciens amis) ou Last.fm (trouver de la musique chez ses amis). La fonction est également activée sur Skyblog, où elle est rendue acceptable par le fait que le site est un mélange de réseau social (espace privé) et de blog (espace public). Mais ce n'est pas sans poser certains soucis.

Malgré tous ces exemples, la fonction «Qui a visité mon profil» paraît inimaginable sur Facebook. Sans doute parce que le site de Mark Zuckerberg est un réseau social généraliste, où les finalités de l'interaction sont dissimulées (trouver l'amour, trouver un job, se faire des amis...). Sur un réseau où l'on ne dévoile jamais tout à fait son objectif, visiter un profil est forcément suspect. La page Facebook est paradoxalement un espace à vocation publique (ouvert à tous les amis) en même temps qu'un sanctuaire privé (quelqu'un qui s'y rend trop souvent est vu comme malintentionné).

Vincent Glad

Photo: Un membre d'Anonymous, Anonymous9000, Flickr, Licence by