Monde

Des démocrates optimistes jusqu'à la surdité

Temps de lecture : 2 min

Le soir du scrutin, l'appareil de propagande démocrate a fonctionné à plein régime.

Nancy Pelosi, le soir des résultats, à Washington. REUTERS/Jonathan Ernst
Nancy Pelosi, le soir des résultats, à Washington. REUTERS/Jonathan Ernst

Le représentant du Maryland, Chris Van Hollen, n'avait déjà pas un boulot facile. En tant que président du Comité de campagne démocrate au Congrès, il était responsable de la coordination de toutes les candidatures à la Chambre des représentants durant une année électorale fatalement mauvaise.

Aux alentours de 21h, mercredi soir, sa tâche est devenue encore plus pénible. Au QG du Comité National Démocrate (DNC) au Capitole, Van Hollen est venu s'adresser à une nuée de journalistes. Avec un message d'un optimisme prudent: «Tout le monde a compris combien les enjeux de cette élection étaient importants, et nous avons toujours bon espoir d'obtenir une forte représentation et de garder la majorité.»

Après un rapide aller-retour, Norah O’Donnell de MSNBC le coupe: «Monsieur le Représentant, nous venons d'apprendre que les républicains obtenaient la majorité à la Chambre des Représentants.» Un sourire gêné. «Et bien, c'est une erreur», répondait-il. Dix minutes plus tard, trois chaînes de télé confirmaient ces estimations.

Un «message», pas une critique

Mercredi soir, l'appareil de propagande démocrate a été mis à l'épreuve comme jamais. Même si les pertes s'amoncelaient, les officiels du parti s'en tenaient à leur message unique: que le peuple américain ne voulait pas voir revenir les vieilles politiques républicaines.

Comment un échec démocrate massif à la Chambre peut-il finir en rejet des républicains? Comme l'a expliqué le président du DNC, Tim Kaine, la prise de la Chambre par les républicains peut être un «message que nous envoie le peuple américain». Mais ce n'est en aucun cas une critique de la politique démocrate, a-t-il observé. C'est un message pour plus de coopération bipartite –pour que «tout le monde se mette à travailler ensemble». Un vote pour les républicains qui est en réalité un vote contre les républicains. Ou un truc dans le genre.

Les démocrates ont aussi soutenu que les pertes n'étaient pas aussi lourdes que prévu. Un stratège a souligné les victoires de Heath Shuler en Caroline du Nord, de John Carney dans le Delaware, et de Joe Donnelly en Indiana, ce dernier ayant voté pour la réforme du système de santé, et y a vu la preuve que le pire avait été évité. Les démocrates ont aussi gardé un œil sur de cruels revers de fortune, comme la perte républicaine du siège du Delaware à la Chambre par Mike Castle qui, en se retirant pour briguer un siège de sénateur, l'a aussi perdu. Autre bon côté de la chose: si les démocrates perdent globalement des sièges de gouverneurs, ils semblent conserver des États-clé comme le Massachusetts et le Maryland. Et par rapport à 2006, disent-ils, la participation démocrate est en forte hausse. Évidemment, c'était à prévoir, après la vague de nouveaux électeurs démocrates en 2008. Mais la moitié la plus remplie de la bouteille leur vient peut-être de leur résistance au Sénat. Peu de gens avaient sérieusement insinué qu'ils puissent perdre le Sénat (même si beaucoup avaient posé la question). Mais c'est tout de même un soulagement.

Un optimisme acharné peut conduire à de la dissonance cognitive. D'un côté, les démocrates n'arrêtent pas de dire qu'ils ont reçu le message. Mais d'un autre, ils ne semblent pas très bien comprendre son contenu. «Nous allons être toute ouïe», a déclaré Steny Hoyer devant une salle pleine à craquer de l'Hôtel Liaison, en début de soirée. «Et nous nous attendons à ce que le peuple américain nous dise qu'il veut faire avancer ce pays.» En d'autres termes, nous vous écoutons, mais nous savons déjà ce que nous allons entendre.

Les démocrates veulent aussi que les Américains les écoutent. Le cœur du message de Nancy Pelosi, dans son discours de début de soirée: il n'est pas trop tard pour voter! «Aux quatre coins du pays, les urnes sont toujours ouvertes», a-t-elle dit. Le fait que les médias aient annoncé une majorité républicaine à la Chambre avant que le scrutin ne soit réellement clos a pu irriter les démocrates. Mais dans le monde de la propagande, demander aux médias de ne pas répandre les nouvelles ressemble fort à la machination de trop.

Christopher Beam
Traduit par Peggy Sastre

Christopher Beam

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