Monde

La soirée des midterms

Johan Hufnagel, mis à jour le 03.11.2010 à 18 h 35

Instantanés de la soirée électorale - Victoire républicaine à la Chambre, le Sénat reste démocrate.

Des badges à l'effigie de Marco Rubio, nouveau sénateur républicain de Floride,

Des badges à l'effigie de Marco Rubio, nouveau sénateur républicain de Floride, pour la fête de la victoire, le 2 novembre 2010. REUTERS/Hans Deryk

Mercredi 3 novembre – 9h20 – HEURE DE PARIS

Finalement, les démocrates auront bien connu la perte que les médias prédisaient: ils ont perdu 59 sièges et la majorité à la Chambre des Représentants (182 D, 238 R, 15 Indépendants), et n'ont conservé la majorité au Sénat que par un siège (51 D, 46 R, 3 Indépendants). Ils ont également perdu 9 postes de gouverneurs. Le Daily Beast parle même d'un «bain de sang».

La victoire des démocrates au niveau national est inversement proportionnée à celle qu'ils ont connu en Californie: la républicaine Meg Whitman a perdu contre Jerry Brown et ne deviendra donc pas gouverneure de l'Etat (dans les bons mots du matin, certains remarquent que l'ancienne PDG d'eBay «apprend enfin ce que ça fait de perdre son enchère sur quelque chose qu'on voulait vraiment à la dernière minute»), et Carly Fiorina, l'ancienne PDG de Hewlett-Packard et candidate au Sénat, a également été battue.

Les Californiens ont également voté contre la Proposition 19, qui aurait légalisé la culture de marijuana jusqu'à 25 square feet (2,3 m2), la possession pour usage personnel jusqu'à une once (28,3 grammes). Elle aurait aussi permis aux villes californiennes d'autoriser la culture de marijuana commerciale et les ventes au détail. Le projet était très soutenu par les électeurs de moins de 25 ans, mais ceux-ci n'ont pas été particulièrement nombreux à voter.

CNN remarque qu'il n'y aura aucun Africain-Américain au Sénat, puisque les trois candidats noirs au Sénat ont perdu, et que le seul actuellement en poste prend sa retraite (seulement six hommes politiques noirs ont déjà été sénateurs, dont le président Obama).

NEW YORK –  00h00 - EASTERN TIMES /05h00 HEURE DE PARIS

Les résultats officiels ne sont pas encore tous connus, mais il semble que les démocrates, à qui l’on promettait la perte de la chambre des représentants — entièrement renouvelée ce mardi soir — et peut-être du Sénat — où 37 des sièges étaient en jeu — auront un peu limité les dégâts. Au moins — et il faut attendre les derniers duels très serrés avant de donner un résultat — ils devraient conserver le contrôle de la Chambre haute du Congrès.

Etrangement grâce aux candidats du Tea Party qui, s’ils ont su épauler efficacement les candidats républicains dans les duels pour la chambre des représentants, n’avaient pas le niveau exigé pour prétendre faire un bon sénateur. Le style des Christine O’Donnell ou Sharon Angle suffit à remporter les primaires républicaines, mais reste insuffisant pour convaincre l’ensemble des électeurs lors de l’élection générale.

Les électeurs ont envoyé un message très clair à Barack Obama, écrit le New York Times dans un éditorial : ils n’aiment pas sa façon de présider, et encore moins les manières des leaders démocrates au Congrès. M. Obama, et son parti, doivent améliorer leur façon d’expliquer leur vision et leurs politiques. M. Obama doit rompre avec ses habitudes de négliger sa base et de laisser les autres imposer le débat.

Les républicains peuvent se réjouir de leur soirée. Ils progressent au Sénat, remportent la chambre des représentants avec une confortable avance et s’emparent de sept postes de gouverneur, dont ceux des très importants Etats du Michigan, de Pennsylvanie et du Wisconsin. Ces trois Etats sont des «swing states»; bénéficier d’un gouverneur dans ces Etats à l’occasion de la présidentielle de 2012 est un avantage. Mais les républicains ne devraient pas jubiler pour autant, écrit le Times. Eux aussi doivent clarifier leurs positions et expliquer quelles les politiques qu’ils veulent défendre. Surtout en période de cohabitation.

22h40 - EASTERN TIMES /03h40 HEURE DE PARIS / VU SUR CNN

Let's party 

Discours de Christine O'Donnell devant ses partisans: elle reconnaît sa défaite électorale, et la victoire de son engagement: «Le parti républicain a changé, et c'est une bonne chose». Et de conclure: «Que dieu vous bénisse. La salle a été réservée, faisons la fête.» 

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20h30 - EASTERN TIMES /01h30 HEURE DE PARIS / LU SUR LE NEW YOR TIMES

Victoire républicaine à la chambre (MSNBC, CNN)

Première projection de MSNBC: les républicains remporteraient la majorité à la chambre des représentants: 198 sièges pour les démocrates, 237 pour les républicains, avec une marge d'erreur de +/- 13. Idem pour les projections de CNN qui donne une avance de 50 sièges aux républicains.

Petit point d'étape: je vous rappelle que la majorité à la chambre des Représentants est de 218 sièges. Par rapport à la mandature sortante, le parti républicain doit remporter 39 sièges de plus que son actuel nombre de sièges. Au Sénat, où la majorité est de 50 — et où seulement 37 sièges sont en jeu ce soir, les républicains ont besoin de gagner dix sièges. Le Sénat sortant comptait 59 démocrates et 41 républicains.

La victoire du démocrate Joe Manchin en Virgine Occidentale pourrait être un signe que le contrôle du Sénat par les républicains n'est pas encore joué, malgré les deux victoires de Rubio et Paul. Autre défaite républicaine, mais attendue, celle de Linda McMahon, candidate siège de sénatrice pour le Connecticut, a perdu. Nous en parlions ici. Les républicains ont besoin de gagner dix sièges pour s'assurer la chambre haute du Congrès. Selon les projections de MSNBC, sur les 37 sièges en jeu, 7 sont partis aux démocrates, 16 aux républicains et 14 résultats non parvenus à 2h50.

20h20 - EASTERN TIMES /01h20 HEURE DE PARIS / LU SUR MASHABLE

Internet a voté

La participation aux élections de mi-mandat sera une des grandes inconnues de ces scrutins. Sur l’Internet, en revanche, la participation est en hausse. Selon Akamai, qui permet de délivrer rapidement les contenus de certains sites web clients, le trafic a déjà atteint un record et dépassé le 4 novembre 2008, jour de l’élection de Barack Obama. Nous sommes loin du record toute catégorie enregistré le 24 juin, avec le match de tennis le plus long du monde et la coupe du Monde.

20h15 - EASTERN TIMES /01h15 HEURE DE PARIS / VU SUR CNN

Défaite de Christine o'Donnell, victoires de Rubio et Paul

odonnell

Les premiers résultats commencent à tomber. Marco Rubio, un des nouveaux visages des républicains, soutenu par le Tea Party, remporte le siège de sénateur de Floride. Victoire également de Rand Paul dans le Kentucky. Mais Christine O’Donnell, Tea Partier soutenue par les Républicains est défaite dans le Delaware. Il semble que la mobilisation des démocrates, dans leur bastion de la côte Est, a permis la victoire du candidat Chris Coons.

Pour les résultats, le New York Times publie des cartes très bien faites: chambre des représentants - Sénat - gouverneurs. N'oubliez pas qu'aux Etats-Unis, le rouge est associé au parti républicain, et le bleu au parti démocrate.

20h00 - EASTERN TIMES /01h00 HEURE DE PARIS

Et si les sondages se plantaient

Lundi, les derniers sondages promettaient une très large victoire des Républicains. Seule l’ampleur de cette victoire laissait place au suspens: serait-elle confortable, serait-ce un raz-de-marée, ou un repas gargantuesque? Ce  mardi, un billet du blog politique du New York Times prenait le parti du contrepied: en cinq points, pourquoi les démocrates pourraient faire mentir les sondages . Plutôt gonflé...

En résumé, les observateurs font dire aux sondages que le raz de marée aura lieu parce que les sondages ne prévoient que des mauvaises nouvelles pour les démocrates, et qu’en additionnant ces mauvaises nouvelles, le parti d’Obama a raison de craindre une défaite. Sauf que cela pourrait tout autant relever de la méthode Coué. Si la démonstration n’est pas forcément convaincante, le blog du Times remarque toutefois que les sondeurs sous-estiment peut-être l’effet téléphone portable. En privilégiant les sondés possédant un téléphone à la maison, ils se coupent de ceux qui n’utilisent plus leurs combinés en bakélite : les plus jeunes, les plus urbains, et les moins blancs. L’électorat démocrate type… de quoi selon un institut d’étude, sous-estimer les votants démocrates potentiels de 4%.

17h20 - EASTERN TIMES /22h20 HEURE DE PARIS / LU SUR BUZZFEED

40 people républicains

Qu’ont en commun 50 Cent, Adam Sandler, Sarah Michelle Gellar, Alice Cooper, John Voight et The Rock? Ils font partie de la liste des 40 50 people américains qui votent républicain. Liste, établie par BuzzFeed. Plutôt surprenante non, alors qu'Hollywood est généralement perçu comme un repaire de démocrates?

The Rock

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17h04 - EASTERN TIMES /22h04 HEURE DE PARIS / LU SUR WHATTHEFUCK...

La campagne What The fuck

Décidemment, les internautes engagés dans la campagne aiment le «fuck». Après le «Where is my fucking polling place» (lire ci-dessous), voici le «Whatthefuckhasobamadonesofar.com». Ou comment bien vendre le bilan du président américain, en mode aléatoire… Exemple : Obama a donné l‘ordre de fermer la prison de Guantanamo.

Obama fuck

Dessous, un bouton se moquant de ceux qui estiment qu’Obama n’a pas fait grand chose au cours de la première partie de son mandat (là : «je peux faire ça en dormant») invite à cliquer et renvoie sur une autre réalisation du président américain. Beaucoup de ceux qui ont porté Obama à la Maison Blanche, et qui ne voient pas le changement promis arriver, sont visés par ce site, version «WTF» de la nouvelle communication d’Obama. Il veut vendre son bilan et assure à ses électeurs que le «changement» ne peut pas prendre forme en 18 mois. Pour le magazine Time, l’administration n’a d'ailleurs pas à rougir de son bilan:

«Obama aura transformé beaucoup de ses promesses de campagnes, tout en conduisant un gouvernement très compétent, éloigné des scandales. Pas mal pour un homme dont les adversaires, au sein même des deux partis, estimaient qu’il manquait d’expérience pour faire le job et dont la présidence a commencé dans la tempête d’une crise économique mondiale qui lui a demandé une attention de tous les instants».

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15h23 – EASTERN TIME / 20h23 HEURE DE PARIS / LU SUR GOOGLE

Jour de vote, votre carte d’identité en main, vous vous préparez à vous rendre dans votre bureau de vote. Mais voilà, vous ne savez pas vraiment où il se trouve… Et manifestement, vous n’êtes pas le/la seul(e). C’est même la tendance du moment, à en croire Google: dans les requêtes les plus formulées en ce début d’après-midi aux Etats-Unis, lieu de vote et où je vote font frémir le moteur.

google trending topics

Pour aider les Américains, il y a même ce site,  Where is my fucking polling place où est mon putain de bureau de vote

Ce qui est rassurant pour les opérations de vote, c’est que le topic #ivoted fait partie des plus tapé sur twitter.

Reste que, on le sait depuis 2000 et la bataille de Floride entre Bush et Gore, voter aux Etats-Unis n’est pas un fleuve tranquille. Ainsi, à New York, les opérations de vote restent complexes et introduisent de la confusion chez les électeurs

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15h04 – EASTERN TIME / 20h04 HEURE DE PARIS / LU DANS THE UPSHOT

 Dis-moi qui tu regardes à la télé, je te dirai pour qui tu votes

C’est l’idée d’un sondage commandé par The Hollywood Reporter: demander aux téléspectateurs des principaux «Late Shows» ce qu’ils boivent, mangent, dans quoi ils roulent, et pour qui ils votent. 700 sondés, et voilà le résultat:

Les fans de Jay Leno sont plus enclins à être des républicains aisés, buveurs de vin rouge qui aiment Fox News, supportent le Tea Party et conduisent des américaines. Les fans de Conan O'Brien sont plutôt des indépendants, qui boivent de la vodka, regardent Comedy Central, sont athées et conduisent des Volkswagen. Et si vous regardez Showtime ou CNN, êtes probablement divorcé, si vous êtes fans de rock classique et conduisez une Toyota, alors, vous devez préférer David Letterman.

12h30 – EASTERN TIME / 18h30 HEURE DE PARIS / LU DANS THE UPSHOT

Twitter, la presse, et les nouvelles têtes

La vedette de la campagne électorale? Sans conteste Christine O’Donnell, la candidate conservatrice au Sénat pour le Delaware. Nous vous en avions parlé ici, avec sa croisade anti-masturbation. Selon une étude de l’institut PEW, O’Donnell a fait l’objet d’une couverture médiatique sans précédent, loin devant les autres candidats. Les journalistes lui ont consacré 160 articles, essentiellement depuis sa victoire inattendue lors des primaires de son parti. Derrière elle, Meg Whitman (90); Rand Paul (88); Joe Sestak (85); Sharron Angle (80); Harry Reid (74); Charlie Crist (67); Blanche Lincoln (52); Carl Paladino (52);  Jerry Brown (49); et Joe Miller (47).

Conclusion: une telle couverture montre que les médias vont se concentrer sur un candidat qui —même s’il a peu de chance de gagner— fera les unes et les manchettes avec des déclarations provocantes et des façons de faire à l'emporte-pièce, à l'opposé de la plupart des politiques traditionnels.

Autre vedette de la nuit électorale, le candidat au Sénat pour l’Etat de Floride Marco Rubio, qui a reçu 232 demandes d’accréditation pour sa soirée: 35 équipes de télés dont 17 de son Etat, les principaux réseaux NBC, ABC, FOX, CNN, BBC, Al Arabiya et 75 journalistes étrangers. Latino, une belle gueule, on lui prédit déjà, à 39 ans, un avenir à la Obama. De quoi faire le buzz…

A noter aussi que Christine O’Donnell obtient la palme de la plus prolifique des candidats sur Twitter. A voir sur la formidable infographie interactive du New York Times [LIEN CORRIGE]: «L’élection sera tweettée et retwettée».

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11h30 – EASTERN TIME / 17h30 HEURE DE PARIS / LU DANS LE WALL STREET JOURNAL

Vous avez dit volatile?

Les votants de 2010 répètent ce qu’ils ont déjà fait en 2006 et 2008: voter contre le parti au pouvoir, explique le politologue Scott Rasmussen. C’est la continuité d’une tendance qui se dégage depuis une vingtaine d’années maintenant. Quand Clinton est élu en 1992, son parti avait la majorité au Congrès. Quand il a quitté son poste, il avait perdu cette majorité. Idem pour George Bush. La défaite d’Obama ne serait pas une première, mais elle montrerait bien, selon Rasmussen, un rejet des partis traditionnels et des élites. Et, au moins, une tendance générale à la volatilité des électeurs américains. Dans le même quotidien, un article signé de Nel King Jr se posait même la question suivante:

«Comment le pays peut-il résoudre ses problèmes de long terme (déficit, financement de la sécurité sociale, explosion des dépenses de santé) quand les électeurs semblent incertains à décider qui doit conduire ces réformes.»

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LES ENJEUX D'AVANT SCRUTIN - La défaite électorale démocrate de mardi lors des élections de mi-mandat ne sera une surprise pour personne tant elle est prévue et annoncée. Selon les dernières études, la victoire des républicains risque fort de signer la perte d'une, voire des deux chambres du Congrès pour le parti de Barack Obama. Comme le rappelle Reuters, sont en jeu les 435 sièges de la Chambre des représentants, 37 des 100 sièges de sénateurs ainsi que 37 des 50 postes de gouverneurs. D’autres scrutins, comme un référendum sur la légalisation du cannabis en Californie, ont également lieu ce mardi soir.

A lire aussi, six choses à savoir sur les élections de mi-mandat

Deux ans après la victoire de Barack Obama —et l’espoir de changement qui l’accompagnait–, les électeurs se sont massivement détournés du président démocrate. Mais ce n’est pas pour autant que la large victoire républicaine signifiera une adhésion aux valeurs républicaines. De plus en plus d’Américains rejettent l’idée d’une intervention du gouvernement dans l’économie, estimant qu’il faut tout simplement tailler dans les budgets et réduire les impôts pour relancer l’économie. C’est à peu près l’inverse de la politique d’Obama, qui a choisi d’injecter massivement l’argent de l’Etat dans des stimuli et de réformer le système de santé. Mais c’est surtout un rejet de la politique et des hommes politiques en général, symbolisé par les Tea Parties (que les républicains accompagnent), qui marquera le résultat de ce mardi soir.

Toute la soirée, depuis le bureau de Slate à New York, je vous livrerai une série d’instantanés des dernières heures de vote, via une sélection de liens réactualisée régulièrement, jusqu’à ce que nous publions l’analyse du journaliste politique de Slate.com John Dickerson, en français, mercredi avant 8h (je l’espère).

Johan Hufnagel

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