Monde

Mon cher jardin

Jennifer Reese, mis à jour le 31.03.2009 à 18 h 17

Parmi toutes les bonnes raisons pour cultiver son jardin, profiter d’une nourriture gratuite est sans doute la dernière.

Le célèbre potager des Obama procède d’une intention très noble (malgré la tenue controversée de Michelle Obama) et en tant que jardinière passionnée, j’adorais le projet jusqu’à ce que je lise la citation suivante de la chef Alice Waters, ravie : « Avec ce « jardin de la victoire, » on fait faire passer le message que tout le monde peut cultiver son jardin et avoir de la nourriture gratuite. »

Alice Waters, porte-parole des potagers

Est-ce que quelqu’un aura la gentillesse de virer Alice Waters de son poste de porte-parole des potagers ?

Les potagers et la nourriture qu’ils produisent sont loin d’être gratuits, et c’est du pipeau de dire le contraire. N’importe qui peut faire pousser des herbes dans un pot sur le rebord de sa fenêtre. Mais pour produire une quantité significative de nourriture, il faut de la surface, des clôtures, de la terre, des outils, des matériaux organiques, du paillis et des plantes. Et ces plantes ont tendance à avoir soif; même vos voisins les plus sympathiques ne sont pas sans reproche quand il s’agit d’arroser vos citrouilles pendant vos deux semaines de vacances, et quand ils oublient et que toutes les plantes se flétrissent, vous êtes quand même obligés de les remercier et de leur donner une petite bouteille. Récemment, j’ai regardé les prix des systèmes d’irrigation automatiques pour gérer ce problème, et ils coûtent entre 1.000 et 3.000 dollars. Heureusement, nous n’en avons peut-être pas besoin, car nous ne sommes pas sûrs d’avoir les moyens de partir en vacances cet été.

Il faut beaucoup d’heures de travail avant de récolter suffisamment d’aubergines et de poivrons «gratuits» pour faire de la ratatouille. Les Obama n’auront sans doute pas beaucoup l’occasion de s’en rendre compte, mais jardiner, ça salit, ça abîme les mains, ça fait des trous dans votre jean, ça finit par vous coûter 40 fois plus que ce que vous aviez prévu, ça prend tous vos week-ends, consomme vos rêves et souvent vous crève le cœur.

Alors, pourquoi cultiver un jardin? Parce que jardiner est une grandes des joies de la vie. Activité paisible et méditative, elle permet d’élever des êtres beaux et colorés qui ne sont jamais insolents et ne tâchent pas le tapis. Vous travaillez à votre propre vitesse en écoutant les oiseaux, votre iPod ou vos gosses et, si vous avez un peu de chance et de ténacité, vous vous en sortirez avec un petit sauté de légumes. Quand vous ne faites plus cela par amour, ce n’est pas la peine de continuer, parce qu’il y a des gens qui le font pour gagner leur vie et ils voudraient bien des clients, en ces jours de crise. On les appelle des agriculteurs.

Ceci dit, il y a deux légumes qui sont faciles à faire pousser chez soi et qui sont bizarrement absents du plan du potager publié par les Obama. Les tomates (d’accord, c’est un fruit, mais quand même) et les fèves: où sont-elles? Il n’y aucun légume plus gratifiant que la fève. Jetez une poignée de grains sur un tas de gravier, et cinq minutes après vous êtes en train de récolter d’énormes légumineuses vertes. J’imagine que les Obama les ont évitées à cause des blagues faisant référence à Hannibal Lecter. Mais les tomates? Il est encore trop tôt pour les tomates, donc elles arriveront peut-être après. Un potager estival sans tomates juteuses n’est pas un potager.

Il faut que vous cultiviez notre jardin

Bien évidemment, il ne s’agit pas vraiment d’un potager. Personne dans la famille Obama ne va passer ses après-midi du mois de juillet sur la pelouse de la Maison Blanche avec un tuyau d’arrosage. Selon l’aveu de Mme Obama, c’est le personnel de la Maison Blanche qui va surtout s’occuper du potager — ce qui le ravale, à mon avis, au rang de ferme biologique de démonstration qui se trouve être, par coïncidence, sur la pelouse des Obama.

C’est génial. Vraiment. Si l’exemple des Obama incite un petit garçon à manger des petits pois, ou aide un adulte stressé à découvrir les plaisirs thérapeutiques du binage, ou encore une école en ville à trouver de l’espace pour un petit potager, cela vaut la peine. Mais de la nourriture «gratuite»? Ce potager, qu’on présente comme admirable et enviable, ne nous montre pas le chemin pour des fruits et des légumes biologiques gratuits ou même abordables pour tous. Il ne va pas résoudre notre épidémie nationale d’obésité. (Et quelqu’un devrait dire à Mme Obama d’arrêter de parler du poids de ses filles.) Et il est aussi accessible à l’Américain(e) moyen(ne) que les biceps de la Première Dame.

Cet article, traduit par Holly Pouquet, a été publié sur Slate.com le 24 mars 2009.

Jennifer Reese
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