Life

Amitié platonique: le point de vue de l'homme

Jeff Deutchman, mis à jour le 10.11.2010 à 14 h 07

Ou ce que Jeff pense de sa relation platonique avec Juliet.

Untitled / Hamron via Flickr CC License By

Untitled / Hamron via Flickr CC License By

Comme j'ai étudié le cinéma, je peux comprendre que devant cette photo de Juliet et moi prise en 2001, on imagine une histoire à la Rose bonbon, celle d'un ado éperdument épris de sa meilleure amie sans pouvoir le lui avouer. Interpréter une œuvre d'art consiste à extrapoler à partir des indices qu'elle veut bien nous livrer. Cependant, dans la vraie vie, les gens et les relations humaines ne sont jamais aussi simples que dans les films ou les livres. Je suis moi-même incapable de me rappeler ce que je pensais exactement quand j'ai passé mon bras autour de Juliet pour prendre cette photo en colonie de vacances. J'imagine que je me suis dit ce que je me dis tout le temps dans ces cas-là: cheese.

Ce que je sais en revanche, c'est que je n'aspire absolument pas à une relation amoureuse avec Juliet, et ce depuis très longtemps. Tel était d'ailleurs le propos de sa série d'articles: un garçon et une fille, un homme et une femme, peuvent être sincèrement amis sans que «le sexe s'en mêle». De nombreux lecteurs ont manifesté leur désaccord; pour eux, ce type de relation platonique n'existe pas. Soit l'homme aime secrètement la femme, soit il veut secrètement coucher avec elle. Ou alors il est homo. Beaucoup de commentateurs ont aussi demandé pourquoi je ne racontais pas ma version des faits, comme si j'avais quelque chose à cacher.

Rien à cacher

Non, je n'ai rien à cacher. Juliet n'a jamais soutenu que l'amitié platonique excluait toute forme d'attirance. J'ai bien ressenti un petit quelque chose pour l'embrasser deux fois. Et pareil pour elle. Mais la vraie question est peut-être de savoir pourquoi nous sommes devenus amis après avoir tenté l'amourette. Et là, je ne peux que spéculer, dans la mesure où ce que j'ai ressenti à 13 ans est aussi obscur pour moi que pour les lecteurs de Slate. Je me souviens en tout cas qu'à l'adolescence, mon attirance pour Juliet était proche de l'indifférence. Elle ne faisait pas partie des filles que je convoitais. Non que je l'aie trouvée repoussante, mais les deux fois où je l'ai embrassée, j'aurais préféré être avec quelqu'un d'autre. (Notre premier baiser a été motivé par l'obligation sociale de trouver quelqu'un, n'importe qui, à bécoter le soir de la fête de l'Indépendance. Je crois que nous avons «rompu» le lendemain.)

Je m'exprime sans gêne car je sais que Juliet pense la même chose de moi. Elle me l'a répété au fil des ans, et ses dires ont été confirmés par les hommes avec qui je l'ai vue sortir. Même si, physiquement, «on faisait la paire», pour reprendre sa formule, elle n'était pas mon «genre» et je n'étais pas le sien. Pendant un bref instant de l'année 1996, nous nous sommes rapprochés faute d'autre chose.

De fait, je suis d'accord avec ceux qui se demandent pourquoi un homme et une femme hétérosexuels qui s'attirent sur les plans affectif, intellectuel et physique choisiraient l'amitié platonique. La non concrétisation ne peut alors tenir qu'aux circonstances, par exemple si l'un ou les deux sont déjà engagés dans une relation.

Comme frère et soeur

Par contre, je ne suis pas d'accord avec ceux qui pensent qu'un homme hétéro n'envisage les rapports avec les femmes que du point de vue charnel. Il existe sûrement des hommes ainsi faits, qui n'ont pas d'exigences particulières en la matière. En ce qui me concerne, outre Juliet, j'ai des amies femmes très proches avec qui je n'ai jamais envisagé de rapports physiques, parce qu'elles ne m'attirent pas.

Juliet et moi avons eu d'innombrables occasions de passer à l'acte. Mais, comme nous n'étions pas attirés l'un par l'autre, nous avons développé un autre type de lien. Aujourd'hui, nous sommes amis depuis 14 ans, et notre familiarité est telle que nous sommes comme frère et sœur. En supposant même que notre apparence ou nos goûts respectifs changent au point de soudainement nous aimanter, il serait inconcevable que l'on se mette ensemble. C'est ainsi que, d'intermittente (comme dans Quand Harry rencontre Sally), une relation platonique peut devenir durable. Quant à savoir ce qu'il arrivera si nous nous marions (chacun de notre côté), c'est une autre histoire.

Rien de tout cela ne réfute la thèse de Juliet. En effet, son propos n'est pas de nous présenter comme un couple platonique idéal, mais d'expliquer que notre relation, d'une, n'aurait pas été possible à une autre époque et, de deux, est encore aujourd'hui considérée par beaucoup comme impossible. Les réactions des lecteurs en sont la preuve.

Jeff Deutchman

Traduit par Chloé Leleu

Photo: Untitled / Hamron via Flickr CC License By

Jeff Deutchman
Jeff Deutchman (1 article)
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte