L’histoire officielle appartient au passé
Pourquoi le projet du président de la République de faire une Maison de l’histoire de France rencontre l'opposition de tous les historiens. Car il n'y a pas de version officielle de l'histoire et il ne faut surtout pas qu'il y en ait une.
- Charles de Gaulle / gildas f via Flickr -
Un musée de l'Histoire de France... On ne peut pas vraiment parler de polémique puisque, logiquement, une polémique digne de ce nom oppose deux camps, les pros et les antis. Là, à part le président et les hauts fonctionnaires chargés de mener à bien ce projet, il n’y a pas de défenseurs de cette idée de musée de l’Histoire de France. Il n’y a quasiment pas d’historiens, d’universitaires qui se soient prononcés en faveur de la Maison de l’histoire de France.
Au premier abord, on pourrait se dire que dans l’antisarkozysme ambiant qui sévit dans le monde universitaire, s'opposer à un projet, quel qu’il soit, venu de l'Élysée relève d’un certain pavlovisme. En réalité, s'opposer à l’idée que puisse exister un musée de l’Histoire de France voulu par le président de la République est une évidence. Comment peut-on imaginer mettre l’histoire de France en musée? Comment surtout peut-on imaginer que ce soit le fait de l'État. «Et de quelle histoire parlons-nous»? se demande, très critique, l’agrégé d’histoire Nicolas Offenstadt qui a beaucoup travaillé sur les questions de politique mémorielle du président de la République.
C’est une interrogation qui renvoie directement à la définition de l’histoire en tant que science, en tant que passion française mais aussi en tant qu’instrument politique. Imaginez simplement ce que pourrait être un musée de l’Histoire. Une série d’expositions permanentes ou temporaires, ou les deux, thématiques ou chronologiques; chaque élément, document, objet qui serait exposé devrait être expliqué, justifié, «contextualisé» comme disent les historiens, et donc forcément contesté. L’histoire est un éternel débat entre les historiens entre des faits avérés et leur interprétation, le poids qu’on doit leur donner.
Mais quand on parle non pas d’histoire mais d’histoire de France, là tout se complique encore un peu plus et l’on comprend simplement que ce n’est pas un sujet pour un musée. Qu’est-ce que l’histoire de France? Son histoire politique, l’histoire des peuples, ses guerres, ses sciences, ses grands hommes? Ces interrogations agitent le monde des historiens depuis toujours, sans doute pour toujours et ce n’est certainement pas à l’Etat de les trancher. Qui sont ses grands hommes, quelle hiérarchie entre eux? Commencer à répondre à cette question pour installer un musée, c’est prendre un parti réducteur ou se lancer dans d’inextricables jeux d’équilibre qui seront sans aucun doute insatisfaisants. Ou alors le musée de l’histoire serait simplement une collection permanente d’objets historiques, des trônes, des reliques, la francisque de Vercingétorix, un morceau du vase de Soisson, le panache blanc d’Henri IV, le couteau de Ravaillac, le bonnet de Clemenceau, le pyjama de Deschanel, le micro de l’appel du 18 juin… bref, aucun intérêt.
A écouter et lire les réactions des historiens eux-mêmes à l’énoncé du projet, le musée de l’Histoire ne peut être que le récit d’une histoire officielle, c'est-à-dire d’une propagande, d’une science morte, ou une galerie d’objets anecdotiques. Y a-t-il une volonté politique derrière ce projet? C’est le procès que certains font. En réalité, ce serait un procès d’intention que de l’affirmer mais peu importe, puisqu’un musée de l’Histoire de France ne peut de toutes façons aboutir qu’à l’expression d’une histoire officielle, ce qui revient à en faire un projet politique.
Alors, est-ce que Nicolas Sarkozy veut, par ce projet, imposer sa vision de l’histoire, définir par exemple une identité nationale (pour reprendre le terme du débat raté du printemps dernier)? C'est possible, et d’ailleurs le président avait fait référence à ce projet dans la lettre de mission adressé à son ministre de l’Immigration et de l’Identité nationale le 31 mars 2009. Ce serait illusoire, et ça ne pourrait pas aboutir parce qu’on ne fera pas un musée de l’Histoire contre les historiens. Ou alors, c’est beaucoup plus simple que ça. Nicolas Sarkozy aime l’histoire, les Français adorent l’histoire, Nicolas Sarkozy veut son musée, comme Georges Pompidou a eu le sien, François Mitterrand sa bibliothèque, et Jacques Chirac le musée des Arts premiers. Alors, se dit-il «pourquoi pas un musée de l’histoire, ce serait populaire comme l’histoire».
Seulement voilà, comme l’adoption de la mémoire d’un enfant juif par chaque classe de CM2, comme la lecture annuelle de la lettre de Guy Môquet… ce projet n’aboutira certainement pas parce que, heureusement, l’époque de l’histoire officielle est terminée. C’est étonnant comme le premier président né après la Seconde Guerre mondiale, le premier président élu au XXIe siècle peut être, parfois, à ce point anachronique…
Thomas Legrand
Photo: C(lean) de Gaulle / gildas_f via Flickr CC License by
Mis à jour le 02/11/2010 à 12h30














































ps:j'aimerait beaucoup que soit réuni dans un même musée la "collection permanente d’objets historiques", cela permettrait peut être que plus de français(dont moi) les voit un jour.
Monsieur Sarkozy a un défaut fondamental : Il confond souvent diriger un pays et encadrer des personnes. Dans l'encadrement il est nécessaire de donner du sens, d'orienter les actions et réactions en fonction de la direction voulue.
Mais quand on dirige un pays, si certaines réformes structurelles exigent la même attitude, il n'en va pas de même pour tous les principes. Que ce musée soit créé est une initiative qui a du sens en elle-même, la direction était donnée. Qu'il soit créé pour mieux cimenter l'identité nationale n'est plus une direction, c'est, au mieux, une tâche distribuée à des fonctionnaires destinée à flatter la fibre nationaliste d'une part de l'électorat. Avec ce type de direction, rien d'étonnant à ce que les historiens se rebellent.
Il reste à espérer que le débat calamiteux sur l'identité nationale aura pour effet de faire revenir à la raison Monsieur Sarkozy et qu'il se rendra compte qu'il pourra avoir son "grand oeuvre" sans l'entacher d'office du sceau du populisme.
Bien à vous.
Qui est-il pour le dire, même pas un historien mais un éditorialiste politique, jolie dénomination de profession, mais pourquoi faire ?.. Dénigrer tout ce qui vient de l'Elysée comme vaillant attaquant d'une cause, qui pour lui semble perdu, celle de Sarkozy et de tout ce qui vient de lui...
Il y a un tas de musées en France, certains en ont que le nom, mais ils font venir du monde, donc pourquoi pas multiplier le genre, personne ne trouve à redire à cela, même pas vous Mr Legrand...
Alors, qu'un musée de l'Histoire, voila une idée novatrice et qui intéresserait sûrement beaucoup de concitoyens et d'étrangers, friants de notre passé, de notre culture, de notre savoir vivre et de nos traditions. Pourquoi alors, ne pas montrer, ce qui a fait la grandeur de ce pays, ses actions, ses choix, ses combats à travers les guerres d'occupation, etc...
Son désir actuel d'avancer et de s'en sortir, même s'il faut composer une nouvelle Europe et oublier nos rivalités ancestrales, pour ne plus faire qu'une unité européenne, face à la concurrence des géants et des pays émergents; faire des nouveaux choix, anticiper des actions primordiales, penser à l'avenir, pour la survie de notre pays; malgré la crise, la fracture sociale et le mécontentement général...
Voila Mr Legrand, la France d'hier, mais aussi celle d'aujourd'hui, une France nouvelle, différente, en pleine mutation, mais qui n'oublie pas son passé, sa mémoire collective et qui nous donne à tous le sentiment d'habiter un pays cohérent, fort de son Histoire. Car, elle est celle de chaque Français, qui dans sa famille peut jusqu'à 1600, trouver ses racines aux 4 coins de l'hexagone.
Ce qui fait, qu'aujourd'hui, il est ce qu'il est est, un individu fier d'être Français, de ses origines, mais également, de tout ce que ses ancêtres, ont du enduré un jour, pour qu'il puisse maintenant en 2010, le dire haut et fort et que cela ait un sens, pour lui, sa famille et ses descendants. Sans pour autant, qu'il soit traité de nationaliste, mot que l'on met à toutes les sauces si facilement, en le dénaturant complétement.
Car, le mot juste est : il est la France !...
Alors, oui !! à ce musée, avec une large place au Général de Gaulle, qui illustre votre propos, ce qui d'ailleurs n'est certainement pas anodin.
Mr Legrand, vous êtes pour moi, hors sujet.
La_Sibylle