Rien ne va plus entre Sarkozy et Netanyahou
La diplomatie française n'est pas parvenue à retrouver un rôle dans le processus de paix moribond au Proche-Orient. Ni Israël, ni les Américains ne veulent d'un retour diplomatique de l'Europe et de la France.
- Embrassade sur le perron de l'Elysée entre Nicolas Sarkozy et Benjamin Netanyahu en 2007 REUTERS/Jacky Naegelen -
Nicolas Sarkozy entendait bien profiter du refroidissement des relations entre Israël et les Etats-Unis et de l'impopularité de Barack Obama pour réinsérer la France dans le dialogue israélo-palestinien d’où l’Europe, d’ailleurs, est exclue. Il a donc décidé, le 27 septembre, de prendre l’initiative d’inviter les deux parties (Palestiniens et Israéliens) à Paris fin octobre pour prouver que l’Europe, et surtout la France, pouvaient agir au Proche-Orient. Cela n'a pas été une franche réussite
Un sommet boudé
Le Premier ministre israélien avait donné son accord et s’est depuis ravisé. Son bureau a annoncé, sans autres précisions, que cette réunion était reportée sine die: «Après consultations, les parties concernées se sont mises d'accord pour décider d'une autre date.» Un camouflet. L’initiative française a été enterrée. Le négociateur palestinien Saëb Erakat a confirmé le report: «La poursuite de la colonisation israélienne ruine tous les efforts de paix, que ce soient ceux de Barack Obama ou ceux de Nicolas Sarkozy.»
Le président français tenait à cette réunion qui lui permettait d’une part de jouer les entremetteurs entre deux adversaires intransigeants et, d’autre part, de préparer le sommet de l'Union pour la Méditerranée qui se tiendra fin novembre à Barcelone. Cette union, partie d'une grande idée, n’a pas réussi à ce jour à vraiment prendre son envol et suscite surtout de la méfiance en Europe.
Les difficultés à réunir Palestiniens et Israéliens sont liées à la décision d'Israël de renoncer au gel des constructions en Cisjordanie. Nicolas Sarkozy avait pourtant utilisé tous ses atouts en envoyant en Israël son ministre des Affaires étrangères Bernard Kouchner, accompagné de l’Espagnol Miguel Moratinos. Ils ont été rabroués par Avigdor Lieberman qui s'est ainsi vengé de sa position de persona non grata en Europe. La visite fut un échec illustré par les propos du porte-parole français du ministère des Affaires étrangères, Bernard Valero, se déclarant «profondément déçu» de la décision d'Israël de reprendre la construction à Jérusalem-Est.
Tensions avec les Etats-Unis
Il semble en fait que Netanyahou n’a pas voulu répondre à l'invitation française car il ne tenait pas à exacerber les tensions avec les membres durs de sa coalition. Il a aussi senti que la réaction américaine à l’initiative française n’était pas vraiment positive. Autant faire d'une pierre deux coups. Les américains répugnent à laisser l’Europe reprendre pied en matière diplomatique. Il n'est pas question alors de permettre à Nicolas Sarkozy de jouer un rôle central dans le processus de paix ce qui lui donnerait en plus un ascendant en Europe.
Netanyahou de son coté, ne cesse de donner des gages au front nationaliste de sa coalition. Il hésite à suspendre le gel des constructions en Cisjordanie et multiplie les obstacles au dialogue en imposant aux Palestiniens de reconnaître Israël comme un Etat juif. Lors de sa visite à Paris en 2009, il avait eu le sentiment d’avoir convaincu le président français de l’importance des constructions en Cisjordanie et comptait s’appuyer sur l’excellence de leurs relations. Il avait apprécié alors que, contrairement aux Américains, la France soit ferme face au programme nucléaire iranien. Les atermoiements de Barack Obama, qui ne cesse de prôner la négociation avec le régime des mollahs iraniens, l’incitaient à se tourner vers l’Europe qui, de surcroit, souhaitait l’entrée des centristes de Kadima au sein d’un gouvernement débarrassé de ses extrêmes nationaliste et religieuse. Mais cette stratégie n'a pas duré longtemps, quelques mois tout au plus.
Le Premier ministre israélien avait encore fait une halte à Paris en mai 2010 à Paris sur le chemin d’Ottawa pour assister à la cérémonie d’adhésion d’Israël à l’OCDE. Il se sentait alors galvanisé par sa victoire diplomatique qui lui avait permis, après 16 années d’efforts, à se faire admettre au sein de cette organisation. Denis Bauchard, spécialiste du Moyen-Orient à l'Institut français des relations internationales (Ifri) soulignait alors que: «l'adhésion à l'OCDE montre les capacités d'Israël à faire prévaloir ses vues, en dépit d'une évolution générale hostile à sa politique». Les deux amis, Benjamin et Nicolas, avaient plaidé ensemble pour des mesures radicales contre l’Iran qui narguait l’occident. Nicolas Sarkozy avait alors confirmé que «la priorité, c'était l'adoption d'une résolution par le Conseil de sécurité la plus forte possible.» Mais pour les Israéliens l'Europe n'a ni les moyens ni la volonté de ses ambitions.
Brouille politique
Et Nicolas Sarkozy a d'autres objectifs contradictoires, notamment la réussite de son Union pour la Méditerranée. Le président français a montré aussi son appui à la partie palestinienne en déclarant «qu’il allait demander au Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou de donner plus de garanties au président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, après le refus de l’Etat hébreu de prolonger le moratoire sur la colonisation». Nicolas Sarkozy a demandé aussi à Netanyahou d’être informé de ses initiatives militaires contre le Hezbollah au Sud Liban ou contre l’Iran. Il n'en est pas question. Selon une source proche de l’Elysée, Netanyahou a alors fait comprendre à son interlocuteur, le 28 mai, qu’Israël restait seul maître de ses décisions concernant sa sécurité. Une fin de non-recevoir brutale.
Elle a concrétisé la brouille entre Netanyahou et Sarkozy. Elle avait déjà commencé quelques semaines auparavant. Le président français s’en est ouvert auprès de Shimon Pérès lors de sa visite à Paris en avril 2010: «Je suis déçu par lui. Avec toute l’amitié, la sympathie et nos engagements envers Israël, nous ne pouvons pas accepter qu’il traîne les pieds. Je ne comprends pas où va Netanyahou, ni ce qu’il veut», selon des propos rapportés par le journal israélien Haaretz. Nicolas Sarkozy insiste pour faire du gel de la construction une preuve de la bonne volonté israélienne et exige des Israéliens un geste fort qui rehausserait le prestige de Mahmoud Abbas.
Le président français n’a pas ménagé ses efforts au profit d’Israël. Il a suscité la nomination de la responsable de l’American Jewish Comitée en France, Valérie Hoffenberg, au poste de représentante spéciale du président français pour les affaires commerciales et culturelles du processus de paix. Mais il estime ne pas avoir été payé de retour et a expressément exprimé sa mauvaise humeur à l’occasion d’un entretien téléphonique. Il n’a pas accepté l’annulation de la participation israélienne au sommet de Paris qui n’est fondée à ses yeux sur aucun argument tangible. Netanyahou affirme pour sa part avoir toujours déclaré qu’il ne participerait jamais à une négociation avec les palestiniens si ces derniers mettaient des pré-conditions à leur présence.
Selon des diplomates cités par Haaretz, «Netanyahou s'est rendu compte qu'il serait soumis à une pression énorme sur la question des colonies et a donc décidé d'annuler sa participation». Sarkozy avait rejeté ces excuses qui l’empêchaient de se rehausser par une initiative dans le conflit israélo-palestinien tandis que l’Europe se distinguait par son absence. Pour le Premier ministre israélien, l’Europe s’est volontairement désengagée du processus de paix au Proche-Orient en prenant partie pour les Palestiniens et ne peut prétendre intervenir en arbitre indépendant dans le conflit. Nicolas Sarkozy, l’ancien «ami» de Benjamin Netanyahou, n’a pas apprécié d’être mis sur le même plan que les autres pays européens. Les israéliens risquent de pâtir un jour d'avoir refusé une main tendue. Ce sont des gestes de plus en plus rares.
Jacques Benillouche
Mis à jour le 02/11/2010 à 10h51















































Juste une petite question. Que le Hamas prône fièrement sa volonté d'éradiquer Israël (Avec l'aide iranienne) ne semble pas vous gêner, cela est votre droit, mais puisqu'il semblerait vu votre pseudo que vous êtes une femme occidentale, la dictature de la Charia comme système politique et social, en vigueur à Gaza ne vous gêne pas non plus ?
Quand il écrit que Netanyahu " multiplie les obstacles au dialogue en imposant aux Palestiniens de reconnaître Israël comme un Etat juif." l'emploi des termes "obstacles" et "en imposant " sont tendancieux et fallacieux.
Plus de 90% des israéliens juifs considèrent que cette reconnaissance est la moindre des choses si les Palestiniens sont sincères quant à leurs intentions pacifiques. Netanyahu ne fait sur ce point que d'exprimer le consensus existant dans l'opinion publique israélienne. Par ailleurs devrais-je rappeler à cet éminent spécialiste de ce conflit que le plan de partage de la Palestine approuvé par l’Assemblée générale de l’ONU, le 29 novembre 1947, plan, destiné à résoudre le conflit entre Juifs et Arabes en Palestine mandataire, proposait le partage de ce territoire entre deux États, l’un juif, l’autre arabe ? C'est le rejet de ce plan par les pays arabes et les Palestiniens qui marqua l'entrée en guerre de ces derniers dans le but de "jeter les Juifs à la mer". Par conséquent idéologiquement la position arabe et palestinienne n'a pas changée d'un iota sur ce point. Le fait que les points suivants de la Charte de l'OLP dont M.Abbas est le président sont toujours en vigueur.
– seuls les Juifs dont la famille était installée avant 1917 seront autorisés à demeurer en Palestine (article 6) ; – la libération de la Palestine a pour but de « purifier » le pays de toute présence sioniste (article 15) ; – le partage de la Palestine en 1947 et la création de l'État d'Israël sont des événements nuls et non avenus (article 19). – les Juifs ne forment ni un peuple, ni une nation (article 20), contrairement aux Palestiniens dont l'identité est "authentique, essentielle et intrinsèque" (article 4).
Ceci doit être certainement un "détail" pour Monsieur Benillouche...
Je suis surpris que vous vouliez parvenir à un accord sur les bases de ce qui était prévu par le plan de partage, mais il est vrai que si la population israélienne partageait majoritairement votre point de vue, un accord serait sans doute proche:
"Selon le Plan de Partage, l’État juif comprenait la plaine côtière, qui s’étend de Haïfa à Rehovot, l’est de la Galilée et le désert du Negev, incluant l’avant-poste de Umm Rashrash au sud (maintenant appelé Eilat). L’État arabe devait recevoir l’ouest de la Galilée, avec la ville d’Acre, les monts de Cisjordanie, et le sud de la côte, s’étendant du nord de Majdal (maintenant Ashkelon), et comprenant l’actuelle Bande de Gaza, avec une partie du désert le long de la frontière égyptienne. La ville de Jaffa à population majoritairement arabe, au sud de Tel Aviv, devait initialement faire partie de l’État juif. Elle fut finalement comprise dans l’État arabe avant que le Plan de partage ne soit adopté par l’ONU, formant ainsi une enclave." http://fr.wikipedia.org/wiki/Plan_de_partage_de_la_Palestine
Ca n'a pas de sens de se référer à un plan qui n'a été accepté par aucune des deux parties et dont vous ne revendiqueriez que les points qui vous conviennent. Soit vous prenez le tout, soit vous renégociez le tout.
Israël ne veut pas imposer SA paix mais qu'on le laisse EN paix, et est prêt depuis toujours à un compromis territorial "Land for peace" pour cela, voir traité de paix avec l'Égypte. Si vous admettez que le Hamas, entre autres, a pour objectif déclaré de détruire Israël et que cet objectif a été et est encore aussi celui de l'OLP, comme cité plus haut encore dans sa Charte officielle, et qu'ils ont privilégiés comme moyen d'action le terrorisme contre des populations civiles, citez-moi un seul pays, dans l'histoire, qui s'est vu confronté à une menace du même type et qui n'a pas réagi par la force contre ces menaces ? Il n'y en a aucun.
Le point que je discutais n'était pas la question des frontières mais concernait le refus par M.Abbas, appuyé par la Ligue Arabe de reconnaitre Israël comme comme l'État-nation du peuple juif, le terme « État juif » se référant à une entité nationale, non religieuse. L’autodétermination juive est un droit reconnu par la communauté internationale depuis plus d’un siècle, entérinée par Nations Unies Le 29 novembre 1947 (Résolution 181 dans laquelle le terme « État juif » a été cité 27 fois) Israël a aussi été défini comme tel par l’Union européenne et le Département d'État américain.
Une petite remarque cependant concernant ce que vous avez écrit:
l'État arabe de Palestine est reconnu par Israël depuis ...Le 29 novembre 1947 ! Quant aux frontières de 1967, il s'agit de la ligne d'armistice de 1949, qui n'a jamais été reconnue par la communauté internationale. Les négociations sont ouvertes, et même Liebermann propose de restituer à l'État arabe palestinien les régions frontalières d'Israël massivement peuplées d'Arabes, en échange des blocs d'implantations.
Je vous invite par la même occasion de consulter la liste des noms des pays ci-dessous dont l'identité arabe et même islamique est ostensiblement partie intégrante de leur nom officiel afin de définir la nature intrinsèque de ces pays, contrairement à l'État d'Israël (tout court) qui bien que se définissant comme juif, est laïc, démocratique, multi-ethnique et tolérant envers toutes les religions ou cultures.
République arabe d'Égypte. Émirats arabes unis. Jamahiriya arabe libyenne. République arabe syrienne. République arabe sahraouie démocratique. République islamique d'Iran. République islamique d'Afghanistan. République fédérale islamique des Comores. République islamique de Mauritanie. République islamique du Pakistan. République islamique du Turkestan Oriental.