Monde

Chine: Xi Jinping le prince rouge

Richard Arzt, mis à jour le 31.10.2010 à 14 h 36

Nommé vice-président de la commission militaire du PC chinois, le réformateur Xi Jinping a de bonnes chances de succéder à Hu Jintao en 2012.

Xi Jinping pendant une conférence de presse avec le président roumain à Bucharest, le 19 octobre 2009. REUTERS/Bogdan Cristel

Xi Jinping pendant une conférence de presse avec le président roumain à Bucharest, le 19 octobre 2009. REUTERS/Bogdan Cristel

En une trentaine d’années, l’économie et la société chinoises se sont considérablement modernisées. Mais pas la politique. La désignation du prochain chef du parti unique et de l’Etat reste opaque. La règle veut que les principaux dirigeants se retirent après deux mandats de cinq ans. Ce sera le cas pour Hu Jintao en 2012.

La succession s’organise lors de débats à huis clos. Des annonces au compte-gouttes permettent seulement de mesurer qui a marqué des points. Ainsi, le 18 octobre, nous avons appris qu’au cours d’un plenum du Comité Central (360 membres), Xi Jinping, 57 ans, a été nommé vice-président de la commission militaire du Parti communiste. Rouage de première importance dans un parti formé à l’origine dans la guérilla.

Depuis trois ans, Xi Jinping est l’un des 9 membres du comité permanent du bureau politique du PCC –la plus haute instance du pouvoir en Chine. Sa position est renforcée par cette nomination militaire: il devient un de ceux qui commandent à l’armée chinoise. Voilà ce qui permet de penser que dans deux ans le congrès du Parti fera de lui le numéro 1 du régime.

Le prince rouge

Les apparences du pouvoir chinois pourraient en être changées. Hu Jintao incarne l’autorité en se tenant droit et en parlant haut. Xi Jinping, plutôt grand et massif, a l’allure impassible et la voix bien placée. Certains diplomates occidentaux le comparent à un Bouddha. Mais il a la sureté en soi de ceux qu’on appelle en Chine les «princes rouges» c’est-à-dire les fils de vétérans du régime. Son père, écarté par Mao, fut vice-premier ministre sous Deng Xiaoping dans les années 80 et travailla de près aux réformes économiques et à l’ouverture du pays.

Cette filiation a valu à Xi Jinping la bienveillance des anciens cadres du parti. Mais elle ne suffit pas à expliquer sa carrière. Après des études d’ingénierie chimique complétées par un diplôme de théorie marxiste, il s’est révélé un gestionnaire efficace et ambitieux. A partir de 2000, il devient gouverneur de riches provinces du sud de la Chine: le Fujian, puis le Zhejiang. Il acquiert sur place des amitiés qui confortent sa position dans les allées du pouvoir.

En 2007, il reste quelques mois secrétaire général du parti à Shanghai et avec l’appui des dirigeants de cette ville, il parvient à entrer au comité permanent du Bureau politique. Il n’est pas un proche de Hu Jintao. Celui-ci privilégie les anciens de la ligue des Jeunesses communistes. Devenu directeur de l’école du parti, Xi Jinping a d’autres soutiens. Ce sont des jeux d’alliances qui vont lui permettre de s’imposer comme dauphin.

La Carla Bruni chinoise?

Ce n’est sans doute pas un argument à l’intérieur du PCC, mais Xi Jinping a un autre atout qui pourrait valoriser un style de pouvoir plus moderne : il est marié à Peng Liyuan, une chanteuse très connue en Chine pour son répertoire de chansons folkloriques et patriotiques. Femme belle et élégante, elle a dans l’armée le grade de général. Xi Jinping et son épouse pourraient donner de leur couple une image people. Rien n’indique que c’est ce qu’ils décideront ni que le système politique les y autorisera. Mais ce serait totalement inédit chez les dirigeants chinois.

Pour l’instant, en tout cas, la probable future première dame s’abstient d’enregistrer des disques ou de se produire sur scène. L’heure est à la discrétion et pour son mari aussi. Il voyage souvent en Chine ou ailleurs mais fait peu de déclarations. Tout au plus, il y a six mois, a-t-il recommandé aux cadres de l’administration de «s’exprimer et d’écrire plus simplement» et non pas dans le  jargon du parti.

La priorité de Xi Jinping est d’éviter les embûches et de ne jamais s’écarter de la ligne fixée collégialement au Comité permanent. En 2008, après la répression au Tibet, c’est lui qui a été chargé de prononcer devant un parterre de responsables sportifs que l’ouverture sur le monde n’était plus le maître mot des jeux Olympiques: la sécurité et la surveillance policière devaient passer avant.

Comment agira Xi Jinping à la tête du pays? A en juger par son action lorsqu’il était gouverneur, il est sans doute plutôt réformateur, comme l’était son père. Mais osera-t-il aller vers des réformes politiques et plus de démocratie? Il se garde bien d’aborder publiquement ce genre de sujet. Ce serait risquer de donner prise à des critiques qui pourraient gêner la dernière ligne droite de son ascension. Et personne ne sait si l’orientation du pouvoir chinois à partir de 2012 est abordée dans le secret de réunions au sommet.

Autre inconnue: qui seront dans deux ans, les 8 membres que Xi Jinping aura à ses côtés au comité permanent? Hu Jintao voudra certainement placer certains de ses fidèles mais toutes les tendances, libérales ou conservatrices, chercheront aussi à être représentées. Le comité central avalisera sans aucune transparence les compromis internes. Dans un premier temps, le secrétaire général Xi Jinping aura surtout à affirmer son autorité sur cette hiérarchie.

Richard Arzt

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Journaliste
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