Economie

L’idée-zombie n°4: l'hypothèse du ruissellement

Foreign Policy, mis à jour le 03.11.2010 à 14 h 27

Deux ans ont passé depuis la fin de la crise financière mondiale. L’économie américaine a échappé au désastre. Le cours du Dow Jones est aujourd’hui proche de son niveau d’avant-crise. Mais les théories qui ont provoqué cette catastrophe sont toujours là, tapies dans les ombres…

Alan Greenspan, REUTERS/Kevin Lamarque

Alan Greenspan, REUTERS/Kevin Lamarque

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C'est l’idée selon laquelle les politiques qui profitent aux riches finiront par avantager les plus défavorisés.

Contrairement aux idées-zombies évoquées jusqu’ici, la théorie économique du ruissellement existe depuis bien longtemps. Le terme aurait été inventé par Will Rogers, cow-boy saltimbanque, qui fit cette observation  sur les baisses d’impôts organisées par le gouvernement d’Herbert Hoover en 1928:

«On a mis tout l’argent en haut de l’échelle, en espérant qu’il finisse par ruisseler vers les nécessiteux. Monsieur Hoover (…) [ne savait pas] que l’argent ruisselle toujours vers le haut.»

La théorie du ruissellement devait être réfutée par l’âge d’or économique de l’après-guerre. Pendant la «Grande Compression» la grande réduction des inégalités (syndicats puissants, impôts progressifs) a coïncidé avec une période de plein-emploi et une croissance économique soutenue.

Mais quelle que soit les preuves, une idée qui avantage les riches et les puissants ne peut être étouffée bien longtemps. Dans les années1980, lorsque l’inégalité a gagné du terrain, les partisans de l’économie de l’offre et les économistes de l’école de Chicago ont juré que la richesse des classes sociales supérieures finirait tôt ou tard par avantager l’ensemble de la société. Le succès de cette théorie a grandi avec le triomphalisme des années 1990: c’était la première fois (depuis les années 1970 et l’effondrement du keynésianisme) que les bénéfices de la croissance étaient si largement répartis, et le boom boursier promettait monts et merveilles à tous les actionnaires.

La crise financière mondiale marque la fin de cette époque; elle nous permet de passer en revue la façon dont les bénéfices de la croissance ont été partagés depuis les années 1970. Les conclusions sont frappantes. Aux Etats-Unis, la majorité des bénéfices de la croissance est allée aux Américains appartenant au premier centile de la répartition des revenus. En 2007, un quart des revenus des particuliers est allé à 1% de la population; soit plus que les 50% de ménages américains les plus pauvres.

La vague de richesse est donc loin d’avoir irrigué l’ensemble du territoire. Aux Etats-Unis, le revenu moyen des ménages a même baissé au cours de la dernière décennie – et il stagnait depuis les années 1970. Les salaires des bacheliers ont aussi baissé de manière significative durant la même période.

Mais quels que soient les faits, vous trouverez toujours des économistes pour défendre les politiques économiques qui avantagent les riches. L’analyste Thomas Sowell nous en fournit un parfait exemple.

«Si par mobilité, on entend la liberté de mouvement, alors nous avons tous accès à la même mobilité, même si au final, certains vont plus vite que d’autres, et si certains ne bougent pas du tout.»

Traduisons cette image en termes réalistes. Prenez un enfant né dans une famille aisée; ses parents ont la capacité et la volonté de lui offrir une éducation de grande qualité; ayant eux-mêmes fait leurs études dans les  meilleures universités d’Amérique, ils peuvent l’y faire entrer sans problème. Prenez maintenant un enfant dont les parents peinent à subvenir aux besoins du ménage. Si l’on s’en tient à cette théorie, le fait que les membres du premier groupe soient absolument certains de mieux s’en tirer que ceux du second ne devrait pas nous inquiéter. Après tout, on peut être issu d’une classe sociale défavorisée et réussir sa vie – et aucune loi n’empêche le reste de la population de faire de même.

Contrairement à ce qu’aime à croire une majorité d’Américains, les Etats-Unis jouissent d’une mobilité sociale bien plus faible que celle observée dans le reste des pays développés. Comme le démontrent Ron Haskins et Isabel Sawhill (de la Brookings Institution), chez les Américains, 42% des hommes dont le père appartient aux 20% inférieurs de la répartition des revenus feront eux aussi partie de cette catégorie. Or ce pourcentage n’est que de 25% au Danemark, de 26% en Suède, de 28% en Finlande et de 30% en Grande-Bretagne. Le rêve américain se transforme chaque jour un peu plus en mythe. »»» LIRE LA SUITE

John Quiggin

Traduit par Jean-Clément Nau


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