Economie

Economie: cinq idées-zombies qui refusent de mourir (1/5)

Foreign Policy, mis à jour le 03.11.2010 à 14 h 24

Deux ans ont passé depuis la fin de la crise financière mondiale. L’économie américaine a échappé au désastre. Le cours du Dow Jones est aujourd’hui proche de son niveau d’avant-crise. Mais les théories qui ont provoqué cette catastrophe sont toujours là, tapies dans l'ombre…

Alan Greenspan, REUTERS/Kevin Lamarque

Alan Greenspan, REUTERS/Kevin Lamarque

Deux ans ont passé depuis la fin de la crise financière mondiale. L’économie américaine a échappé au désastre. Le cours du Dow Jones est aujourd’hui proche de son niveau d’avant-crise. Mais les théories  qui ont provoqué cette catastrophe sont toujours là, tapies dans les ombres.

La crise financière de 2007 (qui a débuté avec l’effondrement du marché américain des subprimes) a finalement révélé que les entreprises financières qui dominaient l’économie mondiale depuis des décennies étaient des sociétés spéculatives instables – sociétés qui, si elles n’étaient pas stricto sensu insolvables, n’étaient du moins pas véritablement solvables. On peut en dire autant de nombre de principes économiques défendus par les décideurs politiques au cours des décennies qui ont précédé la crise. Les économistes qui ont fondé leurs analyses sur ces principes sont en partie responsables des erreurs qui ont précipité cette même crise. Ils n’ont pas pu la prédire, ni même la déceler, et n’ont proposé aucune mesure capable de l’enrayer. Mais une chose semblait au moins acquise: on en avait bien fini avec la prédominance du secteur financier, comme avec celle des principes qui lui avaient donné un rôle central au cœur de notre économie.

Les banques et les compagnies d’assurance ont donc été tirées d’affaire par les plans de sauvetage massifs des gouvernements (et, au final, par les citoyens des pays concernés, qui ont dû payer plus d’impôts pour des services réduits). Mais trois ans plus tard, ces idées sont de retour – sous la forme de zombies. On a pu observer le même processus de réanimation dans le monde des idées. Les théories, allégations factuelles et autres projets qui semblaient morts et enterrés au lendemain de la crise s’extirpent lentement de la terre fraîchement retournée. Elles ressurgissent, prêtes à semer de nouveau la discorde.

Cinq de ces idées méritent que l’on se penche sur elles – et que l’on tente, si possible, de les remettre au plus vite sous terre. A elles cinq, elles constituent ce que l’on pourrait appeler le «libéralisme économique», ou, plus péjorativement, le «néolibéralisme». Le libéralisme économique a dominé les politiques publiques pendant plus de trente ans, des années 1970 à la crise financière mondiale. Et il domine aujourd’hui encore le mode de pensée des décideurs politiques – décideurs justement chargés de réparer ses erreurs. Voici les cinq idées en question:

1.La grande modération

L’idée selon laquelle le monde traverse, depuis 1985, une période de stabilité «macroéconomique» sans précédent – période qui pourrait ne jamais prendre fin.

Cette idée a toujours reposé sur quelques arguments statistiques douteux et sur une propension à ignorer les crises ayant affecté nombre de pays en développement dans les années 1990. Mais le principe de grande modération était bien trop pratique pour qu’on vienne le mettre en doute.

De toutes les idées dont je veux venir à bout, c’est sans doute celle que la crise a le plus clairement mise à mal. Les taux de chômage à deux chiffres, la pire récession depuis les années 1930 – que faut-il de plus pour sonner le glas de la modération? Mais non: les chercheurs qui défendent l’hypothèse de la grande modération (Olivier Coibion, Yuriy Gorodnichenko…) continuent de la défendre mordicus; pour eux, la crise financière n’est qu’une «anecdotique période transitoire d’instabilité».

Il  y a plus important: les banques centrales et les décideurs politiques prévoient de revenir à la routine de l’avant-crise. J’entends ici par routine l’ensemble des mesures instituant l’indépendance des banques centrales, le ciblage de l’inflation, et le fait de s’en remettre aux ajustements des taux d’intérêts – mesures qui ont échoué lamentablement pendant la crise financière. Cette année, lors d’un congrès célébrant le cinquantième anniversaire de la Reserve Bank of Australia, Jean-Claude Trichet (le président de la Banque centrale européenne) a livré une analyse d’une complaisance saisissante:

«Voilà plusieurs années que nous naviguons en eaux troubles, et nous sommes en train d’en sortir. Mais en tant que banquiers centraux, nous sommes toujours confrontés à de nouvelles périodes de remous dans les environnements économiques et financiers. Il nous faut relever des défis toujours nouveaux, tout en nous souvenant des principes fondamentaux qui nous ont été enseignés ces dernières décennies. Il demeure primordial d’ancrer les anticipations d’inflation, et ce tout particulièrement lorsque les circonstances sont exceptionnelles. A cet égard, notre système a jusqu’ici parfaitement fonctionné.»

»»» LIRE LA SUITE

John Quiggin

Traduit par Jean-Clément Nau


2. L’hypothèse des marchés efficients

L’idée selon laquelle les prix générés par les marchés financiers représentent la meilleure estimation possible de la valeur d’un investissement. (Pour prendre un exemple qui touche au plus près les politiques publiques, l’hypothèse des marchés efficients estime qu’il est impossible de surpasser les valorisations du marché en s’appuyant sur des informations publiques). Lire la suite...

3. L’équilibre général dynamique et stochastique (EGDS)

L’idée selon laquelle l’analyse «macroéconomique» ne devrait pas tenir compte de réalités observables, comme les booms et les effondrements du marché, et qu’elle devrait se concentrer exclusivement sur conséquences théoriques de l’optimisation des comportements des consommateurs, des entreprises et des employés parfaitement raisonnables (ou presque). Lire la suite...

4. L’hypothèse du ruissellement

L’idée selon laquelle les politiques qui profitent aux riches finiront par avantager les plus défavorisés. Lire la suite...

5. Privatisation

L’idée selon laquelle toute fonction remplie par le gouvernement pourrait être assurée de manière plus efficace par une société privée. Lire la suite...

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