Sports

Sarkozy, pas très sport finalement

Yannick Cochennec, mis à jour le 02.11.2010 à 14 h 31

Le président, qui se présente volontiers comme un mordu de sport, n'a pas fait grand-chose pour le promouvoir depuis le début de son mandat.

Nicolas Sarkozy encourage les sportifs français lors de sa visite du village olympique à Pékin, Chine, le 8 août 2008. REUTERS

Nicolas Sarkozy encourage les sportifs français lors de sa visite du village olympique à Pékin, Chine, le 8 août 2008. REUTERS

Roselyne Bachelot, ministre de la Santé et des Sports, a annoncé lors de son audition par la commission des affaires culturelles de l'Assemblée nationale des crédits budgétaires pour la mission sports de 208,5 millions d'euros en 2011, en baisse de 14,4% par rapport à 2010. A ce total en provenance de l'Etat s'ajoutent les 247,4 millions d'euros émanant du Centre national de développement du sport (CNDS) financé par les opérateurs de paris en ligne et une partie des droits télé des manifestations sportives. Cumulés, les crédits de la mission sport représentent donc 455,9 millions d’euros (contre 644 en 2003).

Le vote de ce budget, débattu ces jours-ci, doit intervenir le 5 novembre et entérinera un fait bien connu: la place mineure accordée aux moyens du sport avec environ 0,2% du budget général de la France. En temps de récession économique, le sport passe forcément par pertes et profits, malgré les promesses de campagne.

En prenant la parole devant le mouvement sportif en février 2007 à la veille des élections présidentielles, Nicolas Sarkozy avait pourtant déclaré qu’élu il porterait à 3% le budget du ministère des Sports. Dans le livre Sarkozy côté vestiaires paru au printemps dernier aux éditions Plon sous la plume de Bruno Jeudy et Karim Nedjari, Jean-François Lamour, l’ancien ministre des Sports devenu député UMP, s’en était amusé: «C’était une promesse inconsidérée. Ce n’est pas très grave car personne n’y a cru. Donc personne n’est déçu.» Sauf peut-être ceux qui y ont un peu cru.

Au cours de cette même intervention devant le mouvement sportif, le candidat Sarkozy avait également insisté sur le projet de doubler le nombre d’heures dédiées à la pratique du sport à l’école. Là encore, nous en sommes restés au stade des premières intentions avec la mise en place de quelques centres d’expérimentation et il est probable que cette envie de copier le fameux mi-temps allemand (études le matin, sport l’après-midi), vieux serpent de mer des campagnes présidentielles, ressurgira en 2012.

Il rêvait du ministère des Sports

Le mouvement sportif attendait beaucoup de l’arrivée au pouvoir de Nicolas Sarkozy, sportif pratiquant et (télé)spectateur passionné des grands événements qui se serait confié en ces termes à Rama Yade, secrétaire d’Etat aux Sports, si l’on en croit Jeudy et Nedjari: «Tu n’imagines pas à quel point j’aurais voulu être ministre des Sports. Ce sera mon grand regret

Mais trois ans et demi après le 6 mai 2007, un certain désenchantement affleure car rien, en définitive, n’a vraiment changé en profondeur malgré ce président joggeur, cycliste et supporter du Paris Saint-Germain. Les esprits les plus chagrins diront même que la situation s’est dégradée. Marie-George Buffet, ancienne ministre de la jeunesse et des sports, ne dit pas autre chose, déplorant que le sport doive désormais compter sur «l’addiction» de parieurs pour mieux se financer quand l’Etat continue de se désengager année après année.

Ironie du sort pour ce président toqué de sport et de champions, en plus de son célèbre coup de chaud de l’été 2009, une certaine malchance sportive s’est attachée à son mandat avec la double déroute de l’équipe de France de football, à l’Euro 2008 et à la Coupe du monde 2010, et la relative déception engendrée par les rugbymen tricolores lors de la Coupe du monde disputée en France en 2007. Quelques mois après les Jeux de Pékin, l’hôte de l’Elysée avait lui-même tiré un bilan sans concession: «Pas assez de médailles d’or, pas de femmes médaillées. Il faut que nous soyons plus ambitieux pour Londres 2012.»

Etat des lieux

Voilà même que, malgré les efforts de l’Elysée pour trouver un circuit de remplacement à Magny-Cours, la France est privée de Grand Prix de Formule 1 depuis 2008 et probablement pour longtemps. Alors qu’Annecy fait difficilement illusion dans la course à l’organisation des Jeux olympiques d’hiver de 2018, le projet d’accueillir un jour des Jeux d’été à Paris est toujours au point mort après la petite catastrophe de Singapour en 2005. La natation a beau cracher des flammes dans les bassins du monde entier, la France n’a toujours pas une piscine digne de ce nom capable de recevoir une compétition d’envergure. Heureusement, l’attribution de l’organisation de l’Euro de football en 2016 sauve le bilan, mais il s’en est fallu d’un souffle, puisque la Turquie ne s’est inclinée que d’une voix lors du vote final.

Plus grave pour l’avenir, l’adoption récente de la loi sur la réforme territoriale dans le cadre de la révision générale des politiques publiques (RGPP) a contribué à brouiller le message entre Nicolas Sarkozy, qui veut des champions, et le mouvement sportif qui s’inquiète des conséquences de cette nouvelle gouvernance sur le plan local pour le sport de masse. En ayant hérité de nouvelles responsabilités financières avec des moyens limités dans une économie exsangue, régions et départements ont de moins en moins de sous à donner, et le font savoir aux associations et clubs sportifs, guère prioritaires face à d’autres postes de dépenses plus urgents, même si le sport a été retenu in extremis comme une compétence partagée entre les différents niveaux de collectivités. «Nous percevons une réelle inquiétude de tout le monde associatif: nous n'arrivons plus à payer les entraîneurs, à financer les déplacements des athlètes», avait expliqué Jean-Luc Rougé, président de la Fédération française de judo, voilà quelques mois à L’Express.

Claudy Le Breton, président socialiste du conseil général des Côtes d’Armor et de l’Assemblée des départements de France (ADF), en a récemment rajouté une couche dans l’Equipe Magazine en rappelant que les collectivités territoriales subventionnent le sport à 80% entre mairies, départements et régions, à raison de 13 milliards d’euros par an. «Le gouvernement a beau jeu de nous dire: à quoi ça sert de financer des politiques qui ne sont pas obligatoires pour vous, comme le sport? Sauf que si on ne les finance pas, on va mettre en péril tout le milieu associatif sportif!» Denis Masseglia, président du Comité national olympique et sportif français (CNOSF), a laissé percer aussi son agacement dans l’hebdomadaire: «Le mouvement sportif français est le plus développé en termes de ratio de licenciés par habitants. Il est de 25% en France contre 0,2% en Italie. Ça montre l’importance du tissu associatif en France. Il ne faudrait pas y toucher, sinon, on toucherait à nos résultats sportifs.»

Culture du chiffre dans le sport aussi

Car les éventuels abandons d’aujourd’hui sont les médailles en moins de demain. Difficile, en effet, de rêver à des champions si viennent à manquer les équipements dignes de ce nom pour les former sur le plan local. D’autant plus que Nicolas Sarkozy, qui comptait sur l’aide du privé pour donner des moyens au sport et pallier en partie la défaillance des autorités publiques, a pu regretter l’échec récent et patent d’Arnaud Lagardère dans ce domaine, l’industriel ayant jeté l’éponge après avoir très vite constaté que la formation de sportifs coûtait beaucoup d’argent et était très aléatoire en termes de retours sur investissements.

Lors d’une visite à l’Insep, en janvier 2009, Nicolas Sarkozy avait mis la pression sur les fédérations en insistant sur «la prise en compte d’indicateurs de résultats» pour lier le niveau des subventions à la réalisation d’objectifs. Si la base est fragilisée localement faute de moyens, certaines disciplines, moins tournées vers le haut niveau (sorte d’obsession présidentielle), risquent donc de payer l’addition deux fois.

Dans Sarkozy côté vestiaires, Roselyne Bachelot fait cette remarque cruelle en parlant de son patron:

«C’est vrai qu’il dit “j’aurais aimé être ministre des Sports”. Mais je crois qu’il dit ça comme on dit “J’aurais rêvé d’être patron de bistrot.” C’est un gag. Il ne parle jamais de politique sportive. Au fond, je ne suis pas sûre que cela l’intéresse. Ce qui lui plaît, ce sont les événements sportifs et les champions. Il est comme un gamin qui a l’occasion de rencontrer Zidane!»

Peut-être a-t-elle presque tout dit, avec son humour habituel…

Yannick Cochennec

A voir aussi, notre diaporama Grand Format sur le président et le sport.

Yannick Cochennec
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