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Pour Tous Ceux Qui Se Son Fait Bloqué Par Facebook :(

Vincent Glad, mis à jour le 25.09.2013 à 11 h 18

Les sites de «likes» se multiplient ces derniers mois et luttent à armes inégales contre Facebook qui cherche à les éliminer.

Monkey like, Mail Chimp, Flickr CC licence by-nd

Monkey like, Mail Chimp, Flickr CC licence by-nd

Petite leçon d'ingratitude du web. Comparons le rapport investissement/fréquentation de deux contenus sur la réforme des retraites.

D'un côté, pris au hasard parmi la production journalistique, un long live-blogging de la manifestation du 2 octobre qui a mobilisé la rédaction de Rue89 pendant toute une après-midi. Verdict: 40.779 visites, (score tout à fait honorable pour un site d'information). Nombre de likes Facebook: 216 (idem).

De l'autre, une simple phrase postée par un internaute anonyme sur le site J'aime ça (qui n'aura coûté qu'une seule journée de développement). Verdict: 46.115 visites. Nombre de likes Facebook: 157.664.

Comment atteindre un tel niveau d'audience pour un coût si faible?

L'astuce du moment s'appelle la «like farm», une ferme de likes, ou pour le dire plus franchement, de l'élevage de likes en batterie. Depuis le printemps dernier, Facebook autorise les sites extérieurs à installer un bouton like qui, une fois cliqué, affiche le fameux pouce levé sur sa propre page Facebook et sur le fil d'actualités de ses amis. Avec un lien vers le site en question.

Le but de Facebook était de développer le partage de contenus: articles, vidéos, sites intéressants...etc. Mais des petits malins ont eu l'idée de lancer des sites permettant aux internautes de créer des phrases (le plus souvent identitaires et générationelles) et d'implémenter sur chaque page de phrase ainsi créée un bouton like, singeant artificiellement les pages fan de Facebook. Les ados rafollent de ces maximes de cours de récré dont ils saturent leur wall Facebook, comme ils colleraient des stickers sur leur sac ou écriraient des petits mots sur leur agenda. (les adultes sont aussi concernés, mais dans une moindre mesure)

Quelques exemples, parmi les pages les plus populaires:

- Si Toi Aussi tu prend Ton temp Quand le Prof Te demande de Changer de Place,

- Sii tOi aussi T'es Du genre a Sourire , Mème si le cOeur est triste :'( ...,

-"Elle a combien d'ex elle? - J'sais pas, bha y'a combien d'gars dans le lycée?",

- On a tous failli embrassé quelqu'un sur la bouche en lui fesant la bise :)

Toutes ces pages qui ne proposent aucun autre contenu que leur intitulé dépassent les 100.000 likes quand la (pourtant excellente) page fan de Slate plafonne à 8.650 likes.

Pour récupérer une partie de ce fructueux trafic, de nombreux sites se sont créés ces derniers mois. Les jeunes Français ont de nombreux choix pour liker entre potes après la manif'. Notez une certaine redondance dans les noms:

- JaimeJaime.info

- On aime

- Je like

- J'aime ça sur FB

- Nous

- 7 ou 9

- 123jaime.info

- Jaime-facebook.info

 

- Facebookjaime.com

- Like Is Like

- Blague d'un jour

- Jolis mots

- Depoz

...

Pour lancer un tel site, un ou deux jours de développement suffisent. Il faut néanmoins prévoir des serveurs solides car la fréquentation peut exploser très vite et ce, sans aucune publicité.  Il suffit d'avoir un ado infiltré et de lui demander de liker quelques pages qui apparaissent ainsi dans le fil d'actus de ses amis. L'incroyable effet viral de Facebook prend alors la relève et c'est parti pour une audience qui peut monter en France à 300.000 visiteurs/jours (chiffre revendiqué par On aime bien). Exemple avec les statistiques (Google Analytics) du site J'aime ça du lancement le 7 septembre au déclin mi-octobre:

Malgré une audience très conséquente, ces sites ne font que récupérer à la marge l'audience des like Facebook. Quand un utilisateur veut liker une page, Facebook lui propose de cliquer sur 4 boutons différents:

Pour liker, il faut cliquer sur "J'aime ce lien", ce qui affiche en retour le même lien sur son propre wall. Le bouton "J'aime" ne fait qu'approuver le like de l'ami. Ces deux clics —de loin les plus fréquents– ne rapportent aucune page vue aux «link farms». Certains utilisateurs (par erreur ou par choix) cliquent parfois sur l'intitulé de la page ou sur le nom du site qui l'héberge. C'est là que les J'aime ça et autres 123jaime.info font leur trafic.

Quand Facebook bloque, l'audience s'effondre

Sans l'avoir jamais souhaité, Facebook se retrouve avec un ecosystème de sites qui tentent de vampiriser l'audience de ses pages like natives —ces sites remplissant exactement la même fonction, afficher une part de son identité à ses amis. Facebook n'a pas souhaité répondre à nos questions mais il apparaît évident que le réseau social a lancé une guerre contre ces sites en les bloquant un à un. Sans parvenir à endiguer le phénomène, à la manière des maisons de disques qui font retirer les liens frauduleux Rapidshare juste avant que quelqu'un remette le même disque en ligne.

Facebook a la capacité de bloquer toute intégration d'un bouton like sur un nom de domaine. En France, plusieurs sites, comme J'aime ça, All the like ou Moi j'aime ça !!, ont vu leur audience s'effondrer d'un coup quand l'entreprise américaine a décidé de sévir (voir graphique plus haut). Une fois que le like est bloqué sur le nom de domaine, soit le site renonce, soit il change d'URL en espérant que la patrouille ne le rattrapera pas. C'est ce qu'a tenté Benoît Lanselle, 24 ans, qui a transformé son moijaimeca.fr en moijaimeca.eu pour contourner la censure. Manque de chance, 9 jours plus tard, Facebook bloquait son nouveau nom de domaine. La fois de trop: «ce n'est pas rentable de toujours devoir racheter une URL», explique-t-il.

Des «spammeurs»

D'autres comme Nous ont recours à des techniques de sioux pour échapper au sécateur Facebook. Selon la page visitée, le nom de domaine change du tout au tout: 170864h0.aime7.eu, 17087bh0.aime0.eu, 170862h0.aime8.eu... etc. «J'ai également vu un site qui avait recours à des adresses du raccourcisseur d'URL de Google, goo.gl. De telle sorte que Facebook avait des difficultés pour blacklister le site sans blacklister Google», raconte Hervé Delvaux, programmeur de la société belge Webadev qui a lancé J'aime ça. Des techniques qui n'améliorent pas l'image des «like farms» qui ont été taxées de «spammeurs de nos fils d'actualités» par le site Business Insider.

En retour, les «like farms» sont confrontés à l'autisme de Facebook, avec qui ils préféreraient pouvoir discuter plutôt que de se prendre un mur sans aucune explication. Sur les forums, les développeurs sont démunis, ne trouvant aucun interlocuteur de chez Facebook pour leur expliquer la raison de leur blocage. Ultime humiliation: ils ne peuvent même plus envoyer l'adresse de leur site à leurs amis. Voilà ce qui apparaît dans la messagerie Facebook:

Ces sites qui gagnent pour l'instant modestement leur vie (d'une centaine à quelques milliers d'euros par mois) ont-ils un avenir? Oui, à condition qu'ils coupent le cordon avec la mère nourricière Facebook. Le réseau social a mis en lumière une tendance de fond du web jeune —le besoin de marqueurs identitaires, de tatouages 2.0— dont il est possible de tirer partie différement. C'est ce qu'a bien compris David Wong, 21 ans, créateur de On aime bien:

«Vie de merde a eu une belle carrière. J'imagine qu'On aime bien et tous les sites du genre pourraient rêver du même parcours à condition de se détacher le plus possible de Facebook et de leurs caprices. C'est ce que j'essaye de faire actuellement avec On aime bien où j'essaye de pousser les utilisateurs à voter sur le site, et non pas via Facebook».

Transformer les «like farms» en Vie de merde version positive, c'est sans doute la bonne idée pour sortir de l'hostilité de Facebook. Des sites existent déjà sur ce modèle, comme Tu sais que. L'audience est plus difficile à construire sans la viralité du réseau social. Par ailleurs, l'identité numérique des jeunes étant concentrée sur leur page Facebook, pourquoi iraient-ils liker dans un autre lieu où leur photo n'apparaît même pas? Un like en anonyme n'a pas du tout le même sens qu'un like qui apparaît sur Facebook et rajoute une petite pierre à la construction de l'identité. 

Nous aussi à Slate, on a décidé de profiter du phénomène. Dorénavant, on titrera identitaire (en la matière, seul le titre compte):

- L'affaire Woerth-Bettencourt va-t-elle voir du pays? sera retitré Pour Tous Ceux Qui Aimerait Avoir 1 Ile A Eux Tous Seul Comme Liliane \o/

- La jeunesse a toutes les raisons de manifester sera retitré Si cette page atteint 1 millions de Fans, Sarko On aura ta peau !!!!

- La fellation, banale mais toujours fascinante sera retitré Sii T0i aussi T'a deja mis les Dents sans Faire Exprés ;)

Vincent Glad

Illustration: Monkey like, Mail Chimp, Flickr CC licence by-nd

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