Sports

Football: Etats généraux pour sport dégénéré

Yannick Cochennec, mis à jour le 27.10.2010 à 15 h 52

Le chantier le plus urgent du football, ce n'est pas le fonctionnement de la Fédération française, mais plutôt la régulation financière quasi-inexistante dans ce sport.

Photo: Lors de Bordeaux-Olympiakos le 17 mars 2010, REUTERS/Regis Duvignau

Photo: Lors de Bordeaux-Olympiakos le 17 mars 2010, REUTERS/Regis Duvignau

Nicolas Sarkozy les avait décrétés dans l’émotion immédiate du naufrage de l’équipe de France lors de la Coupe du Monde en Afrique du Sud, les voici arrivés: les états généraux du football organisés à l’Insep, les 28 et 29 octobre.

Contrairement à Jacques Chirac, président comblé avec une Coupe du Monde et un Euro à «son palmarès» sans oublier une autre finale mondiale en 2006, Nicolas Sarkozy, qui aime le ballon rond bien plus que son prédécesseur, est allé, en effet, de déboires en déboires avec cette équipe de France qui ne lui aura offert aucune bouffée d’oxygène sur le plan intérieur. Bien au contraire. D’où l’idée de ces états généraux décidés d’en haut et à la hâte.

Qu’en attendre? Pas grand-chose, si ce n’est rien, dans la mesure où ils ne devraient déboucher sur aucune décision concrète. Au moins a-t-on échappé à l’appellation de Grenelle du football.

Le rôle de l'Equipe

Voulant apporter sa part au débat, L’Equipe a publié, samedi 23 octobre, un livret qui recensait «101 propositions pour le football français» et émanait de 83 contributeurs aussi divers que Frédéric Antonetti, l’entraîneur du Stade Rennais, Jean-Claude Gaudin, le maire de Marseille, Etienne Mougeotte, directeur de la rédaction du Figaro, et Alain Minc, conseiller aux multiples casquettes. Car d’une certaine manière, sans le vouloir, L’Equipe est aussi à l’origine de ces états généraux. Sans sa fameuse Une mettant en exergue les déclarations supposées de Nicolas Anelka à l’adresse de Raymond Domenech, il n’y aurait pas eu de grève des joueurs à Knysna et donc pas de scandale et donc pas d’états généraux. La France aurait été éliminée sans autre forme de procès. Chacun aurait tiré une simple conclusion: mauvaise équipe, mauvais résultat.

Fallait-il aller plus loin? Non.

C’est le problème de ces états généraux et Michel Platini, sollicité par l’Equipe dans le cadre de ces «101 propositions», le résume bien en refusant de se mêler au débat:

«La fédération marchait bien et puis, d’un coup, pour un épisode fâcheux et des résultats médiocres, il faudrait tout changer, revoir le mode de fonctionnement de la FFF. Je ne vois pas pourquoi, et pas davantage le rapport entre des joueurs qui ne descendent pas d’un bus et le football amateur, et je ne sais pas s’il faut faire des états généraux pour cela. (…) J’ai participé en son temps à la commission Sastre. J’ai donné.»

Président de la Fédération Française de Football de 1972 à 1984, Fernand Sastre avait accepté, en 1989, de présider une mission initiée par Roger Bambuck alors ministre de la Jeunesse et des sports à une époque, tiens, tiens, où l’équipe de France s’étiolait (non qualifiée pour l’Euro 88 et la Coupe du Monde 90). Dans son rapport final, ladite commission avait prôné une restructuration de la FFF, un contrôle de la gestion des clubs, un aménagement de la politique de formation et… un renforcement de l’éthique. Tout ce que suggèreront et répèteront les états généraux à venir. L’histoire est décidément un éternel recommencement et l’on peut comprendre la lassitude de Michel Platini.

La FFF a eu des résultats

Guy Drut, l’ancien Ministre de la Jeunesse des sports, relève d’ailleurs non sans raison que cette même organisation (la FFF) «a permis à notre équipe d’être championne du monde en 1998 et finaliste en 2006 et qu’à (m)on sens, les structures et l’organisation ne sont pas si mauvaises que cela». Tout en louant l’initiative de ces états généraux, le champion olympique de Montréal conclut «que les meilleures décisions sortent toujours des réunions les plus discrètes».

Car soyons clairs. Le problème est ailleurs et dépasse largement le cadre étriqué de ces états généraux décrétés par un seul homme. Même si on peut lui reprocher sa rigidité avec son refus de toute intervention de la vidéo pour aider l’arbitrage, Michel Platini, le président de l’UEFA, mène le seul combat qui vaille en cherchant à imposer des limites aux montants des salaires et des transferts qui gangrènent tout. Devant le parlement européen à Bruxelles, en 2009, il avait parlé de «menace d’implosion» et expliqué qu’«en football, comme dans l'économie en général, le marché est incapable de corriger ses propres excès et ce n'est pas le président de l'UEFA qui le dit, c'est Barack Obama». Il avait ajouté dans les colonnes de L’Equipe Magazine il y a quelques mois:

 «Je n’ai qu’un credo: que les clubs ne dépensent pas plus d’argent qu’ils en génèrent. Aux ligues nationales de s’occuper des mesures fiscales, des flux financiers, de la centralisation des droits. On jugera les pièces comptables pour voir si, à l’arrivée, les clubs sont à l’équilibre. En Allemagne, ils le sont par essence ; sinon, c’est la relégation. Pas en Angleterre. Autre différence, en Allemagne, un club doit appartenir à 51 % a minima à un Allemand, et ça, j’aime bien. En Angleterre, c’est différent. Moi, j’aime qu’on respecte son identité. De voir les familles royales du Golfe venir s’amuser avec les clubs anglais, ça ne me parle pas.»

Le football, français comme presque tous les autres, est dans le rouge et paraît arrivé à un point de non-retour comme l’a illustré, voilà quelques jours, l’affaire Wayne Rooney, sorte d’écho tellurique au petit tremblement de terre de Knysna. En cette occasion, le football a prouvé qu’il était tombé plus bas que bas et était clairement candidat au suicide.

Après avoir quasiment insulté son club de Manchester United dont il avait stigmatisé «le manque de moyens et d’ambition» en annonçant son départ, Rooney a opéré une volte-face spectaculaire en signant à nouveau pour cinq années supplémentaires avec United pour un salaire estimé à 200.000 euros par semaine alors que le club croule sous les dettes.

«No player is bigger than Manchester United». La devise du club a été clairement et lâchement abandonnée en la circonstance à la stupéfaction des fans, prouvant que le pouvoir était bien désormais dans les mains des agents des joueurs, les maîtres chanteurs de ce sport, et qu’il ne fallait plus compter sur le moindre sens éthique de certains footballeurs, à Knysna, Manchester ou ailleurs. Rooney, qui pourra toujours vanter son amour du maillot, a gagné, le club a perdu.

Plus de régulation... aux Etats-Unis

La NBA, la ligue professionnelle américaine de basket dont le championnat commence cette semaine, vient d’émettre de son côté un bulletin d’alerte qui n’est pas inhabituel outre-Atlantique où les sports américains respectent la règle du salary cap limitant les rémunérations et que voudrait imposer Platini au football européen. La NBA devrait enregistrer des pertes d’environ 350 millions de dollars lors de la saison qui commence. Dans ce contexte, les joueurs vont peut-être se voir proposer des baisses de salaires de 30% qu’ils s’apprêtent à contester. Un lock-out (grève) est en effet possible, mais au moins tient-on compte d’une réalité économique pour négocier. Ce qu’ignore volontairement le football.

C’est de cette folie financière dont il faudrait exclusivement parler aux états généraux du football car d’elle découlent tous les autres problèmes liés notamment aux incivilités des joueurs qui n’ont plus les pieds sur terre. En espérant aussi que ce raout nous apprendra ce qu’il s’est réellement passé en Afrique du Sud et à la mi-temps de France-Mexique. Les mois passent, les livres sortent sans rien nous révéler de neuf et le mystère reste (presque) entier. Peut-être devrait-on finir ce ménage-là avant de phosphorer sur la prétendue dégénérescence de notre football.

Yannick Cochennec

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Journaliste
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