Economie

Le système financier menacé de zombification

Jacques Attali, mis à jour le 25.10.2010 à 18 h 56

Non seulement la crise n'est pas finie, mais en plus de nouveaux nuages s'accumulent à l'horizon, avec notamment le scandale de la titrisation.

Un trader à la Bourse de Bombay, octobre 2008. REUTERS/Arko Datta

Un trader à la Bourse de Bombay, octobre 2008. REUTERS/Arko Datta

Il faut être aveugle pour ne pas voir qu’un nouveau tsunami s’annonce à l’horizon: une nouvelle dépression mondiale est en train de se mettre en place. D’abord, celle déclenchée en 2007 par la crise des subprimes n’a jamais été réglée. Et toutes les actions lancées depuis l’ont été en vain: la baisse des taux d’intérêt n’a pas fait repartir la croissance et n’a fait que nourrir des turpitudes nouvelles, rendant plus facile à supporter l’endettement public, et permettant de retarder les réformes de structures nécessaires. Au total, les banques ont reconstitué leur fonds propres pendant que les contribuables sont de plus en plus endettés et les chômeurs de plus en plus nombreux, et sur des durées de plus en plus longues.

Contrairement au discours dominant, la crise actuelle n’est pas terminée.

Et pendant ce temps-là, la Chine...

Tout cela était prévisible. Tout cela était prévu. Et on assiste bien, avec l’endettement public et la baisse des taux, à l'ultime beuverie annoncée d'alcooliques jurant pourtant tous les jours de devenir abstinents.  

De plus, de nouveaux nuages s'accumulent à l’horizon, avec l’énorme scandale de la titrisation, dont on vient de découvrir qu’elle n’était pas seulement risquée mais aussi frauduleuse; ce scandale commence à peine à être perçu et il provoquera de formidables soubresauts nouveaux, remettant en cause les fondements mêmes du système financier américain, dont la responsabilité dans la crise ne se limite pas à l’imprudence, mais va jusqu’au crime; et dont l’influence sur le système politique américain, y compris sur l’administration Obama, s’est révélée désastreuse.

Face à cela, les principaux pays ont des stratégies divergentes: les Etats-Unis distribuent à l’infini des moyens de paiement, pendant que les Européens empilent les plans d’austérité sans utiliser leurs marges collectives d’emprunts. Les uns laissent filer leur taux de change, pendant que les autres le défendent. Pendant ce temps, la Chine accumule de plus en plus de réserves de change et se prépare à mettre la main sur les plus grands actifs de la planète.

La crise ne peut alors que prendre une nouvelle ampleur: la zombification des banques japonaises menacera le reste du système financier mondial; la consommation ne repartira pas et le chômage grandira, avec les déficits.

Chaque pays, n’ayant plus de marges de manœuvre budgétaire, ne pourra employer les moyens qui, en 2008, ont permis de ralentir la crise, et le G20, toujours aussi vain, restera incapable d’enrayer cette spirale dépressive.

Les pistes de réflexion

En réaction, on assistera —on assiste déjà— dans bien des pays, du Nord, comme du Sud, à une guerre des monnaies pour défendre une maigre croissance en réduisant celle des autres. Elle sera suivie de mesures protectionnistes sur les marchés des capitaux, puis sur ceux des biens et services. Puis d’une hausse des prix des matières premières, forme moderne de l’inflation provoquée par la création monétaire. 

On sait pourtant très bien ce qui est à faire: les Etats-Unis devraient mettre de l'ordre dans leurs comptes par des hausses d'impôts. Les Européens, contraints individuellement de se désendetter pour retrouver des marges de manœuvre, devraient relancer leur machine en se dotant d'une capacité continentale d'emprunt. Les Chinois devraient développer au plus vite leur consommation intérieure et réduire leur taux d’épargne. De grands projets mondiaux, industriels et publics, seuls capables de redonner des fondements sains à la croissance, devraient être lancés et financés par de grands emprunts mondiaux.

Naturellement, rien de tout cela ne sera décidé par le prochain G20 de Séoul. Tout pourrait l’être par celui qui sera ensuite présidé par la France.  

Peut-on espérer qu’on s’y lance sans attendre la catastrophe? On peut encore l’espérer; même si l’Histoire nous apprend que les hommes ne se dépassent que lorsqu’ils sont acculés.

Jacques Attali

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