Une crise déclenchée et entretenue par l’excès de liquidité (2/5)
LA CRISE N'EST PAS FINIE - 2007-2010: voici trois ans que notre économie est en crise. Jean-Hervé Lorenzi, président du Cercle des économistes étudie la période récente et nous livre son diagnostic: pour en sortir, il va falloir régler des problèmes structurels graves.
- Un trader de la Bourse de Frankfort, le 17 août 2007. REUTERS/Kai Pfaffenbach -
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Le mot important est «inutile». Il est impossible de comprendre l’origine de la crise bancaire, l’incroyable créativité en termes de produits financiers totalement désolidarisés de l’économie réelle si nous n’avons pas en perspective cette masse inconnue jusqu'alors, par son ampleur de liquidités auxquelles les banquiers ont trouvé des usages purement financiers. Rappelons des faits bien connus: l’accroissement des réserves de changes ces dernières années, principalement des pays exportateurs de pétrole ou de matières premières et des pays asiatiques, a été effectivement une première dans l'histoire économique mondiale. En effet, les réserves de changes, en un peu moins de cinq ans, ont pratiquement quintuplé. Ceci est à la fois l’illustration et l’origine de l'extraordinaire dynamique de l'économie mondiale, mais surtout de la non stérilisation de ces réserves.
Ces réserves furent essentiellement investies en dettes libellées en dollars américains, d’un montant supérieur à 2.450 milliards de dollars, comme ce fut le cas pour la Chine qui, à elle seule, totalise encore près du quart des réserves de changes mondiales. Les prix des matières premières et du pétrole n’auraient jamais crû ainsi s’ils n’avaient été l’objet de bulles, c’est-à-dire d’argent inutile, puisque nous ne retrouvons pas un niveau d’investissements réels correspondant à cette hausse de prix qui est donc bien, pour partie, spéculative. Bien entendu, de nombreux autres actifs furent de véritables points d’accumulation de bulles permettant ainsi le développement des techniques financières, somme toute assez banales, comme les titrisations. Mais ce qui fut moins banal, c'est que les titrisations, qui en elles-mêmes sont des techniques utiles, n’ont pas été développées pour alléger réellement les bilans des banques et générer des fonds propres permettant ainsi des formes de crédits plus utiles pour les économies. C’est même l’inverse qui s’est produit. Prenons l’exemple le plus incroyable: les banques ont créé, pour relancer les titrisations, des véhicules spécifiques, les SIV (Special Investment Vehicles). Et bien sur certains plans, les SIV furent liés à des titrisations exclusivement investies en CDS (Credit Default Swap) , c'est-à-dire des dérivés de crédit. Cela fut un exemple parfait d’un détournement de procédures.
Le basculement des économies dans la crise fut la conséquence du caractère insensé de cette création de liquidités. Trop de liquidités incontrôlées et largement inutiles entraînèrent à un moment déterminé une véritable panique bancaire, le gel des positions des uns et des autres, la cessation des transactions entre institutions financières prises individuellement, et, au final, une crise de liquidités. Sur ce plan-là, la crise financière actuelle est très originale puisque c’est la première fois que les primes de risques augmentent considérablement avant les défaillances des entreprises. Ceci est le reflet d’une restriction considérable de la liquidité sur les marchés du crédit bien plus qu’une dégradation importante des fondamentaux des entreprises. Ce n’est qu’après, vraisemblablement à la fin du printemps 2008, que les entreprises connurent un véritable choc sur leur trésorerie, puis leur capacité de financement et finalement, par effet systémique, sur leurs carnets de commandes. Ensuite, nous constatâmes une augmentation généralisée des primes de risques dans le secteur des entreprises. Le résultat est connu. Les Etats-Unis et la zone euro plongèrent dans la récession. On pourrait en tirer une conclusion d’évidence: il est désormais prioritaire de repenser complètement le circuit de financement de manière suffisamment efficace, largement non bancaire, pour éviter que cette récession ne se transforme complètement en crise. Pour résumer, la crainte générale est celle d’une transmission de ces difficultés de liquidités au crédit. Cette crainte n’est pas inventée. Il existe un caractère simultané de la baisse de la croissance, de la hausse des faillites et de celle des spreads. Le cycle cumulatif à la baisse est malheureusement en marche. On le remarque notamment dans l’économie américaine qui fut la première victime de l'excès de liquidités. Chacun le sait, l’économie américaine se développa artificiellement par un excès d’endettement de tous les acteurs économiques. Ceci concernait tous les agents: l’Etat fédéral, les ménages via les prêts hypothécaires et donc les banques, et enfin la titrisation des crédits aux ménages ou aux entreprises. Ce mécanisme permit d’auto-entretenir ce cycle d’endettement jusqu’à la crise des subprimes de l’été 2007. »»» LIRE LA SUITE
Jean-Hervé Lorenzi
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3. La dérive des processus et produits financiers
Pour bien comprendre les crises financières telles qu’elles ont pu se développer dans ces trois dernières années, tant celles des subprimes que des dettes souveraines, il faut en prendre le produit le plus emblématique, le plus discutable car il présente des aspects négatifs mais également positifs de cette période d’explosion de la finance. Il s’agit évidemment de la titrisation. Lire la suite
4. Les conséquences des dérives financières
Le résultat de ces excès, de ces risques inutiles, de ces erreurs de conception, ne s’est pas fait attendre. Un monde sans liquidités organisées fait peur, crée ce qui est le cœur de toute crise financière, c’est-à-dire la perte de confiance. Lire la suite
5. Trois points d'inquiétudes
Partie d’un déséquilibre majeur entre l’offre et la demande de biens à l’échelle mondiale, d’un excès d’épargne et d’une explosion de liquidités, la crise n’est aujourd’hui pas finie. Lire la suite













































Je ne crois pas qu'on puisse écarter ainsi, sans même l'examiner, l'hypothèse que le prix du pétrole a dépassé les 140 dollars le baril simplement parce que la production ne pouvait plus satisfaire la demande.
En effet, les géologues de l'école peakiste avait annoncé dès le siècle dernier que la production mondiale culminerait dans la première décennie du XXIème siècle, puis déclinerait inexorablement.
Bien sûr, le château de carte de la croissance financée par le crédit alors que ni les salaires ni les prestations sociales n'augmentent jamais se serait écroulé de toute façon.
Si ce n'avait pas été à cause du pic de pétrole, un autre facteur quelconque aurait servi de révélateur, démasqué l'escroquerie des subprimes, et déclenché la crise de la demande que nous connaissons aujourd'hui.
Mais si je ne me trompe pas, nous verrons bientôt resurgir la crise de l'offre (pas en Europe, au niveau mondial) qui est pour l'instant masquée par la crise de la demande.
Un pétrole très sale et très coûteux. Et les experts assuraient que cet appoint était indispensable pour satisfaire la demande.
Or si je ne me fais aucune illusion sur la cupidité et la stupidité des spéculateurs, je ne leur prête pas le pouvoir de mobiliser des ressources colossales pour extraire du pétrole et le vendre ensuite au prix fort à des acheteurs qui n'en auraient pas besoin, ni ne sauraient où le stocker.
Conclusions :
1) les spéculateurs ont raison de spéculer sur la déplétion pétrolière. Le problème n'a pas surgi de leur imagination, et ils ne l'ont pas créé de toute pièce.
2) la croissance mondiale étant repartie, tirée par les pays émergents, on va bientôt voir les cours du baril exploser à nouveau.. jusqu'à ce que la croissance mondiale s'arrête, puisque rien d'autre ne pourra stopper cette envolée des cours.
La croissance actuelle ne durera donc pas longtemps, et la France n'aura pas le temps d'en profiter
Comme d'habitude, et moins que jamais.
3) s'il y a encore des bombes à retardement inexplosées aussi dangereuses que les subprimes, le scénario de la crise financière pourra très bien se répéter.
A la différence près que cette fois les états, lourdement endettés, ne pourront plus sauver la mise aux traders et autres requins de la finance.
4) Mais ils pourront encore faire ce qu'ils auraient dû faire la dernière fois, c'est à dire sauver les banques et elles seules, pas les traders, en les nationalisant, et à leur vraie valeur : un Euro symbolique.
5) reste quand même le grave problème de société qui se cache derrière tout cela :
Avec des ressources non renouvelables en déclin rapide, des ressources renouvelables surexploitées, et des gains de productivité du travail qui eux n'ont aucune raison de cesser puisqu'ils ne dépendent que du progrès de la science et des techniques, le maintien de la répartition actuelle du travail ne pourra conduire qu'à une nouvelle explosion, insoutenable, du chômage.
Ce n'était vraiment pas le moment de retarder les départs en retraite des vieux, alors que les jeunes attendaient déjà depuis si longtemps que les places se libèrent enfin.