Economie

La guerre des monnaies, dernière étape de la crise

Jean-Hervé Lorenzi

LA CRISE N'EST PAS FINIE - 2007-2010: voici trois ans que notre économie est en crise. Jean-Hervé Lorenzi, président du Cercle des économistes étudie la période récente et nous livre son diagnostic: pour en sortir, il va falloir régler des problèmes structurels graves.

Un trader de la Bourse de Frankfort, le 17 août 2007. REUTERS/Kai Pfaffenbach

Un trader de la Bourse de Frankfort, le 17 août 2007. REUTERS/Kai Pfaffenbach

Les débats économiques sont parfois simplistes et décalés par rapport à la réalité. C’est ainsi que nous avons passé les six derniers mois à écouter des débats stériles pour savoir si nous étions confrontés à une reprise franche, à une reprise molle, ou à une rechute (le fameux «double-dip»). Les analystes, en début d’année, regardaient avec optimisme la forte croissance aux Etats-Unis et les signes d’accélération de l’Allemagne, et évoquaient le risque d’inflation; aujourd’hui ils se concentrent sur le freinage de la croissance américaine et le risque de déflation. Ceci illustre la confusion qui est faite entre un cycle économique normal et la crise que nous vivons, c’est-à-dire un certain nombre de dérèglements fondamentaux de l’économie mondiale.

L'économie est toujours déréglée

En réalité, un certain nombre d’évolutions sont du domaine du prévisible. La crise est loin d’être finie, comme le montrent l’insolvabilité croissante des ménages aux Etats-Unis ou en Espagne, la taille des déficits publics, le niveau du chômage, etc., et ceci implique que le scénario le plus probable est celui d’une croissance molle et durable dans les pays de l’OCDE.

Mais sortir de cette croissance molle imposerait d’être capables de résoudre un certain nombre de problèmes structurels graves (le surendettement des ménages et des Etats, la recherche de rendements anormalement élevés du capital, les transferts massifs d’activités et des capacités de production des pays de l’OCDE vers les pays émergents) et d’éviter les dangers liés aux faux remèdes qui ont été mis en place (l’expansion non maîtrisée des liquidités à l’échelle mondiale, conduisant à la volatilité dramatique, à nouveau, des prix des matières premières, aux flux de capitaux déraisonnables vers les pays émergents).

Alors, on peut dire aujourd’hui sans risque de se tromper que nous sommes encore dans des dérèglements de l’économie mondiale qui sont le synonyme de crise. Pour cela, parmi de nombreux autres, un indicateur permet de comprendre à quel point il y a comme une impossibilité de réguler l’économie mondiale. En effet, les bilans des banques centrales attestent de ces difficultés rémanentes. En janvier 2007, le bilan de la BCE était de 900 milliards d’euros tandis que celui de la FED approchait les 1.200 milliards de dollars. En 2010, le bilan des deux banques centrales majeures ont doublé pour atteindre 1.971 milliards d’euros pour la BCE et 2.300 milliards de dollars pour la FED, comme le montre le graphique ci-dessous.

Source: Bloomberg

Jusqu’à mi-septembre 2008, l’allocation des actifs des banques centrales avait progressivement évolué vers des opérations de refinancement de maturité croissante. Le 15 septembre 2008, la faillite de Lehman Brothers amorce une seconde phase, dont nous ne sommes pas réellement sortis, avec la reprise d’actifs financiers complexes non liquides par les banques centrales. Pourquoi? Parce que les actifs financiers au bilan des banques apparaissaient difficiles sinon impossibles à évaluer. Des milliards d’euros de produits structurés ne valant plus rien grevaient les bilans des banques qui ne se prêtaient plus entre elles. La titrisation avait aggravé la situation en réunissant au sein de mêmes produits structurés, des actifs  de qualité et d’autres dépréciés, empêchant la lecture transparente des bilans des banques.

La principale inquiétude réside aujourd’hui dans le fait que le bilan des banques centrales n’a presque pas évolué depuis cette défaillance. L’intervention des banques centrales fut d’abord une solution d’urgence pour soutenir un secteur financier indispensable au financement de l’économie. Or, ces interventions n’ont que partiellement relancé la liquidité interbancaire. Les banques centrales n’ont encore d’autre alternative que de conserver les actifs dépréciés. Cela nous montre que la crise risque de se prolonger, car les banques, une fois leurs fonds propres reconstitués, devront apurer leur passif auprès des banques centrales pour que l’activité interbancaire reprenne. Or, ceci est une condition sine qua none à la reprise d’une croissance vigoureuse. Plus fondamentalement, la logique des évènements 2007-2010 fut unique, liée à un déséquilibre de l’économie réelle. Certes, les chocs financiers furent divers, mais ils procédaient tous d’une même raison, l’abondance de liquidités et sa conséquence: le surendettement des ménages et des Etats. »»» LIRE LA SUITE

Jean-Hervé Lorenzi


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Jean-Hervé Lorenzi
Jean-Hervé Lorenzi (9 articles)
Président du Cercle des Economistes
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