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Existe-t-il des ressources naturelles complètement épuisées?

Brian Palmer, mis à jour le 26.10.2010 à 11 h 00

Oui et non.

Chinese Gold Miners

Chinese Gold Miners

La Chine a réduit ses exportations de terres rares vers le Japon, l’Europe et les Etats-Unis. Un véritable revers pour les industriels spécialisés dans les nouvelles technologies, notamment pour le secteur des éoliennes et des systèmes de guidage de missiles. La République populaire de Chine, qui produit plus de 90% de ces métaux terreux rares, affirme que ses réserves risquent de s’épuiser d’ici 2030. Naturellement, certaines espèces végétales et animales se sont éteintes. Des ressources minérales qui étaient à un moment donné présentes sur (ou plutôt sous) terre ont-elles disparu?

La persistance des infimes quantités

Oui, en quelque sorte. Selon le United States Geological Survey (Institut d’études géologique des Etats-Unis), nous ne disposons plus de réserves de cryolithe, un minéral qui sert à la fabrication de l’aluminium. La dernière mine de cryolithe en activité, située au Groenland, a fermé dans les années 80. Aujourd’hui, les industriels sont obligés d’en produire artificiellement.

Mais cette ressource n’est pas pour autant totalement inexistante. Quand on fait référence aux réserves naturelles d’un minerai, en général, on ne considère pas les infimes quantités de cette ressource que renferme encore le sous-sol. On s’intéresse uniquement aux gisements exploitables au vu de leur valeur marchande et de leur coût d’exploitation. Sur la planète, des veines de cryolithe serpentent encore ici et là. Mais il y en a trop peu pour justifier le coût d’une exploitation minière compte tenu des cours actuels de cette matière.

L'importance des technologies d'exploitation

Dans la mesure où la disponibilité d’un minéral dépend de sa valeur actuelle ainsi que de la technologie nécessaire à son exploitation, la taille des «réserves connues» d’une ressource donnée peut tout à fait augmenter. C’est d’ailleurs arrivé dans le cas des minéraux les plus demandés sur les marchés mondiaux. Par exemple, en 1950, le US Geological Survey avait estimé les réserves mondiales de zinc à 77 millions de tonnes. Pourtant, la prospection et l’amélioration des techniques d’exploitation ont permis de mettre au jour plus de 293 millions de tonnes de ce métal sur les 50 années qui ont suivi. En 2000, le gouvernement américain a annoncé que les réserves de zinc n’atteignaient pas moins de 209 millions de tonnes. Les réserves d’étain, de minerai de fer et de plomb ont toutes connu un accroissement. En 1970, des chercheurs avaient conclu que le pétrole ne durerait pas plus de 30 ans. En 1990, on avait gagné 40 ans – une estimation encore valable aujourd’hui. Bien qu’un grand nombre de spécialistes affirment que le pétrole risque un jour de ne plus être commercialement viable, rares sont les professionnels persuadés que tous les puits auront tari d’ici 2050.

Un vieux débat

Autrefois, l’épuisement des ressources était au cœur des débats entre économistes. En 1798, Malthus prédit une pénurie des ressources agricoles qui entraînera des famines et l’extinction de populations entières. En 1895, William Stanley Jevons explique que la Grande Bretagne ne tardera pas à manquer de charbon, ce qui provoquera un effondrement de son économie. De nombreux conjoncturistes lui emboitent alors le pas dans ces prédictions alarmistes.

De nos jours, cependant, l’idée de l’épuisement total d’une ressource naturelle n’est plus aussi effroyable. Sur l’essentiel du 20ème siècle, les cours du charbon et du pétrole sont restés plutôt stables. Quant au prix des minéraux (valeur réelle en dollars), il a chuté, signe de la confiance générale par rapport à leur disponibilité à long terme. La plupart des experts partent du principe que l’homme continuera de découvrir de nouveaux gisements et de mettre au point des produits de substitution pour les ressources qui se raréfient véritablement. Et puis, bien plus que le fait de consommer notre dernier bidon d’essence ou d’extraire le dernier kilo de cuivre, ce sont les risques écologiques et géopolitiques liés à l’extraction des ressources dont on s’inquiète.

Alors, vers qui ou quoi le monde devra-t-il se tourner si la Chine ne vend plus ses métaux terreux rares pour cause d’épuisement? Eh bien, il existe des gisements de terres rares en Californie (bien que la région ait cessé sa production dans les années 90, lorsque la Chine s’est mise à extraire ces minéraux avec plus de rentabilité). Enfin, la lune renferme des terres rares que l’on pourrait bien exploiter un jour (pas avant un siècle ou deux, toutefois) au moyen d’une forme d’ascenseur spatial.

Brian Palmer

Traduit par Micha Cziffra

Photo: Chinese Gold Miners, wikimedia.

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