Monde

Rigueur outre-Manche: manifestations à la française ou Tea Party?

June Thomas, mis à jour le 22.10.2010 à 12 h 32

La violente cure d'austérité à la mode Cameron cible les plus pauvres des Britanniques et prévoit une augmentation des impôts. Qui descendra dans la rue?

REUTERS/David Moir

Dans un club du nord de l'Ecosse, le 19 octobre, un homme écoute le discours de Cameron sur les coupes budgétaires. REUTERS/David Moir

Dire que le discours que vient de prononcer George Osborne, ministre britannique des Finances devant la Chambre des communes était «très attendu» relève, au minimum, de la litote. Peu après la victoire des Conservateurs et l’alliance avec le Parti libéral-démocrate de mai dernier,  Osborne avait annoncé qu’il prévoyait de réduire le budget de l’Etat de 130 milliards de livres, et qu’il présenterait les grandes lignes de son projet le 20 octobre – ce qu’il vient précisément de faire. cette imminente «revue complète des dépenses publiques» avait conditionné les premiers mois d’exercice du nouveau gouvernement de coalition.

Et de fait, les coupes budgétaires sont massives (pour plus de détails, lire ce résumé sur le site de la BBC), mais les médias s’y attendaient; depuis cet été, ils tentaient de prédire quelles seraient les principales victimes du plan de rigueur. Nombre de journalistes ont donc préféré parler de la stratégie du projet plutôt que de son ampleur. «C’est un truc vieux comme le monde: on inonde les médias de rumeurs effrayantes quelques semaines avant l’annonce du ministre… De cette manière, George Osborne peut démentir tous ces on-dit le jour de la présentation du projet – et abracadabra! Le Père Fouettard se transforme en Père Noël», écrit ainsi Jackie Ashley dans les colonnes du Guardian.

D’autres chroniqueurs du Guardian (quotidien de gauche) affirment que le gouvernement a manifestement décidé de s’en prendre aux plus faibles. «C’est un calcul politique froid et sans pitié: la coalition a plus intérêt à s’en prendre aux plus pauvres et aux plus faibles (en réduisant les aides sociales) qu’à attaquer la classe moyenne ou les puissants», écrit ainsi Jonathan Freeland. Osborne aurait selon lui également réussit à «apaiser des fractions plus importantes de son électorat», comme les personnes âgées, entre autres groupes susceptibles de protester en jouant sur la corde sensible de la population. C’est également l’avis d’Aditya Chakrabortty; selon lui, «la stratégie du plan de rigueur [d’Osborne] consiste à viser les pauvres en priorité» pour minimiser le risque d’attirer sur lui les foudres des groupes qui jouissent d’une grande influence politique, ou qui savent comment faire pression sur le gouvernement.

Les hommes politiques préfèrent les forts aux faibles – et ce depuis l’âge des cavernes. Mais nous assistons aujourd’hui à la montée en puissance de ceux qui savent se faire entendre. Les plus intelligents des contestataires ont rejoint les riches sur la liste des groupes les plus épargnés par les mesures d’austérité. Le Daily Mail (quotidien conservateur) a approuvé les réductions visant «le budget hypertrophié des prestations sociales», mais semble regretter que le gouvernement ait augmenté les budgets de l’aide internationale et de la lutte contre les changements climatiques.

Les scientifiques spécialistes du climat et les travailleurs de l’aide internationale ne défilent pas souvent dans les rues, et les élections britanniques sont financées par l’Etat. Mais le réchauffement climatique et les enfants affamés déchaîneront toujours plus les passions de la classe moyenne du centre de l’Angleterre que les bénéficiaires des aides sociales.

Ceci dit, les chômeurs sont libres dans la journée – et ils savent désormais que l’argent va aux plus remuants. Une culture de la manifestation va-t-elle naître en Grande-Bretagne – semblable à celles que l’on peut observer en Argentine et en France? A moins que les prochaines augmentations d’impôts (le plan d’austérité ne compte que pour trois quart du projet de réduction du déficit; les impôts devront apporter le reste) ne fassent naître des Tea Party à la britannique?

June Thomas

Traduit par Jean-Clément Nau

June Thomas
June Thomas (19 articles)
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte