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A la recherche des «1.300» casseurs

Lors des manifestations à Lyon, le 19 octobre 2010. REUTERS/Robert Pratta

Lors des manifestations à Lyon, le 19 octobre 2010. REUTERS/Robert Pratta

A l'issue de la manifestation de mardi, 79 personnes ont été arrêtées, dont 59 mineurs. Au final, 15 comparutions immédiates, trois condamnations à de la prison ferme, mais sans mandat de dépôt.

En une semaine, plus de deux cents jeunes ont été interpellés à Lyon, dont 79 lors des émeutes aux «1.300 casseurs» de mardi. Un tiers environ serait «défavorablement connus des services de police», affirme la préfecture. Deux jours plus tard, ces fauteurs de troubles aguerris étaient introuvables.

Jeudi dernier, la préfecture du Rhône ne parlait encore que de «jeunes auteurs de dégradations volontaires et d’outrages». Vendredi, le terme de «casseurs» apparaissait dans la communication officielle. Il ne l’a pas quitté, avec des variantes: «bandes criminelles organisées» pour le député communiste André Gerin, «voyous, pilleurs, caillasseurs» selon le ministre de l’Intérieur Brice Hortefeux, à Lyon mercredi, «prédateurs», pour le député UMP Philippe Meunier, qui a proposé d’expulser les casseurs de «nationalité étrangère».

La journée de mardi, où les violences ont culminé, a été celle des «1.300 casseurs» répertoriés par les forces de l’ordre. Bilan: 79 arrestations, dont 59 de mineurs, 65 gardes à vue. Le «phénomène de guérilla urbaine», décrit par le directeur départemental de la sécurité publique a laissé 6 voitures incendiées, une vingtaine retournées, et 9 magasins pillés. Des dégâts importants, mais relatifs: dans l’agglomération lyonnaise, le seul soir de l’élection de Nicolas Sarkozy, le 6 mai 2007, 54 véhicules avaient été brûlés et une vingtaine de vitrines de magasins brisée.


Manif 6 mai Lyon
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Le profil des casseurs? Essentiellement des gamins des cités, qui communiquent par SMS et via les réseaux sociaux, cassant pour «se faire entendre», mais dont le discours politique se résume à une détestation de la police et de la personne de Nicolas Sarkozy. Les retraites? Pas plus que ça, sinon à intégrer dans un ras le bol général. Des bandes de dix, quinze, vingt jeunes encouragés par un fan-club plus ou moins actif de garçons et filles, aussi comptabilisés dans les rangs des «casseurs».

«Ils commettent des délits par jeu», a expliqué au micro de France Inter Marc Désert, procureur de la République de Lyon, qui admettra jeudi que, parmi les interpellés, les multirécidivistes étaient en fait peu nombreux.

Où sont donc ces casseurs? Où sont ces membres de «hordes cagoulées» qui ont fracassé et pillé en quelques secondes une boutique du centre-ville, vus et revus sur une vidéo amateur postée sur Internet (accès restreint par YouTube aux plus de 18 ans)?

Les avocats spécialisés dans la défense des mineurs disent n’avoir eu à connaître qu’une grosse moitié des 59 interpellés, et pour des faits sans grande gravité. Que sont devenus les autres? Quelle réponse pénale a-t-elle été apportée? «Le procureur de la République ne communique plus», fait-il savoir par son secrétariat.

«Les vrais casseurs, on ne les verra pas»

Du côté des majeurs, seulement 15 jeunes, parmi ceux arrêtés lors de la journée aux «1.300 casseurs» ont été présentés mercredi et jeudi en comparution immédiate, au terme de 24 à 48 heures de garde à vue. Une «procédure d’exception et d’urgence», a rappelé le parquet, normalement réservée aux cas graves, mettant en péril l’ordre public. Dans le box: un gamin un peu déstructuré, déjà condamné pour un vol avec dégradation. Un autre avait écopé d’une peine de travaux d’intérêt général. Pour le reste, aucun n’était connu de la justice. Des lycéens sans histoire, de jeunes travailleurs ou demandeurs d’emploi avec une famille, des étudiants vaguement «alter». L’aspirant comédien, inscrit en fac d’anthropologie, qui a taggué le socle de la statue de Louis XIV, place Bellecour. La lycéenne, pour avoir enflammé une poubelle. Le doctorant en mathématique, qui a lancé des pierres sur les forces de l’ordre. La quasi-totalité a reconnu les faits reprochés. Et plus de filles que «d’habitude», comme l’assure le procureur? Comme sur le reste dans cette histoire, tout est flou dans la parole des autorités. Ce qui est sûr, c’est que deux filles seulement ont été présentées devant le tribunal en comparution immédiate. 

Sur l’ensemble de ces dossiers, un seul fait mention d’un préjudice physique: un policier de la BAC, atteint par un pavé à la cheville, qui lui a valu 1 jour d’ITT. Seules trois condamnations à de la prison ferme: un mois pour la lycéenne, trois mois pour l’auteur du jet de pierre qui a touché le policier, trois mois pour un voleur de sac à main qui s’est retrouvé, avec un comparse, dans le sac des casseurs, rubrique violence urbaine. Aucun mandat de dépôt. Ils sont tous ressortis libres. «Il n’y pas de matière dans ces dossiers», explique Me Eric Dumoulin, avocat de la défense. «Les lycéens, les étudiants lambda se sont fait cueillir comme des fleurs. Les vrais casseurs, on ne les verra pas.» Le chef de l’Etat aura beau assurer qu’ils «seront arrêtés, retrouvés et punis», ce ne sera pas facile.

Sandrine Boucher

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