Guerlain: les effluves d'un temps mauvais
Les propos sur les «nègres» de Jean-Paul Guerlain ont une valeur symbolique qui nous conduisent à prendre la mesure de la lutte contre toutes les barrières mentales les plus rétrogrades qu’il faut encore poursuivre.
- L'abolition de l'esclavage dans les colonies françaises en 1848, huile sur toile (Salon 1849) d'Auguste François Biard. Château de Versailles. -
Les propos de Jean-Paul Guerlain à l’égard des «nègres», et de leur ardeur relative au travail, pourraient relever du racisme ordinaire. Celui qui s’accompagne toujours, de la part de son auteur, du prétexte fallacieux de la mauvaise plaisanterie.
Mais, en fait, venant d’un chef d’entreprise dont la marque est mondialement connue et dont l’image est celle du raffiné, de la délicatesse et du beau, cette déclaration déconsidère, sans doute Guerlain en tant que personne, mais aussi la firme elle-même. Car elle claque comme une insulte à l’égard de tous les Africains ramenés là, comme aux temps anciens, à une race inférieure, sans doute joyeuse mais inapte au travail, et à un continent condamné au sous-développement ou à la dépendance, à une civilisation dont la culture serait celle de l’oisiveté!
Les barrières mentales les plus rétrogrades
Mais le propos frappe aussi tous nos concitoyens noirs rappelés à leur «négritude», celle de leurs ancêtres, esclaves le plus souvent, dont le travail était précisément leur seule valeur marchande.
Je pense aujourd’hui à tous ces jeunes soumis, par leur couleur de peau, aux discriminations pour la recherche d’un emploi. Les voilà, par la bouche même d’un chef d’entreprise, une nouvelle fois floués, repoussés, écartés. Terrible distillation que celle de la discrimination.
Effluves d’un temps mauvais, cette affaire, qui n’a pas dans un premier temps soulevé de tempête médiatique, mérite pourtant que l’on s’y arrête. Non pas pour condamner un homme, mais pour prendre conscience de ce que peuvent ressentir, dans un pays comme le nôtre, où la promesse républicaine est tant de fois brandie, de nombreux Français qui, chaque jour, s’efforcent par leur labeur, leur imagination, leur talent à être pleinement des citoyens. Et qui ressentent l’humiliation d’être regardés comme différents, distincts et, pour tout dire, à part.
Voilà pourquoi cet incident n’en est pas un. Il a une valeur symbolique, et il nous conduit à prendre la mesure de la lutte contre toutes les barrières mentales les plus rétrogrades qu’il faut encore poursuivre.
Monsieur Guerlain s’est excusé, et c’était bien le moins! Mais je forme le vœu que la firme qui est associée à son patronyme répare les propos de son ancien dirigeant, en se montrant plus qu’exemplaire en matière d’embauches, de promotions et de reconnaissance envers ses salariés, qui ont pu être blessés par ses mots; et que Guerlain réfléchisse à un prochain parfum qui porterait le beau nom d’«Egalité».
François Hollande
Mis à jour le 21/10/2010 à 15h50















































Il est vraiment inquietant qu'un homme politique de cette envergure puisse faire preuve d'un telle imprecision dans son analyse. Esperons que les raisonnements politiques de monsieur Hollande font preuve de plus de rigueur.
De plus, monsieur Hollande semble se complaire a declarer que l'image de Guerlain-LVMH est ternie et qu'il faut etre mefiant a son egard. Monsieur Hollande oublie t il que le luxe est la seule industrie francaise qui cree encore des emplois en France et qu'il faudrait la soutenir au lieu de la denigrer?
L'anti-racisme n'empeche pas d'etre honnete et raisonnable dans ses propos. La solution au racisme est dans le dialogue et la prevention pas dans la caricature et le boycott. (ou la repression)
J'ajouterai que toutes les entreprises du CAC40 ont fait de la diversité leur slogan au moins officiellement, parce que à moins de ne vouloir vendre que dans leur arrière cour et à leurs cousins, elles sont bien obligées pour être mondiales d'accepter l'idée que c'est de la différence que peuvent naître leurs profits. Je ne suis pas certain que la société Guerlain va baptiser un parfum "Liberté" :-), mais je suppose que tout le service de comm est en train de chercher ce qu'ils pourraient faire pour compenser la prestation désastreuse du dernier héritier de la famille et le neutraliser définitivement.
Fallait-il en rajouter en intervenant comme l'a fait Monsieur Hollande? Oui, et j'espère qu'il ne sera pas le seul. Parce que la classe politique française entre les déclarations de Monsieur Hortefeux http://www.20minutes.fr/article/346577/Politique-Brice-Hortefeux-pris-en-flagrant-delit-de-derapage-s.php ou de Madame Morano http://www.lepost.fr/article/2009/12/16/1842904_nadine-morano-derapage-ou-emballement.html donnait déjà l'impression que le racisme ordinaire était devenue une composante de l'identité française. Et si ça continue, ce n'est pas seulement la société Guerlain qui va avoir du mal à exporter, mais toutes les entreprises qui commercialisent des produits associés à la France.