Monde

Deauville, un sommet en 3D

Daniel Vernet, mis à jour le 21.10.2010 à 9 h 01

La réunion tripartite Berlin-Paris-Moscou a été marquée notamment par le soutien d'Angela Merkel et Nicolas Sarkozy à Dmitri Medvedev.

Angela Merkel, Nicolas Sarkozy et Dmitri Medvedev. REUTERS/Eric Feferberg/Pool

Angela Merkel, Nicolas Sarkozy et Dmitri Medvedev, le 18 octobre 2010 à Deauville. REUTERS/Eric Feferberg/Pool

Le sommet entre Nicolas Sarkozy, Angela Merkel et Dmitri Medvedev qui vient de se tenir à Deauville avait trois dimensions. Certes, l’annonce la plus spectaculaire a été la participation du président russe au sommet Otan-Russie qui se réunira à Lisbonne le 19 et le 20 novembre et au cours duquel l’Alliance atlantique devrait adopter un nouveau «concept stratégique». Dmitri Medvedev a poussé la bonne volonté jusqu’à se dire prêt à examiner la participation de son pays à la défense antimissile dont l’Otan veut doter l’Europe.

Les gages donnés à Medvedev

Il ne faut cependant pas oublier les deux autres dimensions de la rencontre de Deauville. La première concerne Dmitri Medvedev lui-même. Nicolas Sarkozy, comme Angela Merkel, font assaut d’amabilités à son égard parce qu’ils croient en son avenir. Il est de toute évidence plus facile de parler avec lui qu’avec Vladimir Poutine. Même si le président français a été saisi par le réalisme et a tendu la main à Poutine alors que celui-ci était encore président de la Russie, après avoir affirmé haut et fort pendant la campagne de 2007 qu’il ne serrerait pas la main ensanglantée des autocrates, le discours «libéral» de Medvedev lui convient mieux. Quant à Angela Merkel, sa connaissance de la langue russe ne l’a pas rapprochée de Vladimir Poutine, bien au contraire. Tout se passe comme si les dirigeants français et allemands voulaient renforcer la position du jeune président russe face à son mentor. Les diplomates à Paris comme à Berlin ont beau affirmer que le tandem Poutine-Medvedev «fonctionne bien», ils ne peuvent ignorer les luttes de pouvoir qui se jouent entre les différents clans du Kremlin. Donner l’impression de soutenir Medvedev qui passe pour un moderniste ne va pas sans risques, car beaucoup de signes laissent à penser que Poutine retournera à la tête de l’Etat russe en 2012.

Mais Medvedev séduit les Occidentaux avec ses discours sur la modernisation de la Russie et la contribution indispensable que l’Europe doit y apporter, ce qu’il appelle le «partenariat pour la modernisation».

C’est là qu’apparaît une autre dimension –franco-allemande– du sommet de Deauville. Dans la course à la modernisation de la Russie, l’Allemagne et la France sont concurrentes. La première a plusieurs longueurs d’avance, ce qui n’empêche pas les entreprises françaises de revendiquer leur part du gâteau potentiel. La France, ayant moins besoin de la Russie pour son approvisionnement en produits énergétiques, ne subit pas la même pression que l’Allemagne qui cherche à développer à la fois ses échanges économiques et ses relations politiques avec Moscou. Ces différences de situation entre Paris et Berlin expliquent, en partie au moins, l’incapacité dans laquelle se sont trouvés les Européens à définir une stratégie commune vis-à-vis de la Russie. En ce sens, une rencontre tripartite est un signe encourageant qui devrait dissuader les Russes de se livrer à un de leur jeu favori, jouer les Européens les uns contre les autres plutôt que de traiter avec l’Union européenne en tant que telle.

Ne pas froisser les autres

Sans doute, les sommets franco-germano-russes font grincer quelques dents. Les Italiens admettent difficilement d’être laissés de côté. Bien que leurs relations avec Moscou se soient améliorées et qu’ils aient été associés par la France et l’Allemagne à la préparation du sommet de Deauville, les Polonais nourrissent toujours la crainte que les grandes puissances s’entendent sur leur dos.

Aussi Nicolas Sarkozy et Angela Merkel ont-ils bien pris soin de présenter leurs discussions avec Dmitri Medvedev comme une contribution, parmi d’autres, à un renforcement global de la coopération et de la sécurité en Europe. En manifestant une certaine bonne volonté vis-à-vis de l’Otan, le président russe leur a donné satisfaction. Le climat général entre les Occidentaux et les Russes s’est amélioré au cours des derniers mois, grâce notamment à la relance des relations entre Moscou et Washington, la signature des accords sur la limitation des armements stratégiques, le gel officieux de l’élargissement de l’Otan, la remise en cause du bouclier antimissile tel qu’il avait été pensé par l’administration Bush et la transition de l’Ukraine de la démocratie vers le postsoviétisme.

Il reste des points de crispation ou des «conflits gelés» dans le Caucase et en Moldavie (Transnistrie), dans lesquels Moscou porte une large part de responsabilité. Sa disponibilité au compromis sera un test du sérieux de son engagement «européen».

Daniel Vernet        

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