Monde

Obama et l'Europe: les espoirs déçus

Daniel Vernet, mis à jour le 26.10.2010 à 15 h 23

Elections à mi-mandat aux Etats-Unis, le 2 novembre - Le nouveau président américain devait effacer huit années de Bush. Deux ans après, on est encore loin de la compréhension mutuelle.

Barack Obama et Nicolas Sarkozy le 25 juin 2010. REUTERS/Saul Loeb/Pool

Barack Obama et Nicolas Sarkozy le 25 juin 2010. REUTERS/Saul Loeb/Pool

Un dossier réalisé en partenariat avec Arte.tv / Théma mardi soir sur Arte et chat en direct avec Eric Leser, co-fondateur de Slate, en direct depuis New York

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Qu’il paraît loin le temps où, au printemps 2008, plus de 200.000 personnes acclamaient Barack Obama sur l’avenue du 17 juin à Berlin.

Obama n’était alors que candidat aux primaires démocrates pour l’élection présidentielle, mais il était le candidat des Européens.

Les opinions publiques comme les dirigeants du Vieux continent, à de rares exceptions près, comptaient sur lui pour rompre avec la politique menée pendant huit ans par George W. Bush. Ils attendaient la fin de l’unilatéralisme et une amélioration des relations entre les deux rives de l’Atlantique. Obama était le candidat des Européens et un candidat «européen», tant ses conceptions économiques et sociales paraissaient proches des idées social-démocrates. C’est d’ailleurs ce qui lui est reproché par la droite américaine.

De la passion au désamour

Deux ans plus tard, la déception en Europe est égale au désamour qui semble s’être installé entre le premier président noir de l’histoire des Etats-Unis et la majorité de l’opinion américaine. Cette déception tient à des causes diverses. La première n’aurait pas dû être une surprise. Quand il était sénateur, Barack Obama n’avait jamais montré un grand intérêt pour les affaires européennes. Membre d’un sous-comité chargé de l’Europe à la commission des affaires étrangères du Sénat, il ne s’était pas fait remarquer par son assiduité. Par son origine, par sa formation, Obama avait d’autres centres d’intérêt.

Ce n’est pas seulement une affaire personnelle. Il y a longtemps que l’Europe n’est plus la préoccupation principale de la diplomatie américaine. Avec la réunification de l’Allemagne en 1990 et la fin de la division du monde en deux blocs, les Européens ont quitté le centre de l’histoire. Déjà du temps de Bill Clinton, l’Asie –et notamment la Chine– était devenue l’horizon des Etats-Unis. Cette tendance a été accentuée dans les dernières années. La diplomatie Obama ne pouvait pas ne pas en prendre acte. La crise financière et économique a encore contribué à marginaliser l’Europe au profit des pays émergents qui sont devenus les principaux moteurs de la croissance mondiale.

Les Européens ont été choqués que le président américain boude le sommet Union européenne/Etats-Unis qui devait se tenir au printemps dernier sous présidence espagnole. De même, la Maison Blanche laisse le nouveau président «stable» du Conseil européen, le Belge Herman van Rompuy, faire antichambre car les dirigeants américains ne comprennent très bien la distribution des rôles dans les aréopages bruxellois. Ils avaient placé quelques espoirs dans le traité de Lisbonne. Ils espéraient que leur président n’aurait plus à «perdre son temps» avec plusieurs représentants européens dont certains changeaient tous les six mois. L’ancien secrétaire d’Etat américain Henry Kissinger, connu pour son sens de la formule, avait naguère illustré cette attente par la question: l’Europe, quel numéro de téléphone?

Les optimistes pensent que le traité de Lisbonne a apporté ce numéro de téléphone avec le président «stable» du Conseil et le haut représentant pour la politique extérieure commune; les pessimistes craignent qu’il ne s’agisse plutôt d’un standard téléphonique.

L'indifférence

Ce ne sont pourtant pas les bonnes paroles qui manquent. Lors du sommet de Strasbourg-Kehl qui a marqué en 2009 le soixantième anniversaire de l’Alliance atlantique, Barack Obama a déclaré:

«Nous sommes venus pour écouter, pour apprendre et pour diriger.»  

Mais le nouveau président n’a pas toujours respecté cet engagement. En renonçant sans concertation aux éléments du bouclier antimissile qui devaient être déployés en Pologne et en République tchèque, il a inquiété les Européens de l’Est. Il n’avait peut-être pas tort. La rationalité de ce bouclier antimissile n’avait pas été démontrée par l’administration Bush et ce geste était indispensable pour la relance des relations avec Moscou souhaitée par Washington.

L’Afghanistan offre un autre exemple de cette absence de concertation. Pendant plusieurs mois, Barack Obama a hésité sur la stratégie qui devait être mise en œuvre dans ce pays pour faire face à la menace des talibans, sans associer vraiment à cette réflexion les Européens qui contribuent pourtant aux forces internationales se battant aux côtés des Américains. Les Européens se consolent en constatant que les Etats-Unis ont adopté la stratégie qu’ils préconisaient depuis longtemps mais ils auraient souhaité ne pas être placés devant le fait accompli.

Ces tiraillements ne signifient pas que les deux rives de l’Atlantique se soient éloignées. Face à l’Iran, le front occidental a tenu et s’est même consolidé. Les Européens, et en particulier Nicolas Sarkozy qui se veut le chantre de la fermeté vis-à-vis du régime des mollahs, avaient manifesté quelque inquiétude quand Barack Obama avait, aux premiers jours de son mandat, «tendu la main» à Mahmoud Ahmadinejad. Le refus de Téhéran de négocier sur son programme nucléaire et les manipulations des élections présidentielles iraniennes en 2009 ont ressoudé les cinq membres permanents du Conseil de sécurité, y compris la Russie et la Chine, qui ont renforcé les sanctions contre l’Iran.

De même, la rédaction d’un nouveau concept stratégique de l’Otan, qui devrait être adopté courant novembre au sommet Atlantique de Lisbonne, a donné lieu à un large débat entre les 28 membres de l’Alliance. Les Américains y ont largement associé les Européens, ont tenu compte de leurs préoccupations –parfois contradictoires, et cherché des formules de compromis qui satisfassent leurs alliés.

Toutefois, la coopération transatlantique continue de souffrir de la dissymétrie entre les partenaires. Face aux Etats-Unis, les Européens agissent trop souvent en ordre dispersé. Plus encore que ses prédécesseurs, Barack Obama prendrait au sérieux les Européens s’ils parvenaient à parler d’une seule voix. Officiellement, leurs interlocuteurs le regrettent tout en s’accommodant de devoir traiter en priorité avec les «grands».

Daniel Vernet 

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