France

Le copié-collé fait partie de la Sarkolangue

Johan Hufnagel et Amandine Schmitt, mis à jour le 05.11.2009 à 22 h 55

Les propos du président de la République sont truffés d'étranges «jeux de mots», quand ils ne sont pas recyclés.

A Brazzaville, le 26 mars 2009. REUTERS/Eric Feferberg/Pool

A Brazzaville, le 26 mars 2009. REUTERS/Eric Feferberg/Pool

Il y avait une double idée dans l'air. Depuis son lancement en février, Slate.fr cherchait à reproduire l'hilarant succès de Jacob Weisberg, le patron de Slate.com, avec ses «Bushismes». Mais quoi? Comment? Qui? N'est pas Bush qui veut («Rarement on se pose la question: est-ce que nos enfants apprend?»). Pourtant, la matière nous tendait la main, là, à portée d'oreilles. Nous avions tous remarqué que, en effet, le chef de l'Etat prenait quelques libertés avec la langue française ou dénichait de bien surprenantes expressions, parfois gommées dans les journaux. Nous avons alors connecté cette idée avec celle des «bushismes». En retrouvant — le web ne perd presque jamais rien — ses dernières sorties à langue fourchue, il y avait bien matière à collecter et un titre — facile — à trouver: la Sarkolangue.

Comment définir la Sarkolangue? «Faut parler simple, mais faut parler juste!», dit Nicolas Sarkozy. Ce qui se traduit par des phrases chocs oubliant articles, phrases construites et même formules de politesse.

Voici une première collection. A vous, et nous, de l'enrichir...

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Le Petit Journal de Yann Barthès, sur Canal +, a fait l'événement la semaine dernière en découvrant que le discours prononcé à Poligny par Sarkozy sur l'agriculture était purement et simplement  un copié-collé d'un discours du 19 février 2009, à Daumeray, dans le Maine-et-Loire. En présentant  son plan de soutien «sans précédent» de 650 millions à l'agriculture mardi 27 octobre, Nicolas Sarkozy avait pourtant prévenu: «Je ne suis pas venu vous tenir un discours que vous avez déjà entendu».

BienBienBien s'est demandé «s'il s'agissait d'une simple bourde ou d'un système organisé de pompage de discours.» Après avoir fouillé les archives de l'Elysée, le blog a retrouvé au moins 4 discours qui ont été recopiés de la fois précédente. C'est donc officiel, le copié-collé fait partie des caractéristiques distinctives de la Sarkolangue.

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Si Nicolas Sarkozy se répète souvent quand il lit ses discours, il est beaucoup plus inventif quand il s'en éloigne et se lance dans des propos plus spontanés. On se souvient de cette arrivée impromptue de «Chouchou» en pleine «interview» de Carla Bruni par les lectrices de «Femme Actuelle»: «Je sors de ma douche parce que j'étais faire sport», juste avant de rencontrer le Premier ministre d'Irak. Mais c'était dans l'intimité du couple présidentiel, et je pense que cela ne compte pas vraiment.

La venue de Barack Obama (Nicolas dit Barack) pour les commémorations du 6-juin et les conférences de presse qui allaient avec lui ont laissé l'occasion de se renouveler.

Le métier de président de la République, Nicolas Sarkozy nous l'avait déjà expliqué, est un métier exigeant. «Vous croyez qu'on n'a pas autre chose à faire que de faire des belles photos en papier glacé. Qu'avec la crise économique internationale, le chômage aux Etats-Unis, en France, en Europe, le problème de l'Iran, vous croyez qu'on a que ça à faire que d'aller dans un bon restaurant (...) On est là pour travailler, pas pour se prendre la main.» Le 6 juin 2009, à Caen.

Mais, ajoute-t-il, «C'est ça l'amitié, on est là pour travailler». Ce qui venant de la part du président «travailler plus gagner plus» n'est pas véritablement une surprise. Le 6 juin 2009, à Caen.

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«Descends un peu! Si t'as que... Si tu crois que... Si tu crois que... Si tu crois qu'c'est en insultant qu'tu vas régler le problème des pêcheurs, et ben pe-permets moi d'te dire, permets moi... pe-pe-tu-tu-tu-tu-tu... Eh ben viens!» - Le 6 novembre 2007, devant les pêcheurs du Guilvinec.

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«Casse-toi alors, pôv'con» - 23 février 2008, Salon de l'Agriculture.

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«J'écoute, mais j'tiens pas compte!» - 20 janvier 2009 à Provins.

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«On commence par les infirmières parce qu'ils sont les plus nombreux» - Rambouillet le 13 mars, plan de réforme des hôpitaux.

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«Qu'est-ce que j'm'aperçois?» et «Si y en a que ça les démange d'augmenter les impôts...» - Le 17 mars, devant les ouvriers d'Alstom à Ornans.

«Franchement moi chuis profondément européen mais ça me fait quand même bien plaisir que ce soit Alstom qui ramasse des marchés à la pelle plutôt que Mitsubishi ou Siemens».

«J'préfère qu'vous savez qu'vous soyez avec un actionnaire que vous connaissez ici...»

«Comme y'aura l'allongement de la durée de la vie, y'aura de plus en plus de gens qui voudront partir faire des tours en croisière»

«L'écologie c'est pas qu'il y ait que des jardins et plus de boulot pour vos enfants et pour vous»

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«C'est quand même agréable de voir des hauts fonctionnaires à qui vous comprenez quand y parlent» - Provins, 20 janvier.

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A suivre...

Comme on ne peut pas être partout, à la différence de vous, chers lecteurs, vous pouvez nous aider. Dès que le président de la République dérape, alertez-nous par mail à infos @ slate.fr, avec en sujet du mail  Sarkolangue. Et dans le corps du message, la phrase et le lien pour le faire partager. Et qui sait, à la fin, comme Jacob Weisberg, peut-être en ferons nous un livre...

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