Economie

Se former pour sortir de l'«âge bête» de la crise

Marie-Laure Cittanova , mis à jour le 14.01.2011 à 14 h 06

Se former tout au long de la vie est une des solutions pour s’adapter à une économie en mutation.

Une trousse / yaayaavara via Flickr

Une trousse / yaayaavara via Flickr

Après les réunions annuelles du Fonds monétaire international (FMI) qui se sont déroulées à Washington, on constate que le monde est bel et bien entré dans la deuxième phase de la crise économique qui frappe depuis 2008. On pourrait parler de «l’âge bête» de la crise. La réponse à la tempête financière de 2008 avait été coordonnée et avait permis d’éviter une dépression économique similaire à la crise de 1929. Aujourd’hui, le temps des égoïsmes est revenu avec la très légère reprise de l’économie. Même si la coopération est la seule voie possible en matière de régulation financière, de gestion des changes, de commerce et d’environnement, la tentation du repli se fait chaque jour plus forte.

Ce n’est pourtant pas avec des réflexes populistes que les gouvernements des pays développés pourront venir à bout du chômage créé par la crise. Celui-ci touche 30 millions de personnes de plus qu’en 2007 pour atteindre 210 millions de personnes, en majorité dans les pays développés, selon les estimations du Bureau international du travail et du FMI, qui ont tenu en septembre une conférence sur ce sujet à Oslo. Pire, le chômage des jeunes et celui de longue durée ont considérablement progressé.

Le grand danger actuel dans les pays développés est de voir un retour à la croissance insuffisant pour créer des emplois. Une tendance accentuée par les pressions pour la suppression rapide des déficits publics. Cette politique est certes nécessaire à moyen terme, mais elle risque aujourd’hui d’étouffer la reprise. Autant dire qu’au moment où l’activité s’améliore, les difficultés se font davantage sentir.

Etudier moins longtemps, se former plus souvent

Que peut faire le citoyen, en particulier s’il recherche un emploi, dans ce contexte? Il dispose de quelques outils. Les dispositifs de formation tout au long de la vie peuvent en particulier lui être utiles. Ce sont aussi ces outils qui doivent dissuader les étudiants de prolonger trop longuement leur cursus universitaire. Bien sûr, il est tentant, lorsque le marché du travail paraît fermé, de s’inscrire pour une nouvelle année de formation. Mais un employeur potentiel ne sera pas forcément séduit par un éternel étudiant. En outre, avec la réforme des retraites et l’allongement des carrières, il semble peu prudent de différer trop longtemps l’entrée dans la vie active. Et puis, la formation initiale ne pourra plus servir de sésame pour toute une carrière en raison des bouleversements technologiques.

Dès lors, il faut faire jouer toutes les possibilités de la formation tout au long de la vie. C’est du reste l’un des objectifs d’un plan stratégique d’éducation adopté par l’Union européenne en 2009. Il fixe notamment qu’une moyenne d'environ 15% des adultes (de 25 à 64 ans) devrait participer à l'éducation et à la formation tout au long de la vie d’ici à 2020. L’Europe a mis en place différents programmes d’échanges permettant d’acquérir des connaissances dans un autre pays européen. Cela ne concerne pas seulement les universités, même si Erasmus est le plus connu de ces programmes. Il existe aussi Grundtvig pour l’éducation des adultes et Leonardo da Vinci pour la formation professionnelle. Validation des acquis de l’expérience (VAE), droit individuel à la formation (DIF), congé individuel de formation (CIF) sont autant de dispositifs qui, en France, ouvrent des possibilités pour compléter sa formation initiale. Après tout, les entreprises, l’Etat et les collectivités locales consacrent chaque année plus de 27 milliards d’euros à ces actions. Il s’agit d’en tirer le meilleur parti.

Or c’est là que les difficultés commencent: les études montrent que les formations ne vont pas toujours à ceux qui en ont le plus besoin. Selon le Cereq (Centre d’études et de recherches sur les qualifications), les cadres jeunes se forment davantage que les plus âgés, et l’encadrement plus que les ouvriers et employés. Tous les salariés doivent se réapproprier les formations et non se contenter des «mises à niveau» informatiques nécessaires pour utiliser les ordinateurs ou les machines nouvellement installées par l’entreprise.

Dans un monde où les mutations s’accélèrent, il sera désormais nécessaire d’avoir une idée du parcours professionnel que l’on veut accomplir et d’y consacrer régulièrement du temps de formation. Comment, sinon, rester dans le circuit 41 ans (soit la durée de cotisation prévue en 2012 pour une retraite à taux plein)? Et il faut garder en tête que ce sont les formations longues, et elles seules, qui permettent de changer de carrière deux ou trois fois au cours d’une vie professionnelle.

Marie-Laure Cittanova

Photo: Une trousse / yaayaavara via Flickr CC License by

Chronique également parue sur Emploiparlonsnet.fr

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