Pourquoi ces jeunes manifestent pour défendre les retraites
Non seulement la pédagogie gouvernementale pour expliquer la réforme des retraites n’a pas convaincu les jeunes manifestants, mais elle a réveillé un malaise plus général qui révèle une maladie nationale.
- Des jeunes manifestent contre la réforme des retraites à Nice, le 15 octobre. REUTERS/Eric Gaillard -
«Les jeunes» sont frappés par le syndrome de «sœur Anne»: ils ne voient rien venir. Et ils ont décidé de le dire dans la rue. Parce qu’il y a des années que la France s’occupe mal de sa jeunesse et qu’ils le ressentent. Et parce que la contestation à la réforme des retraites s’y prête. Car cette réforme-là brouille encore plus l’horizon.
De ce point de vue, la stratégie de communication de l’Elysée et du gouvernement a raté son objectif. Eric Woerth, le ministre du Travail qui porte la réforme, est arrivé avec un projet entièrement ficelé, pouvant être aménagé en périphérie mais dont le cœur (le recul de l’âge légal de la retraite) n’était pas négociable. Difficile, dans ces conditions, de parler de «négociations». En réalité, dès la présentation du projet, l’Elysée, le gouvernement et les cadres de l’UMP ont surtout multiplié les «explications» pour faire accepter le projet en s’adressant directement à l’opinion et en contournant les syndicats. Mais ces assauts de pédagogie ont apparemment raté leur cible.
Quand les interrogations peuvent mener au clivage…
Qu’en reste-t-il, lorsqu’on écoute les lycéens dans la rue? Que les seniors qui travailleront plus longtemps vont fermer un peu plus le marché du travail aux jeunes; raisonnement certes bien trop binaire, mais dont la logique fait mouche et que la communication gouvernementale n’est pas parvenue à rendre caduc.
Qu’entend-on aussi? Que les jeunes vont devoir travailler plus longtemps avant de prendre leur retraite, travailler notamment pour payer celles des générations précédentes, travailler plus pour toucher moins en ce qui les concerne. La communication officielle, en l’occurrence, a surtout créé de l’inquiétude.
Qu’entend-on encore? Qu’ils vont payer pour la retraite de leurs aînés, mais qu’à force de réforme il n’y aura plus de système de retraite lorsqu’ils y parviendront. Une preuve? Déjà aujourd’hui, les adultes se constituent des compléments de retraite, notamment assurance-vie (environ 1.400 milliards d’euros en France). Qu’en sera-t-il dans quarante ans? Les jeunes devront-ils payer deux fois les charges de retraites, celles de la répartition pour les générations précédentes et celles par capitalisation pour eux-mêmes? Autrement dit, alors que Nicolas Sarkozy répète qu’il veut sauvegarder la retraite par répartition, des jeunes manifestent leur manque de confiance dans la pérennité du système. On pourrait même entendre parfois les prémices d’un clivage intergénérationnel! Tout le contraire du système de solidarité à la française.
Quand la pédagogie du gouvernement rate sa cible…
La pédagogie sur la réforme n’a donc pas convaincu les jeunes générations qui ont même tiré des conclusions parfois contradictoires mais surtout en opposition avec l’objectif du projet, comme s’agissant de l’avenir de la répartition. Rien ne sert d’affirmer qu’ils n’ont pas compris: le message du gouvernement n’est pas passé, la pédagogie a fait un flop. Mais il est vrai qu’en choisissant de contourner les syndicats et de s’adresser directement à l’opinion publique, Nicolas Sarkozy et le gouvernement se sont privés du relais des partenaires sociaux pour expliquer le besoin de réformer et les objectifs d’une réforme.
C’était exposer la communication officielle à toutes les interprétations, toutes les incompréhensions, toutes les simplifications. Le risque était grand, il n’a pas pu être évité… d’autant que l’inquiétude qui s’exprime aujourd’hui est révélatrice d’un malaise plus ancien et toujours aussi vif.
Quand une réforme crée de l’insécurité…
D’abord, le manque de visibilité du projet est préjudiciable pour les jeunes comme pour tout le monde. Le gouvernement a présenté une réforme qui devra être elle-même remise à plat dans une dizaine d’années. Qu’est-ce qu’un projet rendu si vite obsolète? Pour tous, l’incertitude sur le système des retraites au-delà de cette échéance est totale. Cette insécurité, environ quatre personnes sur cinq (globalement, les moins de 57 ans) la partagent en France, à commencer par les jeunes. Certes, nulle réforme n’a jamais un caractère définitif. Mais s’agissant de retraite, on serait en droit d’avoir une meilleure visibilité, de trente à cinquante années comme dans les autres pays qui ont pris le temps de projeter les nouvelles dispositions d’une réforme dans le temps, afin d’introduire un élément de sérénité. En France, on s’en est privé.
Quand le travail n’est plus un droit…
Ensuite, les accès à la vie active ne font toujours que s’entrouvrir pour les jeunes, alors qu’ils devraient les aspirer. A l’encontre de ce que l’on observe dans des pays comme l’Australie où on cherche à les attirer en ayant conscience qu’ils sont une richesse pour l’avenir, un pays comme la France leur tourne le dos. On réclame plus de pratique aux étudiants en prévoyant des stages dans les cursus, mais les entreprises en proposent peu. Pour en trouver, c’est le parcours du combattant. Pis: souvent, ces stages ne sont plus rémunérés alors que les jeunes fournissent un travail effectif parfois en lieu et place de salariés. Qui abuse qui? Et lorsqu’un jeune cherche une embauche, on attend de lui qu’il dispose d’une expérience professionnelle. Un mur de l’absurde, érigé au nom de la performance au travail et de la productivité.
Conséquence: un jeune sur quatre de 15 à 24 ans (et encore, sans compter les étudiants) est sans emploi. Et donc sans possibilité de trouver un logement, de contracter un crédit, de se sentir intégré à une communauté, de construire des projets de vie. Quant à ceux qui trouvent un emploi, c’est souvent en se déqualifiant. Pour les jeunes aujourd’hui, l’entrée dans la vie active, «ça se mérite». La rengaine est connue, mais personne ne change la partition. Désillusion, précarité, clivage…
Quand le passé pèse plus lourd que l’avenir…
On pourrait multiplier les exemples. On en retiendra qu’un: aujourd’hui, dans le budget de la France, les charges de remboursement de la dette publique ont dépassé le budget de l’Education nationale. La vie à crédit des adultes a pris le pas sur la formation de la jeunesse, le passé pèse plus lourd que l’avenir. Un bien mauvais symbole.
Le pire pour une nation, lorsque des jeunes manifestent leur malaise dans la rue, c’est qu’un fossé s’est déjà créé dans une population qui se scinde sur des critères d’âge, que deux mondes se sont formés et ne se fondent plus, que les adultes ont oublié leur jeunesse et que les jeunes se sentent exclus. Bref, qu’un pays ne se projette plus dans l’avenir. Alors, le malaise des jeunes devient l’affaire de tous. Et surtout de ceux qui ont en charge l’avenir du pays. Car c’est un véritable échec de gouvernement de n’offrir aucune vision qui n’aille au-delà de soi-même.
Gilles Bridier
Photo: Des jeunes manifestent contre la réforme des retraites à Nice, le 15 octobre. REUTERS/Eric Gaillard
Mis à jour le 19/10/2010 à 16h00













































Pour moi le problème des jeunes, et je vous rejoint, provient avant tout de la société, celle des adultes. La génération post-68 devenu beaucoup trop laxiste. Des parents complètement gaga devant leurs rejetons : "t'as pas réussi ton bac ? Pas grave on t'offre la voiture pour te consoler" (du vécu !). Que faut-il attendre de ces enfants à l'école quand ces derniers ont tous ce qu'ils veulent en dehors ? Il ne peut y avoir d'autorité à l'école sans autorité parentale, et celle-ci à quasiment disparue. Ainsi, on se retrouve avec des personnes sans diplômes et avec le marché de l'emploi actuel, c'est impossible d'avoir une situation stable, mais qu'on cesse de tout remettre sur le dos de l'Éducation Nationale, les tords sont partagés.
Concernant les stages, un directeur de banque m'a donné un élément de réponse : les charges sont beaucoup trop lourdes. En effet, on paie des charges à partir de 417€/mois (c'est pourquoi le plus souvent tu es payé 417€ pile poil) pour une stagiaire. Aller au Luxembourg par exemple, la norme pour un stagiaire de n'importe quel secteur c'est 1400€ car au delà les entreprises paient des charges. Augmentez la rémunération minimum d'un stagiaire en France et vous verrez qu'il y aura encore moins de postes. Et c'est là qu'on s'aperçoit qu'on tourne en rond. Notre système social demande une énorme pressions fiscales et administratives des entreprises et réduit leur flexibilité et du coup pèse sur les emplois et le cercle vicieux est enclenché.
Quant à moi une dernière année d'étude et je pars m'installer à l'étranger comme 80% de mes camarades de promotion. En cause évidemment le marché du travail mais aussi le refus de vivre dans une société qui avance à reculons : grève, insécurité, immobilisme etc. Il y a bien un mal dans cette jeunesse française mais il pourrait être bien plus profond qu'on le croit.
D apres les dernieres estimations du gouvernement, il apparait comme incertain que cette reforme permette d'avoir un systeme des retraites a l'equilibre en 2018. Cette reforme est clairement insuffisante pour maintenir le systeme des retraites en l'etat pour l'avenir. En face de ce gouvernement "petits bras", le PS propose une autre methode dont la divergence majeure est de remplace le report de bornes d age par des taxes: ce qui rendrait le financement encore plus fluctuant avec la conjoncture economique. Nos hommes politiques presntent donc des mesures temporaires de colmatage.
On assiste a un debat d'une profonde hypocrisie. Aucun homme politique n'a le courage de dire que cette reforme (ou celle du PS) sont du bricolage pour un systeme qui n'est plus d actualite. Le scandale majeur etant que le niveau de vie des retraites est superieur a celui des autres francais (!! d' apres le COR (Conseil d'Orientation des Retraites). Il faut donc refonder un systeme des retraites a "points" puisque cela semble bien juste et baisser les pensions a un niveau plus raisonable pour nos comptes publics. Cela suppose un reel debat de societe sur ces questions et sur le rapport entre "vieux" et "jeunes".
Si on continue a vouloir les niveaux de pensions actuels: nous devrons travailler jusqu'a 70 ans.
Pour les jeunes comme moi aujourd'hui, il est clair que la situation est tres inquietante et que cette reforme doit etre un premier pas vers un systeme plus equilibre. Si on est incapable de faire ce petit pas qui permet de financer les retraites pour 8 petites annees (!), alors on ne fera jamais le grand bond avant d'une reforme plus perenne jusqu'en 2050. Les jeunes douvent donc soutenir la reforme mais aussi manifester pour leurs droits.
Ce gouvernement ne fait rien pour ameliore le sort des jeunes comme le souligne bien l'article. On ne peut que saluer Eric Le Boucher et Jacques Attali qui ont compris que la jeunesse est la grande absente des politiques gouvernementales recentes. De plus, il faut en finir avec les rustines contre la precarite, les stages sous-payes, les emplois-jeunes qui donnent l'impression que les jeunes travilleurs n'auraient pas droit aux memes salaires et au memes contrats que les autres. La jeunesse, l'emploi et l'avenir devraient etre au centre des problematiques pour 2012 au lieu du tryptique immigration, securite, retraites. Il est temps que la France s'occuppe de ses jeunes et de leur avenir.
Je souhaiterais toutefois signaler le glissement qui est fait, notamment sur Slate, entre le terme "les lycéens" et "les jeunes" : les premiers ne défilent dans la rue que pour ne pas avoir cours / pour le fun , tandis que les seconds font d' une part peu de cas de cette grève ( ceux que je côtoie étant atterrés par les positions du PS défendues par les manifestants ) , et d' autre part ne sauraient être représentés par ceux-ci.
"Les jeunes" forment une catégorie bien disparate, et j' ai personnellement en horreur les articles prétendant savoir ce veulent "les jeunes". Si il y a un malaise de la jeunesse comme le prétend l' article, celui-ci ne sera pas interprétable au travers de manifestations de lycéens flemmards, qui se sont vus offert par le PS une bonne occasion de se poiler en séchant les cours.
Sinon j' ai 20 ans et ne suis pas particulièrement friand du gouvernement actuel ; mais former une telle fronde contre LA réforme, qui plus est bien trop légère comme l' a développé Williamfaulkner, s' apparente selon moi à un véritable aveu d' impuissance de la part des socialistes face à un monde qui change trop vite pour eux. Les strikers sont en train de striker pour les mauvaises raisons...