Monde

Avec Serge Sobianine, Poutine garde Moscou

Nathalie Ouvaroff, mis à jour le 21.10.2010 à 19 h 17

Le nouveau maire de Moscou est un affidé de Vladimir Poutine. Dmitri Medvedev n'aura pas profité des incendies de l'été pour renforcer son pouvoir.

Le nouveau maire de Moscou Serge Sobianine avec Vladimir Poutine Itar Tass / Reu

Le nouveau maire de Moscou Serge Sobianine avec Vladimir Poutine Itar Tass / Reuters

En limogeant le maire de Moscou Youri Loujkov, Dmitri Medvedev s’est peut-être fait plaisir... Il est de notoriété publique qu’il ne le supportait pas, mais la nomination de Serge Sobianine et plus encore les hésitations qui l’ont précédée montre que le chef de l’Etat au-delà d’une petite satisfaction d’amour propre n’a pas atteint son objectif principal: renforcer sa position parmi les élites et sa popularité dans la capitale et dans le pays.

Vendredi 15 octobre dans la soirée, tandis que les Moscovites coincés dans des embouteillages monstres tentent de rejoindre leur datcha pour échapper quelques heures à la pollution de la mégapole, les médias annoncent que le chef de l’Etat a finalement fait porté son choix sur Serge Sobianine, le vice-Premier ministre. Anecdote assez significative, la nouvelle annoncée à 7 heures le matin par le chaîne télé 24 avait été aussitôt démentie. 

Après une semaine d’hésitation au cours de laquelle politologues et experts se sont livrés à toutes sortes de spéculations, Dmitri Medvedev s’est finalement décidé à donner les clés de Moscou à Serge Sobianine, ancien gouverneur de Tioumen et directeur de cabinet de Vladimir Poutine, le Premier ministre. Reste encore une petite formalité: le nouveau maire doit être adoubé par la Douma de Moscou, mais sauf surprise de dernière minute à laquelle personne ne croit, les jeux sont faits. [Mise à jour 21/10/10: l'assemblée locale a confirmé cette nomination]

Dimitri Medvedev aura en tout cas mis une semaine pour choisir un maire sur une liste de quatre personnes présentée par le parti Russie unie, avant de se décider pour Sobianine qui avait été pressenti pour occuper le poste bien avant le limogeage de Youri Loujkov.

Malgré les affirmations des personnalités proches de l’establishment jurant leur grand Dieu que la nomination de Serge Sobianine montre la solidité du tandem Medvedev-Poutine et sa capacité à gérer les crises, les hésitations du président témoignent des tensions au plus haut niveau de l’Etat.

Selon Ivan Preobrajenski, expert à l’agence de presse Rosbalt, qui cite des «sources bien informées», les atermoiements du président pourraient s’expliquer par deux considérations. D’abord, aucun des quatre candidats de la liste que Russie unie a concoctée avec Vladimir Poutine ne convenait au président. Il aurait voulu éviter la nomination de Sobianine dans la mesure où elle implique un remaniement ministériel et des changements dans l’administration dont, à l’inverse de son Premier ministre, il se serait bien passé. Ensuite, Dmitri Medvedev a été piégé par une déclaration de Viacheslav Sourkov, vice-président de l’administration présidentielle proche de Poutine et père des mouvement de jeunesse pro-Poutine Nashi, affirmant que le président choisirait obligatoirement un candidat dans la liste de Russie unie. Cela lui a ôté toute marge de manœuvre et l'a contraint à choisir le candidat le plus «consensuel», qui d'ailleurs ne rêvait pas vraiment d’occuper ce poste.

Poutine renforcé

La nomination de Sobianine renforce clairement la position du Premier ministre. Mais ce dernier, en fin stratège, conserve un profil bas,  comme en témoigne  la déclaration de son attaché de presse, Dmitri PesKov au lendemain de la désignation du nouveau patron de Moscou:

«Vladimir Poutine qui est le leader du parti Russie unie soutenait les quatre candidats désignés par le parti, mais la décision définitive a été prise par le président Medvedev.»

Plus direct, Viacheslav Sourkov s’est bruyamment félicité de la nomination du nouveau maire.

«Serge Sobianine va renforcer le rôle de Russie unie dans la capitale et donner aux mouvements de jeunesse la place qui leur revient.»

Quant aux élites , elles sont en pleine ébullition. La nomination de Sobianine à la mairie libère son poste de vice-Premier ministre et de directeur de cabinet de Poutine, de quoi attiser les convoitises et de provoquer des règlements de compte entre les différents clans prêts à tout pour placer leurs pions. 

Quant aux principaux intéressés, les Moscovites, ils sont à la fois indifférents, désabusés et passifs. Les premières déclarations du nouveau maire promettant de faire de la corruption, du problème des bouchons et de la protection sociale des priorités ne les a pas vraiment convaincu. Selon un sondage publié par l’hebdomadaire New times, 40%  de la population n’approuve pas le choix, sous contrainte, du chef de l’Etat.

Nathalie Ouvaroff

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Photo: Le nouveau maire de Moscou Serge Sobianine avec Vladimir Poutine. Itar Tass / Reuters

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