Il faut calmer le casino de la finance
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«Policy Network» est un «think tank» international dont l'ambition est de promouvoir les idées progressistes et le renouveau de la social-démocratie en organisant l'échange de points de vues et d'expériences entre hommes politiques, décideurs et experts de centre gauche.
Quelques jours avant le sommet du G20, «Policy Network» tient une importante réunion au Chili: l'occasion pour les principaux leaders internationaux de centre gauche de faire entendre leur vision de l'avenir, au moment où la période de croyance néo-libérale dans le laissez-faire est bel et bien terminée.
Slate.fr publie une série de tribunes (que l'on peut télécharger ici, en anglais et espagnol) rédigées par les participants à ce sommet.
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Il est impossible de débattre de la façon de sortir de la crise actuelle sans comprendre d'abord comment nous y sommes entrés. C'est un débat troublant. Les politiciens, les hauts fonctionnaires et les banquiers envoient des signaux contradictoires et montrent du doigt dans toutes les directions sauf dans la leur. Cette crise n'est pas un acte de Dieu, imprévisible et imprévue par les mortels. Cette crise n'a pas été provoquée par des politiques monétaires laxistes aux Etats-Unis. Et elle ne résulte pas non plus de l'histoire d'amour entre Américains et Européens d'une part et l'immobilier de l'autre, ni du penchant des consommateurs anglophones pour l'excès de crédit. La crise a été provoquée par les prêts hypothécaires à risque aux Etats-Unis dans le sens où la Première Guerre mondiale a été déclenchée par l'assassinat de l'archiduc François-Ferdinand par Princip à Sarajevo. Il y a eu, en fait, de nombreux facteurs de déclenchement de la crise du crédit, dont les principaux sont évoqués ci-dessous.
1. Origines de la crise : une spéculation infructueuse
La spéculation ratée de grandes banques sur les marchés monétaires a été à la fois nécessaire et suffisante pour provoquer la crise. Nécessaire, car en l'absence de cette activité du marché monétaire, les événements du marché immobilier, ou d'autres perturbation économiques, n'auraient pas pu être amplifiées à un degré susceptible de menacer la survie des plus grandes banques dans le monde entier. Suffisante, dans le sens qu'étant donnée l'échelle des transactions interbancaires mal contrôlées, un élément déclencheur allait, tôt ou tard, déboucher sur des événements tels que ceux qui viennent de se produire.
2. Le lien casino-service public
Nous avons attaché un casino - le courtage pour compte propre par les banques - à un service public - le système de paiement, et les dépôts et prêts essentiels au fonctionnement quotidien de l'économie non-financière. Les pertes du casino ont menacé d'interrompre le service public. Si nous voulons qu'un minimum de confiance survive à la crise financière, nous devons mettre en place des mesures qui empêcheront que de tels faits ne se reproduisent. Le problème porte en lui la solution: c'est la séparation permanente du service public et du casino.
3. La déréglementation structurelle
Nous sommes au terme de ce que nous devrions considérer comme une expérience ratée de déréglementation structurelle. Jusqu'aux années 1970, à la fois la Grande-Bretagne et les Etats-Unis ont largement spécialisé leurs institutions financières : cette spécialisation était le résultat d'un mélange de convention et de restrictions réglementaires. Ces contraintes ont été progressivement assouplies, pour permettre l'émergence des grands conglomérats diversifiés que nous connaissons aujourd'hui.
4. Conflits d'intérêts
Le conflit entre banques de détail et banques d'investissement est central dans la crise actuelle. Il est la conséquence de la garantie des dépôts. Les dépôts de la banque de détail, garantis efficacement par les contribuables, pouvaient être utilisés comme nantissement pour les activités de trading de la banque d'investissement. La garantie des dépôts a introduit les grandes et coûteuses subventions aux banques d'investissement que nous payons tous aujourd'hui par le biais de l'augmentation des taxes. Outre ces conflits entre banques d'investissement et de détail, il fallait compter avec les conflits d'intérêt à l'intérieur même du secteur des banques d'investissement. La banque d'investissement moderne dispense des conseils financiers à de grandes entreprises, offre des services de gestion d'actifs, s'engage sur les marchés, émet des titres et entreprend des transactions pour son propre compte. Les clients de chacune de ces activités ont des intérêts qui entrent en conflit direct avec les intérêts des clients de toutes les autres.
5. L'échec de gestion
Le prétexte évoqué était que les forces du marché, soutenues par la réglementation interne et externe au moyen de murailles de Chine, allaient atténuer ces conflits et permettre de récolter les avantages du conglomérat en termes d'informations sans en avoir les inconvénients. Cette prétention s'est révélée erronée. Pire, les conflits d'intérêts entre clients et contribuables ont été aggravés par des chocs de culture organisationnelle. A son plus extrême, il est difficile d'imaginer deux styles d'activités plus différents que l'agressivité opportuniste et individualiste requise dans le courtage pour compte propre et le traitement administratif routinier de millions de transactions quotidiennes nécessaire à la banque de détail. En pratique, ces conglomérats financiers caractérisés par des baronnies incompatibles et une insondable complexité d'interactions entre produits, étaient ingérables et, d'ailleurs n'étaient pas gérées. Cet échec de gestion est l'explication principale de la situation dans laquelle nous nous trouvons aujourd'hui.
6. Pour aller de l'avant : rétablir le narrow banking
Nous devons rétablir le narrow banking [restriction du domaine de compétence des banques] - pour nous assurer que le casino ne pourra plus mettre en danger le service public. Cela signifie surveiller le système des paiements, des dépôts routiniers et les prêts aux consommateurs et aux petites et moyennes entreprises. Diverses mesures sont susceptibles d'aider à atteindre cet objectif, et il est sans doute approprié d'imaginer l'association de plusieurs d'entre elles. J'imagine que le résultat sera plus facilement atteint en mettant les banques en faillite directement dans le giron de l'Etat pendant une certaine période. Les mesures visant à rétablir le narrow banking vont forcément comprendre la répartition ou la fermeture de l'activité de banque d'investissement des banques de détail. De telles restrictions vont permettre de réintroduire des mesures de séparations structurelles entre activités financières de marché fondamentalement incompatibles. Les causes de la crise, et les mesures de redressement aujourd'hui nécessaires, sont gravées dans la structure même de l'industrie des services financiers modernes. Résoudre ces problèmes structurels, ce qui va demander un grand courage politique, est un préalable nécessaire aux politiques visant à empêcher que la même crise ne se reproduise dans dix ans.
John Kay
Traduit de l'anglais par Bérengère Viennot
Image de une: Casino de Bruxelles en 2005. REUTERS/François Lenoir
Mis à jour le 30/03/2009 à 15h03











































Excellent article qui met en évidence une contradiction entre deux logiques, une opposition de Sens que, par les mécanismes systémiques, on a voulu ignorer pensant que les résultats masqueraient le Sens et l'intention.
Nous voyons bien là que le déni du Sens au profit de la gestion de mécanismes systémiques et de (sombres) calculs n'empêche pas qu'ils soient toujours à l'oeuvre avec des sytèmes de valeurs contradictoires, des intentions, des modes d'évaluations, des cultures divergentes. Le déni du Sens a un Sens, celui de masquer les intentions à la conscience des autres et à la sienne propre.
Ce n'est pas nous c'est le système! Voyons comment les expertises du sytème économique nous expliquent comment réparer « la machine économique » (terme utilisé dans l'article de Jacques Attali) et dessinent un paysage confus et incompréhensible même pour eux. L'article de Eric Boucher est éclairant quant au désarroi des expertises que l'on pourrait qualifier de Browniennes et qui s'exprimeraient au G20.
Il serait intéressant, comme l'ébauche notre l'article, d'avoir recours plutôt au discernement des Sens c'est-à-dire, au fond, des logiques, des intentions implicites, des valeurs impliquées, pour comprendre les visions du monde sous-jascentes, les aspirations poursuivies et les stratégies déployées avec les comportements et agissements associés. (Pour les puristes le terme de Sens utilisé là ne renvoie pas au simple registre linguistique du discours mais à un concept qui subsume toutes les acceptions du terme de « sens » que la langue française rassemble opportunément).
L'auteur de l'article exprime deux Sens opposés qu'il marque par les images casino - service public.
Il explicite la posture « casino » par « l'agressivité opportuniste et individualiste... » à juste titre et il faudrait approfondir le rapport entre individualisme radical et spéculation, chacun pour soi et tentative spéculatrice (tenter le sort, miser le minimum pour gagner le maximum, principe de l'enrichissement sans cause). La crise vient de marquer un coup d'arrêt symbolique autant que le mur de Berlin pour le collectivisme radical, signal de mutation. Cet individualisme radical, dont on dénonce les manifestations les plus visibles, est aussi très largement partagé et nous concerne tous.
Il explicite aussi la posture de Sens opposé par « service public » Là il y a une ambiguité à lever qui est renforcée par l'expression « le traitement administratif routinier... »
En fait il y a deux hypothèses. D'abord celle qui s'oppose radicalement au Sens « casino » et il faudrait parler de Sens du bien commun, c'est-à-dire de la contribution de la banque aux enjeux de développement des communautés auxquelles elle appartient (régionales, nationales, sectorielles...) au travers des personnes, des entreprises et des projets collectifs. L'autre hypothèse c'est la banque administrative « étatique?» dont le service est anonyme. Le client y est traité comme un administré au lieu d'un partenaire concerné par des enjeux communs au travers de ses besoins propres (projets de développement, enjeux communautaires etc.)
On connait tous ces deux types de banques et on voit l'ambiguïté du modèle. Autant il n'existe pas de compromis possible entre la banque casino et la banque de service du Sens bien commun autant il existe une possibilité de compromis entre la banque casino et la banque « administrative ». Il serait intéressant de comparer les comportements des Banques Populaires et des Caisses d'Epargne vis-à-vis des stratégies de Natixis. Ceux de la Banque Postale sont plus clair quant à la logique casino (absente) mais restent à clarifier quand à la logique administrative (service public?) ou de service communautaire (développement) à l'avenir.
Il est toujours possible de donner de bonnes raisons mais, pour comprendre (et agir), rien ne vaut l'intelligence du Sens. « Les politiciens, les hauts fonctionnaires et les banquiers envoient des signaux contradictoires et montrent du doigt dans toutes les directions sauf dans la leur. » dit l'auteur pour dire à quelles errances l'absence de discernement conduit, maintenant que le Sens n'est plus donné d'évidence comme dans le passé.
Ca y est Roger, j'ai décroché.
Comme d'habitude, j'ai voulu lire ton commentaire ci-dessus, mais désolé, trop, c'est trop. 15 fois le mot Sens avec majuscule, avec miniscule, dans un sens, puis dans un autre. Quel est le sens de tout cela ?
Trop de sens, tue le Sens, ne le sens-tu pas Roger ? Tes fidèles lecteurs décrochent. J'ai même du demander de l'aide à d'autres slaters pour qu'ils m'éclairent sur le sens de tes posts. Merci à eux !
Pour le bien commun de la communauté des slaters, que diable, restons simples sinon, cela n'aura plus aucun sens que de venir ici !
Sens rancune , Roger,
Cordialement,
Cet article m'interesse mais comment comprendre cette phrase du premier paragraphe :" La spéculation ratée de grandes banques sur les marchés monétaires a été à la fois nécessaire et suffisante pour provoquer la crise (...)"
Le sens en reste obscur pour moi. Une bonne âme pourrait-elle m'éclairer ?
En spéculant sur l'immobilier et en pensant que les prix monteront jusqu'au ciel, les banques ont prétées largement sans regarder la solvabilité des emprunteurs encouragé par la Fed. Patatra, la bulle explose, retournement de tendeance et bienvenu dans le monde des subprimes.
Pourquoi "necessaire", probablement l'auteur veut dire que cet optimisme général a généré une bonne partie de la croissance pendant cette période aux USA. C'est l'appât de profit juteux et de plus value qui à contribuée à motiver les agents économiques; sur ce sujet on reproche souvent aux banquiers leur avidité je dirais que tout le monde était complice aux USA en passant par les politiques, les consommateurs et biensur les banquiers. Tout le monde y trouvait son compte ce qu'on oubli souvent.
Merci Peters, mais votre réponse me laisse sur ma faim: vous parlez de spéculation sur l'immobilier alors que l'auteur, dans son premier paragraphe, évoque la spéculation sur les marchés monétaires. En quoi consiste donc cette spéculation "ratée" ?