Monde

Mystérieuse explosion sur une base de missiles iranienne

Jacques Benillouche, mis à jour le 16.10.2010 à 8 h 38

Selon les services de renseignement israéliens, l'accident survenu le 12 octobre est plus embêtant pour l'Iran que ce Téhéran a bien voulu dire.

Des missiles russes exposés à Téhéran pour l'anniversaire de la guerre Iran-Irak, en septembre 2009. REUTERS/Morteza Nikoubazl

Des missiles russes exposés à Téhéran pour l'anniversaire de la guerre Iran-Irak, en septembre 2009. REUTERS/Morteza Nikoubazl

Que s’est-il réellement passé le 12 octobre en Iran? Les services de renseignements israéliens viennent de divulguer une version totalement différente de l’incident qui a touché une base iranienne de missiles. Ils révèlent qu’une triple explosion a eu lieu dans une installation secrète iranienne la veille du voyage d’Ahmadinejad au Liban. Selon ces sources, le site concerné stockait en majorité des fusées Shahab-3, lanceurs à moyenne portée destinés à frapper, en représailles, les forces américaines basées en Irak ou les cibles civiles israéliennes.

Ogives tri-coniques

Cette base secrète contiendrait aussi des missiles configurés pour porter des ogives triples (pointes de fusées dites tri-coniques). Téhéran avait déjà fait des tirs d’essai d’une version améliorée du Shahab en utilisant cette technologie. Les experts en missile avaient noté que ces têtes tri-coniques avaient une grande portée, une précision et une stabilité dans leur vol, mais disposaient de moins de place pour leur charge. Ces missiles avaient été spécialement conçus pour transporter des armes nucléaires.

Les 18 soldats morts et les 14 blessés, qui ont été dénombrés dans l’explosion, appartenaient aux brigades Al-Hadid responsables du programme des missiles et affiliés aux Gardiens de la Révolution. Leur quartier général se trouve à Khorramābād, dans les hautes montagnes Zagros. Ces installations avaient été activement développées depuis 2008 puisque ces brigades disposaient d’au moins cinq batteries de trois lanceurs. Devant les risques d’une frappe israélienne, Téhéran avait entrepris d’importants travaux visant à disperser et à enterrer ses sites de lancement.

Ainsi donc, ces complexes de stockage avaient été creusés à même la montagne et disposaient de larges entrées qui laissaient présumer que le site pouvait abriter des lanceurs balistiques. Cette solution avait été retenue par les ingénieurs iraniens pour permettre le remplissage des réservoirs des Shahab-3 et des Shahab-3M, à l’abri des moyens de détection américains et israéliens. La faille des missiles à combustible liquide réside en effet dans la durée de remplissage des deux réservoirs, entrainant une détection électronique et satellitaire immédiate qui les rend d’une grande vulnérabilité. Des zones dégagées à proximité des tunnels permettent une mise en batterie rapide des lanceurs. Ces installations sont situées à 1.200 kms des centres urbains israéliens, donc  à la portée des Shahab-3M. Israël avait évalué le stock de Shahab-3 détenu par l’Iran à une centaine avec une quarantaine de lanceurs.

Les explosions ont eu lieu sous la base Imam Ali construite dans des souterrains enfouis à plusieurs dizaines de mètres de profondeur. Cependant les services de renseignements ne sont pas explicites sur la façon dont les explosifs ont été introduits à trois endroits différents pour causer des dommages irréversibles aux installations. Le mode opératoire des saboteurs n’a pas été révélé ni d’ailleurs le groupe auquel ils appartiennent. Téhéran a bien confirmé l’existence d’un accident mais a nié une quelconque «attaque terroriste». Les Iraniens ont expliqué l’explosion par un incendie qui a été déclenché parce que des munitions étaient stockées à proximité. Il est pourtant difficile de croire que les experts sécuritaires militaires de la base n’avaient pas évalué ce risque.

Incidents à répétition

Les renseignements militaires précisent que des dégâts considérables ont été perpétrés contre l’arsenal de missiles iraniens et que les Gardiens de la Révolution ont subi un traumatisme à la mesure des pertes qu’ils ont subies. Les experts militaires iraniens enquêtent sur la façon dont les «agresseurs» sont entrés dans la base la mieux gardée du pays et la méthode qui leur a permis de s’introduire en profondeur pour atteindre les lieux de stockage des missiles. Les funérailles militaires ont eu lieu le 14 octobre, mais il y des doutes sérieux sur le nombre réel de victimes qui serait plus élevé que le nombre indiqué.

Dans un article du 15 octobre, Aviation Week avait trouvé une grande similitude entre le Shahab-3 iranien et le nouveau missile balistique BM-25 Musudan qui a défilé à la parade militaire nord-coréenne du 10 octobre devant l’héritier désigné de Kim Jung-il. Il est donc probable qu’une action a été engagée pour détruire les prototypes du nouveau modèle secret du missile Shahab-3 à combustible liquide issu des industries nord-coréennes.

Les services de sécurité iraniens s’inquiètent de ces incidents répétitifs touchant la défense du pays, le dernier en date étant le virus Stuxnet. Ils considèrent que la présence d’éléments perturbateurs est suffisamment tangible pour que des mesures strictes soient prises dans tous les rouages de la défense nationale. Il semble bien que l’opposition iranienne, aidée par les services de renseignements occidentaux, ait consenti à réveiller ses cellules dormantes qui se font à présent plus agressives en utilisant des techniques de haute technologie. Un investissement humain à long terme avait été engagé et il porte à présent ses fruits.

L’infiltration d’espions ou d’opposants qui désorganisent la marche du programme nucléaire et, plus préoccupant, le système de défense militaire conforte les occidentaux dans leur volonté de temporiser avant d’engager une frappe militaire contre les installations nucléaires iraniennes. La passivité de Benjamin Netanyahou devant les menaces proférées par Ahmadinejad à la frontière nord d’Israël pourrait alors s’expliquer par les informations qu’il détenait déjà lorsque le leader iranien utilisait sa rhétorique belliqueuse devant les militants du Hezbollah.  

Jacques Benillouche 

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Journaliste
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