France

La radicalisation du mouvement, un danger pour le PS

Thomas Legrand, mis à jour le 13.10.2010 à 11 h 19

Le meilleur scénario pour le parti d'opposition, ce serait que la contestation continue jusqu'à samedi. Et s'arrête là.

Des pompiers manifestent à Nice, le 12 octobre 2010. REUTERS/Eric Gaillard

Des pompiers manifestent à Nice, le 12 octobre 2010. REUTERS/Eric Gaillard

Une trop puissante mobilisation peut finir par embarrasser le PS… C’est le paradoxe: la grève reconductible (et sa radicalisation) peut devenir encombrante pour le Parti socialiste. Le PS n’est pas à l’origine du mouvement bien sûr, c’est un mouvement syndical, mais depuis le début, les leaders socialistes prennent bien soin –et c’est naturel– de l’accompagner et d’apparaître dans les cortèges. Le mouvement étant populaire et particulièrement soutenu par l’opinion, le principal parti d’opposition ne peut qu’en être. Encore faut-il savoir comment en être. Appeler la jeunesse à manifester, comme l’a fait Ségolène Royal mardi sur TF1, n’est pas forcement l’implication la plus fine.

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Le problème pour un parti qui est en phase d’élaboration de son programme d’alternance, c’est d’être à ce point embringué dans un mouvement dont il ne contrôle pas l’évolution. La puissance du mouvement ne veut pas forcément dire sa radicalisation. Pour l’instant du moins, ce n’est pas le cas, mais si ça le devient, les socialistes en pâtiront. Le meilleur scénario pour le PS serait que la grève reconductible soit suivie jusqu’à samedi, date de la prochaine manifestation, et que ça s’arrête. Bien sûr, le Président pourrait alors dire et faire dire qu’il a réussi à réformer les retraites. Il détiendrait enfin son brevet de réformateur, lui qui s’est fait élire (non pas sur la réforme des retraites qui ne faisait pas parti de son programme avant la crise) mais sur l’idée qu’il pourrait faire bouger une société qu’il juge engoncée dans son conservatisme. Nicolas Sarkozy ne serait pas dans la lignée du président «fainéant» Chirac, comme il l’avait lui-même qualifié.

Un mouvement qui se terminerait samedi serait-il bon pour le Président et pour le PS? Pour Nicolas Sarkozy, c’est plus compliqué. Il serait tenté de se présenter avantageusement comme le réformateur qui a su affronter et surmonter le plus «grand mouvement de tous les temps» (attendez-vous au déluge de superlatifs)… mais en réalité il n’est pas sûr que le bilan politique soit positif en vue de 2012: le sentiment d’injustice qu’inspire cette réforme –qui, à en croire les sondages, va bien au-delà de l’électorat de gauche– montre que, sur les retraites, Nicolas Sarkozy a déjà perdu la bataille de l’opinion. De plus, l’opposition n’aura pas de mal à démontrer que le problème du financement des retraites n’est pas réglé… Du coup, la question des retraites sera encore au cœur du débat pendant la présidentielle.

Grand écart

Si le mouvement, au contraire, se poursuit, se radicalise, devient une contestation de la jeunesse ou un blocage économique, ce serait l’incertitude pour la majorité mais ce serait aussi un grand danger pour le PS. Le risque, pour lui, serait de se retrouver dans l’obligation d’accompagner une radicalisation qui se traduirait forcément par une radicalisation de l’image et du discours du PS. Or, cet emballement ferait faire au principal parti de l’opposition un grand écart entre son discours contestataire et la politique qui serait réellement mise en place si le PS accédait au pouvoir. Ce grand écart serait d’autant plus spectaculaire que, de l’autre côté, les recommandations du FMI sur la nécessité de reculer l’âge légal du départ à la retraite seront toujours opposées au Parti socialiste. Le projet alternatif du PS ne ressemble pas à ce que recommande le FMI de Dominique Strauss-Kahn, mais il ne ressemble pas non plus à l’idée que l’on se fait du projet d’un parti qui accompagnerait une contestation radicale de la réforme des retraites. Le grand écart en politique n’est pas la figure la plus confortable. Martine Aubry n’est pas Rudolf Noureev.

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