France

Nicolas Sarkozy et la politique du balancier

Thomas Legrand, mis à jour le 12.10.2010 à 12 h 23

Nicolas Sarkozy va très loin d’un côté pour contrebalancer le fait d’avoir été trop loin de l’autre, histoire de tenter de trouver un certain équilibre.

Un balancier / CarbonNYC via Flickr CC license by

Un balancier / CarbonNYC via Flickr CC license by

Nicolas Sarkozy pratique la politique dite du balancier. Une politique qui consiste à aller très loin d’un côté pour contrebalancer le fait d’avoir été trop loin de l’autre, histoire de tenter de trouver un certain équilibre. Cet été, le Président a choqué les catholiques et l’électorat modéré par son discours de Grenoble, le lien privilégié établi entre immigration et insécurité et plus généralement la communication agressive autour de l’expulsion des Roms… Pour faire «bonne mesure inverse», Nicolas Sarkozy a donc été très très loin au Vatican vendredi. Il a assisté, avec une ferveur affichée, à une prière avec le pape (ce qu’aucun président de la Ve République n’avait fait avant lui), il a fait ostensiblement le signe de croix à quatre reprises, là où le pourtant pieux mais discret et respectueux général de Gaulle marquait une réserve et affichait la neutralité qui sied au chef d’un Etat laïc comme la France...

La ferveur religieuse et opportune manifestée par Nicolas Sarkozy pouvait faire penser à ce reproche ce que les curés d’autrefois adressaient aux fidèles hebdomadaires qui assistaient à la messe, une fois par semaine et se confessaient pour passer un coup d’éponge trempée dans l’eau bénite sur les pêchers du reste de la semaine. On disait: «Crétin la semaine, chrétien le dimanche.» Le voyage du Président à Rome est donc un coup de balancier zélé en direction des catholiques. Mais ce n’est pas par un excès dans un sens que l’on corrige l’excès du sens inverse. Ce qui est reproché à Nicolas Sarkozy par l’électorat modéré, ce n’est pas tant le sens de sa politique que son excès. La politique du coup du balancier ne provoque pas l’équilibre mais le tangage.

Et d’ailleurs les laïcs lui reprochent déjà ce voyage. Le Grand Orient s’inquiète d’un accroc au principe de neutralité religieuse que représente cette visite à Rome. Tout ce passe comme si le Président était un rameur qui ne saurait pas se servir des deux rames à la fois. Quand il actionne la rame droite, la barque part d’un côté et hop! il faut vite lâcher la droite pour redresser la course avec la rame gauche… Sauf qu’avec la rame gauche, on ne va pas plus droit et il faut recommencer... Au bout du compte, on zigzague.

Tout est comme ça. Après l’été sécuritaire qui était destiné à ressouder la droite de la droite et à retrouver l’électorat populaire et âgé, sensément sensible aux thèmes d’autorité, on nous annonce un changement de rame: Jean-Louis Borloo, centriste, modéré, écologiste à Matignon. Il ne faut pas avoir le mal de mer pour suivre les stratégies élyséennes et c’est vrai qu’en matière de navigation mouvementée, Jean-Louis Borloo a le cœur bien accroché. Il l’a prouvé dans son domaine, l’écologie, il a survécu au tangage sans abuser de Nautamine (c’est un médicament contre le mal de mer, je me suis documenté). Souvenez-vous: le tangage de la taxe carbone. La taxe carbone c’était «une révolution idéologique», c’était «une mesure à la porté aussi importante que l’abolition de la peine de mort ou la décolonisation». Et puis, trois mois plus tard, la taxe carbone a été abandonnée dans la foulée de la phrase devenue célèbre en mars 2010: «L’environnement ça commence à bien faire.»

Trop loin dans un sens, puis trop loin dans l’autre... Le problème avec cette façon de faire, c’est que l’on risque de retenir, non pas que le président a rectifié le tir, mais qu’il a été trop loin deux fois.

Thomas Legrand

Photos: Swingers / CarbonNYC via Flickr CC license by
Nicolas Sarkozy à la messe à Rome, le 8 octobre 2010. REUTERS/Philippe Wojazer 

Thomas Legrand
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