Economie

G20 : où est Londres?

Eric Le Boucher, mis à jour le 30.03.2009 à 15 h 49

Les deux piliers de l'économie anglaise, la finance et l'immobilier, se sont effondrés et le pays doit se trouver un nouveau modèle.

La Tower bridge dans le fog   Luke MacGregor / Reuters

La Tower bridge dans le fog Luke MacGregor / Reuters

La fin des «trente libérales», qui auront duré depuis la révolution Thatchèrienne jusqu'aux subprimes, fait réviser les performances des économies qui en ont été le fer de lance. Aux Etats-Unis, Barak Obama a été élu pour «reconstruire» l'Amérique, ses routes, ses écoles, son système de sécurité sociale, son Etat, son industrie. En Grande-Bretagne, l'interrogation est ouverte: quel est l'avenir du pays après la crise ? Ici Londres !  Mais où est Londres ?

Les plus pessimistes  craignent «un retour vers le Tiers monde», en référence à ce qu'était devenu le pays à la fin des années 1970, un appel au FMI (Fonds monétaire international), des usines rouillées, des bas salaires, des grèves, des systèmes publics désuets, et pourtant des impôts massifs, bref le déclin.

Et le fait est que le paysage est sombre. Les deux piliers de l'économie britannique ces dix dernières années, la banque et l'immobilier, se sont effondrés. En février, l'économie a supprimé 140 000 emplois (90 000 en France). L'Angleterre se vantait d'avoir «vaincu le chômage» et rétablit le plein emploi, y compris dans les régions naguère dévastées des Midlands et du Nord. La barre des 2 millions de chômeurs a été franchie et celle des 3 millions devrait l'être l'an prochain. Les pronostics tablent sur une décroissance cette année de 3,5%.

Le marché du travail «flexibilisé» avait permis les embauches, il va faciliter les licenciements. En 2010, un Britannique sur dix devrait être inscrit aux bureaux d'emplois. Le gouvernement doit en revenir aux politiques de traitement social  du chômage et il découvre que les allocations sont mal octroyées, que les femmes n'y ont que très peu droit, etc...

Or, la politique de Blair et Brown, de réinvestir dans le secteur public (ce que promet Obama), la santé, l'école et les transports, a eu un succès très contesté mais a abouti à une certitude : un fort déficit public, dès avant la crise ! de 4% du PIB (Produit intérieur brut). Le plan de relance décidé par le gouvernement et la récession provoquent un dérapage vers l'abîme : le déficit atteindrait 11-12% en 2010, a admis Gordon Brown.

Toutes ces mauvaises nouvelles ont provoqué une chute de la Livre sterling qui a perdu 30% de sa valeur face à l'euro. La Grande-Bretagne redevient un pays «de bas salaires», ce qui l'aide à exporter de nouveau. Mais, elles ont créé une suspicion des marchés financiers.

La  semaine passée le Trésor britannique n'a pas pu lever l'intégralité des emprunts qu'il souhaitait. Londres n'est pas seule dans ce cas, même Berlin est touché, puisque tous les gouvernements se bousculent pour lever des fonds; en Europe le montant global excéderait 1000 milliards d'euros cette année. Mais l'avertissement est clair. Et Mervyn King, le gouverneur de la Banque d'Angleterre, a prévenu que le gouvernement ne pouvait dépenser plus, en particulier dans un deuxième plan de relance.Des propos qui ont déstabilisé Gordon Brown dans sa croisade mondiale pour, qu'au contraire, les gouvernements adoptent des plans plus massifs de dépenses publiques.

M. Brown est l'hôte du G20 qui se tiendra à Londres, les 2 et 3 avril. Il avait pris fait et cause pour la thèse de Barak Obama qui réclame des plans plus ambitieux. Le président américain ayant lui-même creusé son déficit à 12% du PIB, il estime que «tous les gouvernements» doivent soutenir la demande mondiale défaillante, à commencer par ceux d'Europe. Il est en cela rejoint par le FMI. Contrairement à son souhait, M. Brown est interdit de le faire, ce qui affaiblit considérablement le camp américain et renforce celui des Européens qui refusent, comme Mme Merkel vient de le confirmer.

Bref, le G20 s'annonce mal et il ne pourra guère servir les intérêts de Gordon Brown qui, ministre des finances depuis 10 ans sous Tony Blair, se veut pourtant un spécialiste de l'économie. Après son plan de sauvetage des banques qui a donné le ton en Europe puis la politique monétaire dite «quantitative» de la banque d'Angleterre qui, là encore, s'avère pionnière, le premier ministre britannique espérait que le sommet des Grands chez lui allait redorer son blason.

Ce qui peut sauver M.Brown est que l'opposition conservatrice ne sait pas trop quoi répondre à la question de «l'avenir du pays après la crise». Ses leaders hésitent. La déshérence budgétaire impose d'augmenter les impôts, ce qui est évidement difficile à proposer pour les Tories. Sans perspectives fiscales claires, les marchés risquent pourtant de douter de plus en plus.

L'Irlande, autre pays-star des années libérales, vient de prendre la direction de l'austérité franche, mais il est vrai que ce pays est dans la zone euro et qu'il ne peut dévaluer. La Grande-Bretagne peut encore voir la Livre s'effriter. Une politique de «dévaluation compétitive» qui pourrait être une bonne stratégie, mais qui fleure le protectionnisme à l'heure où le G20 va s'efforcer de le condamner publiquement. Où va Londres ? Nobody knows... (Personne ne sait...)

Eric Le Boucher

Eric Le Boucher
Eric Le Boucher (543 articles)
Cofondateur de Slate.fr
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