Monde

Armement: Israël et la France en lutte pour la 4e place

Jacques Benillouche, mis à jour le 11.10.2010 à 9 h 13

Guerre commerciale entre Paris et Jérusalem pour avoir la quatrième place mondiale des exportateurs d'armes.

Le Rafale lors d'une démonstration au Bourget. Pascal Rossignol / Reuters

Le Rafale lors d'une démonstration au Bourget. Pascal Rossignol / Reuters

Chaque année, la lutte est rude entre Israël et la France pour le quatrième rang mondial des exportateurs d’armes. Le ministre de la Défense Hervé Morin scrute tous les ans les chiffres pour s’assurer que la place ne lui a pas été ravie par son concurrent direct. La France a perdu en 2006 sa place de troisième au profit de la Russie et ne veut pas perdre maintenant la quatrième. Il y va de son image et de son commerce extérieur déjà souffreteux.

Quatrième place convoitée

Les statistiques de 2009 viennent de tomber et permettent à Hervé Morin de pousser un soupir de soulagement. La France a conservé en 2009 sa place de quatrième exportateur mondial d’armement avec 7,2% du marché devant Israël qui gagne quelques centièmes avec 5,3%. Cette année encore, la hiérarchie a été strictement respectée puisque les Etats-Unis ont réalisé 52,4% des ventes mondiales d’armes, le Royaume-Uni 13,4% et la Russie 8,4%. Le maintien du rang de la France peut être considéré comme remarquable puisqu’il a été acquis alors qu’elle n’a toujours pas réussi à vendre à l'étranger un seul avion de combat Rafale qui aurait pu d’ailleurs lui permettre de supplanter la Russie.

Laurent Collet-Billon, directeur général à l'armement (DGA), a estimé que «pour atteindre cet objectif, il faut que certains grands prospects aboutissent. Nous attendons sereinement la décision du gouvernement brésilien et espérons la concrétisation d'un accord à Abu Dhabi, où les négociations avancent à un rythme soutenu». Il a confirmé que les quatre principaux clients de la France ont été les Emirats arabes unis, l'Arabie saoudite, la Grèce et l'Inde.

Israël reste cependant un concurrent sérieux car son économie dépend beaucoup du secteur de la défense qui emploie 40.000 personnes. Pour des raisons politiques et économiques, les gouvernements successifs ont investi dans les industries privées et publiques israéliennes qui ont acquis une expertise dans le domaine des systèmes électroniques et des équipements militaires construits à base de haute-technologie au point de les hisser à une place de leader mondial.

L’Afghanistan, terrain d’essais

Le ministère israélien de la Défense veut améliorer le classement de son pays en tentant d’accroitre ses ventes d’armes à l’Union européenne profitant de la guerre menée en Afghanistan par les troupes de l’Otan. La France, l’Allemagne, les Pays-Bas et la Pologne, présents en Afghanistan, manquent de certains équipements sophistiqués comme les drones israéliens et pourraient aussi être intéressés par l’installation de systèmes israéliens de missiles anti-missiles Arrow-3. L’industrie israélienne de l’armement est également reconnue mondialement pour ses techniques de protection  telles que les blindages et les systèmes de brouillage des signaux émis pour la mise à feu d’engins explosifs.

Le secrétaire général de l’Otan Claudio Bisogniero, accompagné de l’amiral Giampaolo Di Paolo, s’était rendu en novembre 2009 en Israël pour envisager avec les responsables militaires une aide aux troupes de l’Otan déployées en Afghanistan. Des nouveaux contrats d’armement sont envisagés avec les allemands qui louaient jusqu’à présent les drones utilisés sur le champ de bataille d’Afghanistan. Les industries aéronautiques israéliennes négocient avec l’allemand Rheinmetall Defense un contrat de fourniture de drones Heron. Il semble bien qu’Israël soit de plus en plus impliqué de manière indirecte dans le conflit afghan.  

Dépenses militaires en croissance

En dépit de la crise, les dépenses militaires mondiales ont atteint un nouveau record pour 2009, selon le rapport de l’Institut de recherche pour la Paix de Stockholm (Sipri) publié le 2 juin. Le rapport précise que 1.531 milliards de dollars ont été consacrés au secteur militaire (+6% par rapport à 2008, et +49% par rapport à l’année 2000), avec en tête les Etats-Unis (661 milliards), la Chine (une centaine de milliards) et la France (63,9). Le ministre Hervé Morin estime que la France n’a pas démérité dans ce domaine: «Nous sommes passés en deux ans de 5 à 7 milliards d’exportation alors que nous avions complètement perdu pied depuis dix, quinze ans.»

L’année 2010 sera donc l’année charnière qui risque de faire perdre à la France sa place si de nouveaux débouchés ne sont pas trouvés pour la vente de son armement. Israël convoite cette quatrième place qui, si elle était atteinte, la hisserait parmi les Grands de l’industrie militaire. La concurrence sera rude, parfois déloyale, mais les règles commerciales en matière de vente d’armement ne sont pas faites pour les enfants de chœur.

Jacques Benillouche

Photo: Le Rafale lors d'une démonstration au Bourget. Pascal Rossignol / Reuters

 

 

 

 

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