Sports

Enzo Zidane, le foot a son propre code de la nationalité

Aurélien Le Genissel, mis à jour le 12.10.2010 à 11 h 01

L'équipe d’Espagne des moins de 16 ans pourrait convoquer le fils de Zizou pour un match avec la Roja en octobre. Cela ne l’empêcherait pas de jouer plus tard avec les Bleus.

A Knysna en Afrique du Sud le 13 juin 2010. REUTERS/POOL New

A Knysna en Afrique du Sud le 13 juin 2010. REUTERS/POOL New

En plein débat sur la déchéance de la nationalité et sur l’identité de la France, voilà un jeune homme qui semble faire l’unanimité. Il s’agit d’Enzo Zidane, le fils aîné de Zinedine Zidane, dont beaucoup de gens espèrent qu’il défendra un jour les couleurs de la France en équipe nationale. Pourtant, ce n’est pas gagné pour les supporters des Bleus: Enzo est né à Bordeaux avant de passer ses très jeunes années avec son père à Turin (quand ce dernier jouait avec la Juventus). Mais c’est essentiellement à Madrid, où il vit encore et défend les couleurs des équipes de jeunes du Real, que l’aîné de la famille Zidane a passé son enfance. Enzo possède la double nationalité franco-espagnole, statut qui peut lui permettre de jouer avec l’équipe nationale d’Espagne ou de France.

Et la question devrait se poser plus vite que prévu. Au vu de ses belles performances avec le Real Madrid et de son style proche de celui de son père, la fédération espagnole a annoncé qu’elle comptait le convoquer en équipe nationale des moins de 16 ans pour un match que l’Espagne doit jouer en octobre. Le rêve de revoir un jour Zidane portant le numéro 10 des Bleus est-il en train de s’évanouir? C’est plus compliqué que ça et, comme toujours, le foot a ses propres règles. Même en ce qui concerne les nationalités.

Les lois de la Fifa

Comme l’ont montré le très intéressant documentaire d’Andrew Jennings ou la réprimande de la Fifa à la tentative d’ingérence des pouvoirs publics français au moment de l’affaire du bus de Knysna, l’instance du foot international a ses propres règles, indépendantes des lois nationales ou des documents officiels. Et elle veut que cela reste ainsi. En ce qui concerne la double nationalité et les sélections, celles-ci sont énoncées dans les articles 15, 16, 17 et 18 du chapitre VII des Statuts de la Fifa:

«Si un joueur a plus d’une nationalité, acquiert une nouvelle nationalité ou est éligible par plusieurs sélections nationales dû à sa nationalité, il peut, jusqu'à ses 21 ans, et seulement une fois jusqu'à cette date, demander de changer la fédération pour laquelle il est sélectionnable pour jouer un match international pour la fédération d’un autre pays dont il possède la nationalité, aux conditions suivantes:

Le joueur n’a pas encore disputé de match international «A» (intégralement ou partiellement) dans le cadre d’une compétition officielle pour la fédération dont il relève jusqu’au moment de la demande, et il avait déjà la nationalité du pays qu’il souhaite désormais représenter, au moment de sa première entrée en jeu (intégrale ou partielle) dans un match international d’une compétition officielle.

Il n’est pas autorisé à jouer pour sa nouvelle fédération dans toute compétition à laquelle il a déjà participé pour son ancienne fédération.»

Dans la plupart des cas, un joueur pouvait donc jouer, jusqu’à ses 21 ans, dans deux sélections différentes avant de choisir définitivement un pays. Une limite d’âge qui a été supprimée en 2009 après un amendement à l’article 18 défendu notamment par les pays africains qui voulaient pouvoir «récupérer» des joueurs ayant joué dans les équipes de jeunes des Bleus. De cette manière, Mourad Meghni et Moussa Sow ont pu opter respectivement pour l’Algérie et le Sénégal après avoir joué chez les espoirs français et changé d’avis après 21 ans.

L’incertain sentiment national

Même si Enzo Zidane décidait de jouer avec l’Espagne, ce choix n’aurait donc rien de définitif. De nombreux joueurs ont défendu les couleurs d’une sélection avant de changer de maillot national. On pense à Frédéric Kanouté, aux mythique Alfredo Di Stéfano et Ferenc Puskas ou à Luis Monti (le seul joueur à avoir joué deux finales de Coupe du Monde avec deux équipes différentes). Ce qui fait désormais la différence est la participation à un match officiel en équipe A. Car, à ce moment-là, le choix est irréversible. On en est encore loin dans le cas d’Enzo qui n’a que 15 ans, pourrait-on penser. Mais la précocité des joueurs, la peur de se faire prendre une star en herbe et la grande quantité de double nationalités (ou de naturalisations) provoquent une spirale inflationniste. Rappelons-nous du cas de Gonzalo Higuaín, convoqué par Raymond Domenech en 2006 (alors qu’il n’avait que 18 ans), qui a laissé planer le doute pendant quelques temps avant de se décider (dès qu’il a été convoqué par Maradona) à rejoindre l’Albiceleste. Même cas de figure en ce qui concerne Bojan, le jeune attaquant du FC Barcelone, que la Roja a appelé pour jouer contre la France alors qu’il n’avait que 17 ans et qu’il pouvait défendre les couleurs de la Serbie (il a la double nationalité grâce à son père). Finalement il n’a pas débuté et a même refusé de participer à l’Euro 2008 pour des raisons personnelles.

Mais, au-delà de la convocation en soi, c’est l’image symbolique de voir un Zidane avec le maillot de la Roja que redoutent sûrement les supporters des Bleus. Et tout le monde se demande ce que préfère Enzo. Se sent-il français grâce à son père? Préfère-t-il l’Espagne où il a presque toujours habité? Un amour du maillot qui est toujours polémique dans le monde du football. Pepe ou  Deco («né au Brésil d'un père portugais et d'une mère brésilienne d'origine japonaise»), d’origine brésilienne, ont défendu les couleurs du Portugal. Camoranesi ou Balotelli, d’origine argentine et ghanéenne respectivement, ont fait de même avec l’Italie. C’est souvent le manque de perspectives en sélection nationale qui ravive étrangement un nouveau sentiment patriotique. Thiago Motta, qui a toujours voulu jouer pour le Brésil ouvre maintenant les portes aux Azzuris. Manuel Almunia, face à la concurrence de Valdés ou Casillas et à la faiblesse des gardiens anglais, veut être naturalisé et jouer sous les ordres de Fabio Capello.

Tel père, tel fils?

Si Enzo continue de jouer à ce niveau, son problème ne sera pas de trouver une sélection «de substitution» mais de choisir entre l’Espagne et la France (l’Algérie pourrait aussi être une option). D’autres avant lui ont été confrontés à ce problème. Alors qu’il avait 20 ans, Jordi Cruyff disait «n’être pas prêt à choisir entre la sélection espagnole et hollandaise». Le fils du célèbre attaquant de l’Orange mécanique a passé son enfance entre Amsterdam et Barcelone. Il a finalement joué neuf matchs avec les Pays-Bas et neuf autres avec la «sélection nationale» (non reconnue) de Catalogne.

Un autre exemple encore plus représentatif est celui de Thiago Alcántara, un grand espoir de la Masia barcelonaise et fils du célèbre joueur brésilien Mazinho. Thiago est né à Bari et a passé son enfance en Espagne, entre Vigo, où jouait son père, et Barcelone, où il entra dans les catégories de jeunes. Là encore le jeune joueur a la double nationalité (espagnole et brésilienne, à laquelle il faut ajouter l’Italie où il est né) et il a joué pour l'équipe d’Espagne des moins de 16, 18, 19 et 21 ans.  

Et, comme Enzo Zidane, ce fils d’un illustre footballeur va devoir choisir sa vraie équipe nationale au moment de disputer son premier match officiel en équipe A. Une décision qui se fera sûrement en fonction de leurs affinités sentimentales, des choix qu’ils auront et surtout des perspectives de succès que chaque sélection peut offrir. En ce sens, la Roja a, en ce moment, quelques longueurs d’avance sur les Bleus.

Et Enzo semble avoir bien intégré le foot en espagnol. Savez-vous ce qu’est un «caño»? Le fils de Zizou, lui, sait (voir 0:53) que c’est une espèce de petit pont (où l’on ne récupère pas forcement la balle après). Peut-être réussira-t-il à exporter le mot chez les Bleus. Ou peut-être le mettra-t-il en pratique avec ses coéquipiers de la Roja.

Aurélien Le Genissel

Aurélien Le Genissel
Aurélien Le Genissel (64 articles)
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