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Le syndrome japonais menace la Chine (5/5)

Foreign Policy, mis à jour le 16.10.2010 à 13 h 35

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En Chine comme au Japon, la finance, les médias et d'autres services-clé sont considérés comme trop sensibles pour la concurrence libre, et leurs acteurs ont partie liée avec le gouvernement via le paiement d'onéreux droits d'entrée. Ce n'est pas un hasard si le Japon a la productivité tertiaire la plus basse de tout le G7, et l'une des plus basses dans l'OCDE. Pour leur part, les banques chinoises nationalisées et lourdement protégées ne visent pas seulement à réduire le nombre de leurs concurrentes mais, via leurs capacités de prêts, elles handicapent la compétition dans d'autres secteurs en accordant des taux préférentiels à des entreprises appartenant souvent elles aussi à l'État chinois. Une récente étude de Li Cui, membre de l'Autorité monétaire de Hong Kong, a montré que les petites entreprises chinoises ont moins accès aux crédits et payent des intérêts plus élevés que les entreprises plus importantes. Un article récent de la revue Finance and Development [Finance et développement] du FMI conclut que l'ouverture du marché bancaire chinois à la concurrence étrangère pourrait avoir des effets positifs radicaux sur toute l'économie.

Bien qu’ aucune de ses réformes ne soit facile, le tic-tac de l'horloge démographique chinoise les rend urgentes. La politique chinoise de l'enfant unique a produit d'importants dividendes démographiques dans les années 1980 et 1990, en diminuant progressivement le nombre de personnes dépendantes de celles en âge de travailler. A partir de 2015, cependant, la Chine souffrira de l'effet inverse –un nombre de personnes âgées grandissant et de moins en moins de jeunes travailleurs pour les soutenir. «La Chine a toujours été pionnière en matière de transition démographique», s'amuse un récent compte-rendu de l'ONU.

Quand la population chinoise en âge de travailler atteindra son plus haut niveau, en 2015, ce sera vingt ans après que le Japon a touché le sommet de la vague, mais la Chine le fera à un niveau de prospérité bien moindre que celui du Japon à l'époque. La dure réalité est celle-ci: le Japon est devenu riche avant de devenir vieux, et la Chine sera vieille avant d'être riche.

De l'avantage de l'âge

L'urbanisation peut contenir le pic démographique des travailleurs, mais la moitié de la population rurale chinoise a plus de 65 ans. De nombreux jeunes fermiers ont d'ores et déjà rejoint les villes et leurs emplois manufacturiers. En réalité, le nombre de personnes âgées de 20 à 29 ans et pouvant fournir une source importante de travailleurs à bas prix a déjà commencé à diminuer et sera divisé par deux d'ici 2030. Mais ce n'est pas forcément une mauvaise chose: une société âgée peut aussi permettre un rééquilibrage économique. La qualité de l'emploi l’emportera bientôt sur sa quantité tandis qu'une population plus âgée et plus riche cherchera des soins médicaux, des projets financiers et d'autres services. Si la Chine ne vieillissait pas aussi vite, elle aurait pu rester tranquille et retarder son rééquilibrage encore longtemps. Mais le trio composé d'un yuan sous-évalué, de surinvestissement et d'une population vieillissante pointant à l'horizon pousse les autorités chinoises à se ressaisir, et vite.

L'histoire a donné à la Chine une opportunité que le Japon n'a pas eu. Les Japonais n'ont tenté aucun rééquilibrage sérieux de leur économie avant que celle-ci ne soit bien développée, sclérosée et allergique au changement. Donc quand les carottes de leur vieux modèle économique furent cuites, le Japon s'est décomposé plutôt que de se rééquilibrer. Dans un sens, la crise financière mondiale est du pain béni pour la Chine. En rappelant à la Chine qu'un leadership fondé sur l'exportation implique de dépendre de la fiabilité des économies étrangères, la crise a rendu concevable un pénible rééquilibrage. Ce n'est pas par altruisme que la hausse du yuan s'est accompagnée d'augmentations salariales et d'autres mesures de rééquilibrage. Un léger relâchement du contrôle sur les médias et les services pourrait être la prochaine étape. La dérégulation du secteur des services est une proposition politique qui peut paraître effrayante, mais peut-être moins que l'idée de se voir la source des exportations se tarir .

Comme une (très grande) Kamaishi, la Chine risque de n'avoir aucun recours quand son essor industriel aura fait son temps. Mais l'histoire ne se répète pas forcément, et les dirigeants chinois semblent déterminés à tracer une voie de développement plus durable pour leur pays. Tout ce qu'il leur reste à faire, c'est de s’y engager.

Ethan Devine

Traduit par Peggy Sastre

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