France

Bernard Kouchner solde l'ouverture

Thomas Legrand, mis à jour le 07.10.2010 à 10 h 05

L'ouverture est morte. Le seul transfuge qui existe encore politiquement, c'est Eric Besson, qui endosse la politique la moins représentative qui soit de l'ouverture.

Bernard Kouchner le 14 septembre 2010 à l'Assemblée. REUTERS/Charles Platiau

Bernard Kouchner le 14 septembre 2010 à l'Assemblée. REUTERS/Charles Platiau

Bernard Kouchner a écrit en août une lettre de démission au président de la République. Et cette lettre n’a pas été suivie d’effet. Comment un responsable politique peut-il écrire au Président pour lui reprocher sa politique sécuritaire, pour lui faire part des «humiliations» (ce sont ses mots) qu’il subit de la part de deux conseillers importants de l’Elysée (c'est-à-dire de la part du président lui-même)... et finalement rester? Cette lettre ressemble un peu à la chanson de Boris Vian Fais-moi mal Johnny, hymne loufoque au sadomasochisme.

Profitons de cet épisode pour faire une petite revue d’effectif de l’ouverture. Premier constat: l’ouverture est morte, les ministres d’ouverture n’étaient déjà que des figurants, les voilà coupés au montage. Le seul transfuge de la gauche qui existe encore politiquement, c’est Eric Besson. Il existe parce qu’il endosse et défend avec zèle, et parfois un certain talent, la politique la plus opposée à celle pour laquelle on aurait pu penser qu’un ministre d’ouverture était fait. On pensait que l’ouverture était faite pour élargir le spectre de la majorité. Donc, il ne faut plus considérer Eric Besson comme faisant partie de cette confrérie disparate et mal aimée des ministres d’ouverture. Fadela Amara, elle, n’apparaît plus que rarement et pour critiquer du bout des lèvres la politique sécuritaire. Elle doit passer son temps à justifier la non existence du fameux plan Marshall pour les banlieues promis en 2007 et qu’elle était censée piloter. Fadela Amara est en conflit ouvert avec Yazid Sabeg, le commissaire à l’égalité des chances et à la diversité. Yazid Sabeg devait mettre en place les outils de comptage de la diversité, ce qui revenait, selon Fadela Amara, à établir une discrimination positive contre laquelle elle s’est toujours élevée. De toute façon, ça ne s’est pas fait non plus… On en était donc arrivé à ce spectacle absurde de deux responsables de la majorité (étiquetés ouverture) qui se crêpaient le chignon sur des politiques, que ni l’un ni l’autre n’avaient pu mettre en œuvre!

Et puis il y a mon préféré: Jean-Marie Bockel... C’est sans doute le cas le plus tragique ou le plus comique. L’ancien secrétaire d’Etat à la coopération qui a été déplacé sur demande expresse du président Bongo accepte d’être muté aux «Anciens combattants», puis comme secrétaire d’Etat à la justice (un poste vide créé pour lui) dans les profondeurs du classement gouvernemental. Dans la majorité, à laquelle il a apporté un groupuscule familiale (la Gauche moderne), plus personne ne fait attention à lui. Il faut dire que Nicolas Sarkozy en a tiré le maximum: sa ville. Mulhouse était socialiste, elle est devenue UMP. Le cas Bockel est un cas tragique parce que s’il décidait de démissionner avant d’être remercié, personne ne s’en apercevrait vraiment. Martin Hirsh, c’est autre chose… Lui, il a fait ce pourquoi il était venu, le RSA, et en ce sens, on peut dire qu’il fut la seule véritable personnalité d’ouverture dans le gouvernement puisqu’il a mis en place une réforme, plutôt d’inspiration de gauche, et qui n’aurait certainement pas été adopté sans lui… Et puis est reparti sur la pointe des pieds, croyait-on… Mais en fait, il avait bien pris soin de laisser une grenade dégoupillée dans la majorité sous la forme d’un livre qui dénonce les conflits d’intérêts.

Enfin, soyons juste avec l’ouverture. Il y a un domaine où elle représente une forme salutaire de recherche d’équilibre démocratique: la nomination d’un responsable de l’opposition à la tête de la Cour des comptes. Les successeurs de Nicolas Sarkozy, quels qu’ils soient, seront certainement obligés de procéder de la sorte et c’est plutôt une avancée.

Thomas Legrand

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